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Solistes de l’Ensemble InterContemporain, perspectives viennoises

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Auditorium du Musée d’Orsay. 10-V-07. Beat Furrer (né en 1954) : Retour an dich pour violon, violoncelle et piano ; Olga Neuwirth (née en 1968) : Ondate II pour deux clarinettes basses ; Michael Jarrell (né en 1958) : Assonance III pour clarinette basse, violoncelle et piano ; Arnold Schoenberg (1874-1951) : Suite op. 29 pour sept instruments. Ensemble Intercontemporain : Jeanne-Marie Conquer, violon ; Christophe Desjardins, alto ; Jérôme Comte, clarinette ; Alain Damiens, clarinette ; Alain Billard, clarinette basse ; Eric-Maria Couturier, violoncelle ; Hideki Nagano, piano.

Le concert donné par les solistes de l’ « en petit comité » sur la scène de l’Auditorium du Musée d’Orsay, ce jeudi 10 Mai, venait clôturer le cycle Brahms/Fauré par un regard sur le langage musical viennois, et sa Suite opus 29 servant de « passage » entre Brahms et la jeune génération autrichienne représentée ce soir par et .

Dans Retour an dich, entretient un discours au bord du silence, confrontant la fragilité du son des deux cordes aux allures furtives et agitées à l’inertie des notes du piano ; Retour an dich est une réflexion sur l’autre et sur soi-même » nous dit le compositeur, une pièce introspective dans l’esprit de la cavatine beethovénienne dont les trois interprètes nous communiquent la sensibilité à fleur d’émotion.

Plus démonstrative, Ondate II d’Olga Neuwirtz met à l’épreuve deux clarinettes basses – celle de et d’ – dans la manière heurtée et l’énergie corrosive familières à la compositrice. L’œuvre est inspirée par les « Fondamenta degli incurabili » (Quai des incurables), un hommage de Joseph Brodsky à Venise : une pièce très concise et tout en contrastes, suscitant différents états de mouvements et de sonorités en rapport avec des images dont semble suivre la logique narrative.

Dans sa série des « Assonances », le compositeur suisse propose des associations particulières d’instruments dont les combinaisons de timbres varient « aux limites du semblable et du différent ». Prolongeant les premières Assonances, véritables cahiers d’esquisses du compositeur, Assonance III pour clarinette basse, violoncelle et piano juxtapose gestes instrumentaux et parenthèses suspensives, des instants de jubilation sonore alternant avec des plages d’une transparence diaphane dans un travail sur le son et ses métamorphoses multiples, que les instrumentistes de l’Intercontemporain déclinent avec virtuosité.

Rares sont les ensembles qui se risquent à l’interprétation des œuvres dodécaphoniques de Schœnberg, tant l’écriture y est dense et exigeante. Le maître viennois opte en effet pour la rigueur et la concision formelle sans renoncer aux audaces sonores dans la Suite opus 29 pour trois clarinettes, trois cordes et piano, qui semble rendre un hommage explicite à Brahms dans son troisième mouvement Thema mit Variationen. Mais Schœnberg » tord le coup à l’expression » dans ces quatre mouvements inspirés du modèle baroque et affirme une insolente modernité avec l’humour et la désinvolture d’un créateur en pleine possession de son langage : c’est ce qui ressortait de la lumineuse interprétation donnée ce soir par les membres de l’.

Crédit photographique : © Aymeric Warmé-Janville

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