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Le Quatuor Manfred visite la vieille Europe, de Vienne à Leipzig

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Dijon. Grand Théâtre. 22-V-2007. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en mi bémol majeur, op. 76 n° 6, Hob. III. 80. Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor n° 3 en la majeur, op. 41 n° 3. Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette pour piano et cordes en fa mineur, op. 34. Claire Désert, piano et Quatuor Manfred : Marie Béreau, violon 1 ; Luigi Vecchioni, violon 2 ; Vinciane Béranger, alto ; Christian Wolf, violoncelle.

Haydn, Schumann, Brahms

S’il y a des reproches que l’on ne peut adresser au , c’est bien de rechercher la facilité et de manquer d’originalité dans le choix de leurs programmes. Celui de cette soirée n’échappe pas à la règle et reste dans la ligne de l’objectif ambitieux qu’a fixé au début de cette brillante saison son titre de « Prismes », c’est-à-dire : réfraction, échange, pont entre les styles. Ainsi peut-on considérer que le Quatuor de Haydn est tellement visionnaire qu’il annonce ceux de Beethoven, mais aussi d’une certaine manière le deuxième de Schönberg. Quant aux œuvres de Schumann et de Brahms, elles ne sont pas sans parentés affectives.

Le quatuor op. 76 n° 6 fait partie du dernier groupe de six quatuors composés par Haydn. On y trouve des œuvres célèbres, comme le n° 2 nommé Les quintes, le n° 3 L’Empereur, le n° 4 Lever de soleil. Le sixième témoigne d’une telle maîtrise qu’il dut, comme l’écrit F. -R. Tranchefort, « poser au jeune Beethoven un sérieux problème » lorsqu’il fut édité en 1799.

Par exemple, les quatre variations qui suivent le thème du premier mouvement offrent quelques surprises : si la seconde utilise le thème en cantus firmus (même procédé que celui employé dans L’Empereur), les deux dernières utilisent avec science le contrepoint, la quatrième s’échappant de la carrure du thème pour devenir amplificatrice. Le second mouvement, monothématique, est plus surprenant encore ; Haydn nous promène dans un labyrinthe de modulations avec une audace dont on l’aurait cru incapable. Son humour musical légendaire apparaît dans le troisième mouvement sous la forme d’un défi : répéter en boucle et en rythme iambique la gamme de mi bémol majeur descendante puis ascendante en l’harmonisant chaque fois de façon différente. Le dernier mouvement est une sorte de feu d’artifice rythmique rebondissant surtout sur des anacrouses incessantes assez délicates à mettre en place ; bref, un régal autant pour l’oreille que pour l’intelligence, parfaitement maîtrisé par le .

Le quatuor en la majeur n° 3 est tout à fait représentatif de l’écriture de Schumann. Le principe cyclique y est utilisé par de fréquents rappels de l’intervalle de quinte descendante, ou de son renversement, dès le premier thème de l’allegro initial. Mais surtout les trois premiers mouvements sont d’un grand lyrisme, passant par la tendresse lumineuse du premier, bien mise en valeur par la belle sonorité de l’ensemble, par une sorte de questionnement haletant dans le second, puis s’épanouissant dans un choral contemplatif, que l’on peut juger parfois un peu redondant. Le dernier mouvement de forme couplet / refrain nous apparaît un peu comme une salade russe mélangeant des bribes d’inspirations diverses, et donc assez décousu. Il y a d’autres exemples de ce genre de longueurs chez Schumann, dans les symphonies par exemple, au contraire de la musique de piano, plus concise.

Le quintette de Brahms fut soumis à l’appréciation de Clara Schumann en tant que quintette à cordes, puis fut abandonné après un autre essai. Il revit le jour sous sa forme actuelle et fut joué avec succès à Leipzig en 1866. possède un jeu brillant et précis ; elle sait cependant parfaitement s’intégrer à l’ensemble tel que l’a voulu Brahms, qui fait souvent doubler ses thèmes par les cordes, tout en sachant faire chanter les phrases, comme elle le fait par exemple pour le thème rêveur du second mouvement. Tout en mettant en avant l’expression des sentiments comme le fait Schumann, Brahms joue sur un registre plus sombre et plus dense ; ses thèmes sont souvent amples, tel le premier du premier mouvement ou dans le poco sostenuto du quatrième. Un lyrisme d’inspiration populaire inspire souvent cette œuvre et lui confère un aspect poétique empreint de nostalgie typiquement germanique.

Les deux dernières œuvres interprétées sont en fait parcourues par les mêmes procédés d’écriture que le quatuor de Haydn. Le développement des thèmes se fait souvent par le fugato ou par le principe de variation, qu’il soit strict ou élargi. Le souci de la structure est présent chez les trois compositeurs, sauf s’ils décident pour un temps de s’en écarter pour laisser libre cours à leur sentimentalité. Le fil conducteur de la soirée est donc une lecture du parcours de la musique de chambre allemande, auquel il ne manque que le maillon Schubert. C’est un programme ambitieux, mais on peut aussi regretter le choix du Grand Théâtre de Dijon pour jouer ce type de répertoire : l’acoustique en est sèche et la scène éloigne du public ces interprètes si dynamiques et si convaincants ; et ce soir une chaleur accablante a réussi à gêner à la fois les musiciens et les spectateurs. Le concert final de la saison « Prismes » du Quatuor Manfred se déroulera dans un espace a priori plus convivial, au couvent des Dominicains le vendredi 15 juin.

Crédit photographique DR

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Dijon. Grand Théâtre. 22-V-2007. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en mi bémol majeur, op. 76 n° 6, Hob. III. 80. Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor n° 3 en la majeur, op. 41 n° 3. Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette pour piano et cordes en fa mineur, op. 34. Claire Désert, piano et Quatuor Manfred : Marie Béreau, violon 1 ; Luigi Vecchioni, violon 2 ; Vinciane Béranger, alto ; Christian Wolf, violoncelle.

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