Artistes, Chanteurs, Opéra, Portraits

Jerry Hadley (Princeton, Ill., 16 juin 1952-Poughkeepsie, NY, 18 juillet 2007)

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« Mon monde est poussière, et tout ce que j’ai aimé est mort ». Dans cette méditation de Candide tirée de l’opéra éponyme de Leonard Bernstein, le ton du chant de qu’on entend dans l’enregistrement qu’il grave en 1991 sous la direction du compositeur, révèle aujourd’hui toute la signification du message qui se terrait au fond de l’âme du ténor américain.

D’une voix conduite avec une sensibilité touchante, le ténor semble vivre les mots de Candide affirmant sa naïveté devant ce qu’il peut imaginer du meilleur des mondes possibles. Dépressif jusqu’à l’extrême, le ténor américain aura poussé sa dépression jusqu’à la mort. L’élégance d’une des voix les plus prometteuses des années 80 s’est tue à jamais. Le ténor est mort à l’hôpital de Poughkeepsie, N. Y. où il avait été conduit après sa tentative de suicide d’il y a quelques jours. La balle qu’il s’était tirée dans la tête avait occasionné des dégâts irréversibles à son cerveau et les moyens mis en œuvre pour ramener le ténor à la vie auront été vains.

Regrettable geste d’un homme qui, voici quelques mois encore, enchantait un auditoire australien dans le rôle de Pinkerton de Madama Butterfly. Comme bien des ténors lyriques, Jerry Hadley s’était attaqué à des rôles trop lourds pour sa voix, comme celui du rôle-titre de Werther. Mais suivi par ses mentors des premiers pas, Joan Sutherland et Richard Bonynge, la carrière du ténor était loin de s’éteindre. Public et critique étaient conquis par l’admirable chant de Jerry Hadley. En 1987, le Metropolitan Opera lui ouvrait ses portes pour un improvisé des Grieux dans Manon de Massenet après que le ténor en titre Dénes Gulyás et son remplaçant Gregory Kunde ont déclaré forfait. Il devait y faire une très forte impression puisque la critique se souvient d’un des Grieux chantant avec une « voix douce mais saine et sensible ». La grande scène new-yorkaise l’acclamait encore en 1996 alors qu’il campait Ferrando dans Cosi fan Tutte aux côtés d’une jeune débutante du nom de Cecilia Bartoli ! En 1997, il est encore Tom Rakewell dans les Rake’s Progress de Stravinsky, mis en scène par Jonathan Miller avec le Nick Shadow de Samuel Ramey. Puis en 1999, repris en 2002, Jerry Hadley crée le rôle-titre du Great Gatsby du compositeur américain John Harbison.

Un dernier regard à ce grand artiste à la sensibilité exacerbée dans la Messe en mi de Schubert avec les Wiener Philarmoniker dirigé par Claudio Abbado laisse apparaître combien Jerry Hadley dominait son art et combien ses interprétations étaient imprégnées d’une compréhension rare des textes.

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