Beverly Sills, soprano (New-York, 25 mai 1927- 2 juillet 2007)

Tristesse dans le monde de l’opéra avec la nouvelle du décès de la soprano américaine , le 2 juillet dernier, des suites d’un cancer des poumons. Avec sa disparition s’éteint l’une des figures parmi les plus emblématiques de l’histoire de l’opéra.

Car la personne de ne se résume pas seulement à l’image de la soprano au timbre de voix argenté, à l’agilité exceptionnelle, mais aussi à celle d’une femme qui aura voué son existence à la démocratisation de l’art dans lequel elle s’exprimait avec tant de talent. Issue d’une famille relativement modeste, elle comprend que l’art lyrique ne doit être réservé au microcosme de la seule élite fortunée. Mais lutter contre cet état de fait se révèle difficile. Voire, comme de nos jours, mission impossible. Elle choisira la voie du show business télévisuel pour promouvoir son idée. Très charismatique, de nature positive, joviale, enjouée, mettra son humour naturel au service de l’opéra. N’hésitant pas sortir de la tour d’ivoire dans laquelle se confinent souvent les stars lyriques, se montre fréquemment sur des plateaux de télévision aux côtés de comédiens, de comiques pour divulguer son art du chant dans des émissions populaires.

A ses débuts, elle sera l’un des piliers de la troupe du New-York City Opera. Elle y entame sa carrière en 1955 dans La Veuve Joyeuse de Johann Strauss. Par la suite, elle devait y être une Manon de Massenet de référence comme une admirable Cléopâtre du Giulio Cesare de Haendel. Elle consolidera sa réputation avec ses interprétations magistrales des opéras de sur le sujet des trois reines Tudor, Maria Stuarda, Anna Bolena et Roberto Devereux. Sans parler de ses Gilda (Rigoletto) ou Violetta (La Traviata).

La rivalité entre les deux grandes maisons d’opéra new-yorkaises fait qu’elle ne foulera la scène du Metropolitan Opera qu’après vingt ans de carrière, le 4 juillet 1975, pour célébration américaine d’un spectacle qu’elle avait donné six ans auparavant à La Scala de Milan. Le 11 avril 1969, La Scala attendait Renata Scotto prévue dans le rôle de Pamira de L’Assedio di Corinto de Gioacchino Rossini. Enceinte, la soprano romaine doit renoncer. Une certaine Beverly Sills, soprano américaine inconnue des milanais la remplacera. Comme de tradition à La Scala de Milan, les fans de la diva italienne étaient déterminés à chahuter la débutante, d’autant plus que des rumeurs de coulisses laissaient entendre que quelques étincelles avaient jailli entre elle et la mezzo-soprano Marylin Horne. Les aficionados en furent pour leurs frais. Beverly Sills, dans une forme exceptionnelle, illumina cette soirée avec une prestation en tous points exceptionnelle. Triomphe inoubliable heureusement conservé dans un enregistrement « live » indispensable dans toute discothèque lyrique qui se respecte.

Si l’Europe n’a pas souvent eu l’occasion d’applaudir la soprano, ses enregistrements ont toujours trouvé un public nombreux et enthousiaste de ce côté de l’Atlantique. Etonnamment, Lausanne fut la première ville européenne à l’entendre en 1967 dans une Reine de la Nuit, puis dans sa Donna Anna (Don Giovanni). Vienne en 1967, Milan en 1969 et 1970, Naples et Londres en 1970, Berlin en 1971 et finalement Venise en 1972 sont les rares autres villes dans lesquelles la cantatrice américaine s’arrêtera. Hormis Vienne qui l’entend dans Die Zauberflöte, c’est avec La Traviata et Lucia di Lammermoor qu’elle construit ses succès européens. De Händel à Wagner en passant par Donizetti, ou Verdi, Beverly Sills aura néanmoins interprété plus de 70 rôles à l’opéra en plus de mille représentations ! Laissant à l’amateur une discographie importante, nul doute que la mémoire de Beverly Sills n’est pas prête de s’éteindre. Sa disparition va peut-être même voir salutairement sortir certains opéras ou récitals jamais réédités jusqu’à nos jours.

En 1987, la cantatrice fait paraître son autobiographie (en anglais). Ecrite d’une plume alerte et amusante, cette aventure de vie va bientôt devenir un best seller. Sa carrière de chanteuse terminée, Beverly Sills offre ses connaissances du monde de l’art lyrique à la direction du New York City Opéra, avant qu’un ironique retour de notoriété, la propulse au directoire du Metropolitan Opera !

Une voix unique, une femme exceptionnelle, une mère admirable, Beverly Sills quitte notre monde en grande Dame, le devoir accompli.

Crédit photographique : © Joseph Sinnott—Liaison Agency/Stone

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