Plus de détails

Dijon. Ancien couvent des Dominicains. 8-VI-2007. Charles Wuorinen (né en 1938) : Bearbeitungen über das Glogauer Liederbuch ; Isabel Mundry (née en 1963) et Brice Pauset (né en 1965) : Die Vorüberlaufenden ; Œuvre collective avec la participation des compositeurs suivants : György Kurtag (né en 1926), Gérard Pesson (né en 1958), Brice Pauset, Johannes Schöllhorn (né en 1962), Günter Steinke (né en 1956) : Witten in nomine broken consort book ; José Maria Sanchez-Verdu (né en 1968) : Machaut-Architektur II ; Georg Kröll (né en 1934) : Deux chansons de Gilles Binchois ; György Kurtag : extraits de Signs, Games and Messages. Ensemble Recherche de Fribourg-en-Brisgau : Melise Mellinger, violon ; Barbara Maurer, alto ; Asa Akerberg, cello ; Martin Fahlenbock, flûtes ; Shizuyo Oka, clarinettes (Si b, basse).

« Mémoires Vives » par l’

Le titre Mémoires Vives retenu pour ce quatrième – et dernier – concert des Meslanges de Printemps, est particulièrement bien choisi, dans la mesure où les œuvres programmées ont toutes pour base des musiques de l’époque médiévale ou Renaissance et que la « mémoire vive » est en même temps, comme un clin d’œil, incontournable référence à la fameuse RAM de nos ordinateurs, symbole s’il en est de contemporanéité.

Cela dit, ce concert nous amène à une double constatation : la première, subjective, que décidément la musique dite « contemporaine » semble encore et toujours se heurter à bien de la réticence de la part du public mélomane (assistance clairsemée, d’une quarantaine de personnes) ; l’autre, objective, que le genre le plus répandu dans la musique « savante » d’aujourd’hui, c’est indubitablement l’œuvre instrumentale destinée à un effectif réduit. Ce qui explique l’existence – et la multiplication – d’ensembles à géométrie variable, tels que notre Intercontemporain, l’ensemble suisse Contrechamps ou les ensembles allemands Modern et…Recherche, qui nous intéresse plus particulièrement ce soir. Un ensemble qui jouit déjà d’une belle réputation internationale et dont on nous dit qu’il « s’intéresse tout spécialement à la vision contemporaine portée sur la musique d’avant 1700 ».

C’est qui, dans un ouvrage récent (Composer de la musique aujourd’hui), faisant réflexion que de tout temps, les compositeurs ont « lu, joué ou copié les œuvres du passé », affirme que « ce que l’on poursuit dans les œuvres du passé n’est pas tant un style qu’un savoir-faire ». C’est ce savoir-faire-là que tentent de mettre en lumière les pièces de ce programme : de la richesse – et la variété – mélodique du Glogauer Liederbuch du XVe siècle, ou des chansons de , à la complexité contrapuntique et rythmique d’un Machaut (l’Ars Nova n’était-il pas une manière d’ pour les contemporains de Machaut, lui-même quelque chose comme le Boulez de l’époque ?). Aussi ressent-on ces œuvres davantage comme l’illustration de la démarche compositionnelle que comme un hommage aux compositeurs de référence. Et quand le savoir-faire des interprètes s’allie à celui du compositeur- modèle, mais surtout à celui du re-créateur, cela laisse des traces….

Séduction immédiate à l’écoute de ces arrangements de l’américain Wuorinen, sur six chansons du Glogauer Liederbuch, quelque chose de « lisse » et consonant qui ne doit pas heurter l’amateur de musique ancienne ; de même que pour les deux chansons contrastées de Binchois (Georg Kröll), confiées au trio à cordes : l’une, d’une profonde mélancolie, l’autre, d’une joyeuse truculence digne d’une scène de taverne à la Breughel. Voilà pour le mélodique….

L’autre face de ce concert, la plus importante dans le contexte « musiques d’aujourd’hui », est représentée par les pièces de Kurtag, Pesson, Pauset et autres Sanchez-Verdu…beaucoup plus « intellectuelles » dans la démarche et en formations instrumentales variées, allant de l’unité à cinq instruments. La plus aride, la plus ascétique étant sans conteste, celle du dernier nommé : Machaut-Architektur II, combinant hoquet et isorythmie en des sons qui vont du souffle infime à la plus violente stridence ; la plus étrange étant cet in nomine II de Pauset « in modo algoritmico », en trio à cordes, où s’éparpillent à l’infini, les pizz du violon et du violoncelle sur des tenues longues et lancinantes de l’alto. Superbe aussi, l’in nomine all’ongherese de Kurtag, à la clarinette basse dont la sonorité prenante et la vaste étendue de registre nous valent d’apprécier l’impressionnant talent de la jeune Shizuyo Oka, tout au long de « parlando-rubato, con slancio (avec élan) », comme en d’autres circonstances aussi. De même le flûtiste Martin Fahlenbock nous aura, quant à lui, ébloui par l’éventail des techniques déployées, tant à la traversière qu’au piccolo, et plus particulièrement dans le denier Kurtag, alternant le trio à cordes et la flûte, au fil de séquences fortement contrastées.

S’il convient de saluer l’indéniable talent des interprètes, nous mettrons également à leur crédit une exquise courtoisie qui, par exemple, en dépit d’un auditoire bien peu nombreux – mais cependant conquis – les conduit à consentir un bis ; bis disons « consensuel », et qui permet de clôturer le concert comme il avait commencé : dans une harmonie plus familière et « rassurante » aux oreilles frileuses. Ils livrent donc la version originale d’un thème de Picforth (musicien anglais du XVIe siècle), qui avait servi de base à la pièce de Schöllhorn jouée précédemment par les trois cordes. « Originale » ? Certes pas tout à fait, puisque initialement destinée à en ensemble de cinq violes (en whole consort) elle est, naturellement, jouée ici par les instruments dont on dispose, en un néanmoins plaisant brocken consort.

Crédit photographique : DR

(Visited 78 times, 1 visits today)

Plus de détails

Dijon. Ancien couvent des Dominicains. 8-VI-2007. Charles Wuorinen (né en 1938) : Bearbeitungen über das Glogauer Liederbuch ; Isabel Mundry (née en 1963) et Brice Pauset (né en 1965) : Die Vorüberlaufenden ; Œuvre collective avec la participation des compositeurs suivants : György Kurtag (né en 1926), Gérard Pesson (né en 1958), Brice Pauset, Johannes Schöllhorn (né en 1962), Günter Steinke (né en 1956) : Witten in nomine broken consort book ; José Maria Sanchez-Verdu (né en 1968) : Machaut-Architektur II ; Georg Kröll (né en 1934) : Deux chansons de Gilles Binchois ; György Kurtag : extraits de Signs, Games and Messages. Ensemble Recherche de Fribourg-en-Brisgau : Melise Mellinger, violon ; Barbara Maurer, alto ; Asa Akerberg, cello ; Martin Fahlenbock, flûtes ; Shizuyo Oka, clarinettes (Si b, basse).

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.