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Marco Horvat et l’Ensemble Faenza enchantent les chemins mystiques

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Château-Thierry, Eglise Saint-Crépin. 12-V- 2007. Œuvres de Peter Philips (1561-1628), Pierre Guédron (v. 1565-1620) Antoine Bœsset (1587-1643), Etienne Moulinié (1599-1676), Giovanni Giacomo Gastoldi (1556-1622). Ensemble Faenza : Olga Pitarch, soprano ; Sacha Hatala, alto ; Serge Goubiou, ténor et guitare baroque ; Marc Mauillon, ténor ; Emmanuel Vistorky, basse et luth ; Pascale Boquet, luth ; Miguel Henry, luth, guitare baroque ; Marco Horvat, baryton, luth et guitare baroque et direction.

Festival Jean de La Fontaine

Chaque concert est une invitation au voyage, voyage vers un nouvel imaginaire, horizons multiples où se côtoient nos rêves, et ceux des compositeurs et interprètes. Du talent de ces derniers naît l’enchantement.

C’est aux portes de la Champagne, au pied des vignes au Festival Jean de La Fontaine qu’en ce samedi 12 mai, Marco Horvat et l’ensemble Faenza ont créé cet enchantement en déclinant le thème de ce XVIe Festival « Amour profane Amour sacré », en nous invitant à suivre une méditation, intitulée « La Semaine Mystique – Chants de dévotion du règne de Louis XIII ».

Il ne faut pas trop se fier à ce titre à priori austère, car tel un jeu de miroirs et de reflets, les airs ici présentés appartiennent à un genre très particulier : la parodie spirituelle. Alors que la paix civile difficilement acquise à l’issue des guerres de religion n’a été obtenue que très difficilement dans toute l’Europe et paraît si fragile, que les bûchers pour sorcellerie sont encore si fréquents, tous ceux qui le peuvent s’amusent et s’éloignent des rigueurs des religions. Dans son désir de reconquête des « âmes perdues », l’église Catholique de la Contre-Réforme, va tenter de séduire ces dernières en pervertissant la musique et airs de cour si populaires. Pour cela, elle utilise une double rhétorique basée sur la peur et le plaisir, le recueillement et l’ivresse dans ces livrets où l’on retrouve ces chants de dévotion. L’air paillard et gourmand « Paris sur petit pont » devient ainsi avec un simple changement de tempo et de phrasé « Le Seigneur est mon flambeau ». Mais c’est là toute l’ambiguïté sur laquelle se joue ce répertoire dont le concert, par sa mise en scène, nous permet de percevoir jusqu’au plus infime détail.

En concert, cette musique peut s’épanouir, se jouer d’elle-même et nous offrir l’infini diversité de sa palette. Tour à tour musique et danse, théâtre et mime, lumière et pénombre, couleur et ténèbre, peinture et musique.

Couleurs des noceurs qu’il faut s’employer à convertir et qui se gaussent sur scène de la leçon de catéchisme qui se donne dans le fond de l’église, dans la pénombre. Serge Goubioud à la voix chaleureuse, à l’enthousiasme communicatif, forme avec son joyeux compère à boire et à chanter Emmanuel Vistorsky, un binôme cocasse auquel répondent les voix féminines : celle d’Olga Pitarch, séraphique, d’élève consciencieuse imprégnée de la leçon de catéchisme, voix de l’enfance et de l’innocence pouvant faillir, se laisser entraîner dans la danse, tandis que son âme sœur Sacha Hortala, voix charnelle et séduisante, nous emporte jusqu’à l’accomplissement des chants extatiques de la méditation du dimanche. La voix solitaire de , par l’émotion de son chant, marque une étape essentielle dans la prise de conscience des noceurs, de la fugacité et de la vanité de leurs jeux, puisant sa force dans l’oraison du récitant. Théâtre, dans ces récitatifs par lesquels Marco Horvat, tout au long de la semaine, exhorte les noceurs et ses élèves, et dont la voix semble émaner des ténèbres et pouvoir convertir jusqu’au diable, tant sa puissance oratoire nous fait percevoir cette souffrance par trop humaine du sacrifice consenti par le Christ sur la croix.

Faiblesse de notre condition humaine, qui se danse, se laissant constamment entraîner par sa frénésie, trébuchant, se relevant, glissant sans fin vers un infini s’apprêtant à éteindre cette étincelle d’espérance. Chaleur rayonnante du son des luths et des guitares baroques accompagnant les interprètes durant leur périple. Faenza et son directeur Marco Horvat, nous convient à cette intimité qui illumine ces œuvres d’un clair-obscur, reflet de nos doutes et de nos émotions.

Mais pirouette finale, coup de théâtre, le bis « Joseph est bien marié », retourne aux parodieurs, nos bons pères, la réponse de la bergère au berger avec un humour étonnement moderne. Riez, dansez tant qu’il est temps et n’hésitez pas à remettre en question les dogmes pour votre plus grand plaisir.

Vous pouvez retrouver le merveilleux programme de cette soirée au disque chez Alpha sous le même titre « La Semaine Mystique – Chants de dévotion du règne de Louis XIII », ainsi qu’en concert en France (à Versailles le 20 octobre) et en Belgique (à Anvers le 28 août). Quant au Festival Jean de La Fontaine ne vous en privez surtout pas, il se déroule sur un mois du 3 mai au 3 juin. Souvenez – vous que celui qui donne son nom à ce festival écrivait : « J’aime la lecture, l’amour, les livres, la musique, … », envoûtant jardins, châteaux et tous ceux qui l’approchèrent.

Crédit photographique : © Franck Horvat

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Château-Thierry, Eglise Saint-Crépin. 12-V- 2007. Œuvres de Peter Philips (1561-1628), Pierre Guédron (v. 1565-1620) Antoine Bœsset (1587-1643), Etienne Moulinié (1599-1676), Giovanni Giacomo Gastoldi (1556-1622). Ensemble Faenza : Olga Pitarch, soprano ; Sacha Hatala, alto ; Serge Goubiou, ténor et guitare baroque ; Marc Mauillon, ténor ; Emmanuel Vistorky, basse et luth ; Pascale Boquet, luth ; Miguel Henry, luth, guitare baroque ; Marco Horvat, baryton, luth et guitare baroque et direction.

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