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La passion selon Jules Massenet

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Lucerne. Luzerner Theater. 28-IV-2007. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, opéra en quatre actes sur un livret d’Edouard Blau, Paul Millet et Georges Hartmann. Mise en scène : Stephan Müller. Décors : Esther Bialas. Costumes : Mechthild Feuerstein. Vidéo : Nives Widauer. Eclairages : Gérard Cleven. Avec Jason Kim, Werther  ; Tanja Ariane Baumgartner, Charlotte ; Simone Stock, Sophie ; Howard Quilla Croft, Albert ; Gregor Dalal, Le bailli ; Boris Petronje, Johann ; Martin Nyvall, Schmidt ; Andrew Davis, Brühlmann. Chœur Luzerner Mädchenchor (chef de chœur : Andre Grooten). Orchestre symphonique de Lucerne, direction musicale : Rick Stengårds.

Après sa brillante mise en scène des Nozze di Figaro au Stadttheater de Berne, le metteur en scène se retrouve sur les planches du Luzerner Theater pour y proposer sa vision du Werther de Massenet.

Si avec Mozart l’image sociétale et politique dominait la scène, ce sont celles du devoir et de la fidélité qui conduisent sa réflexion dans l’œuvre de Massenet. En léger retrait de l’avant-scène, une boîte de bois clair aux lignes intérieures fuyantes. C’est la maison du bailli. On y tient à peine debout. Un écrasement portraiturant l’étroitesse intellectuelle de cette famille bourgeoise. À l’intérieur, Charlotte, Sophie, le bailli, les enfants et plus tard, Albert le mari de Charlotte. À l’extérieur, Werther et les deux personnages équivoques de Schmidt et de Johann.

Soulignant par quelques gestes l’impossibilité de la relation amoureuse entre Werther et Charlotte, peint ses personnages dans leurs émotions et leurs sentiments, négligeant volontairement l’action. Les corps, les gestes ne sont que l’expression de l’émotion, de la perception intime. À ce sujet, la rencontre de Charlotte et de Werther s’avère une merveille de sensibilité. Aux premières mesures du Clair de lune, quelques regards s’échangent précédant leur lente sortie de scène. Ils ne réapparaissent en scène qu’aux dernières mesures de l’intermède, Werther couvrant de sa veste les épaules de Charlotte. L’étreinte qu’elle fait du vêtement avant de le rendre à son amant est d’une beauté contenue et d’une suggestivité érotique rare. Tout est ainsi dit de leur passion. Admirable poésie. Après cette scène, jamais plus les amants ne s’embrasseront ni ne s’enlaceront mais leur élan amoureux restera constamment perceptible. Il se sublimera dans la symbolique forte de l’échange d’une pomme. Fruit défendu, fruit de la discorde. Avec ces quelques images, ces sentiments suggérés, Stephan Müller se love au-dessus du texte, signant ici une mise en scène de maître.

Dans cet univers subtil de la mise en scène et face au lyrisme de la musique de Massenet, les mots se fondent à la musique. Un monde dans lequel (Charlotte) régale son auditoire. Les splendides graves de la mezzo animent l’expression du désarroi de son personnage tiraillé entre le désir et le devoir. Avec un instrument aux multiples palettes de couleurs, elle module dans l’émotion son impossible amour, brisé par la fidélité conjugale qu’elle s’impose. À ses côtés, la soprano (Sophie) est une pimpante sœurette, alors que le baryton (Albert) campe un mari possessif et cynique d’une froideur vocale exemplaire. Si les autres personnages sont vocalement moins intéressants, le ténor coréen (Werther) possède les moyens techniques du rôle. Même s’il chante souvent en force, la voix est homogène et les aigus brillants. Comme presque tous ses collègues, sa diction française est très approximative, mais, théâtralement, la crédibilité de son personnage est loin de rassembler les suffrages. N’intégrant pas la passion amoureuse selon , confondant tristesse et impassibilité, le ténor reste plongé dans un accablement stoïque sans raison. Comme insensible à ce mythe fondateur de nos civilisations. Dommage que le chef de plateau n’ait pu rendre ce Werther scéniquement plus convaincant.

Dans la fosse, oubliant quelque peu le lyrisme et l’élégance de l’opéra français, le chef dirige un Luzerner Sinfonieorchester parfois âpre mais souvent impressionnant.

Crédit photographique : © Tanja Dorendorf

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Lucerne. Luzerner Theater. 28-IV-2007. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, opéra en quatre actes sur un livret d’Edouard Blau, Paul Millet et Georges Hartmann. Mise en scène : Stephan Müller. Décors : Esther Bialas. Costumes : Mechthild Feuerstein. Vidéo : Nives Widauer. Eclairages : Gérard Cleven. Avec Jason Kim, Werther  ; Tanja Ariane Baumgartner, Charlotte ; Simone Stock, Sophie ; Howard Quilla Croft, Albert ; Gregor Dalal, Le bailli ; Boris Petronje, Johann ; Martin Nyvall, Schmidt ; Andrew Davis, Brühlmann. Chœur Luzerner Mädchenchor (chef de chœur : Andre Grooten). Orchestre symphonique de Lucerne, direction musicale : Rick Stengårds.

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