Soirée quatuors avec le Chilingirian Quartet

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Saint Michel de Cuxa. Abbaye de Saint Michel de Cuxa. 1-08-2007. Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuor n°1 en ut mineur op. 51 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1974) : Quatuor n°11 en fa mineur op. 122 ; Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor n°13 en la mineur op. 29 (D 804) « Rosamonde ». Chilingirian Quartet : Levon Chilingirian, 1er violon ; Charles Stewart, 2nd violon ; Susie Mézàros, alto ; Philippe de Groote, violoncelle. Fine Arts Quartet : Ralph Evans 1er violon ; Efim Boico, 2nd violon ; Yuri Gandelsman, alto ; Wolfgang Laufer, violoncelle.

Festival Pablo Casals

Un vent de jeunesse soufflait dans les allées de l’abbaye de Saint Michel de Cuxa ce mercredi 1er Août, avec l’arrivée des quelques cent vingt étudiants de l’Académie européenne, invités tous les soirs à venir écouter les concerts de leurs aînés. Pour cette « soirée Quatuors », avait convié deux formations prestigieuses, le quatuor anglais Chilingirian, actuellement en résidence au « Royal College of music » de Londres et le Fine Arts Quartet fondé à Chicago en 1946 et aujourd’hui fixé à l’Université de Wisconsin-Milwaukee.

S’il est une qualité essentielle pour un quatuor à cordes, c’est la convergence de chaque pupitre vers une texture homogène et une couleur au service de l’écriture et du style du compositeur. Dans le Quatuor n°1 en ut mineur de Johannes Brahms, les « Chilingirians » nous immergent dès les premières mesures dans l’univers sombre et habité du compositeur allemand, sous la ferme conduite du premier violon impulsant une force cohésive à l’ensemble, au détriment parfois de sa propre qualité sonore. Mais on goûte avec délice la suavité du chant brahmsien dans la Romanze du deuxième mouvement, précédant l’Allegro molto moderato et comodo ; ce troisième mouvement s’inscrit dans le modèle du scherzo, laissant s’épanouir le Volkston, cette stylisation des accents du terroir qui « fleurit » sous les archets précis des quatre partenaires.

Si le Quatuor n°11 de n’est certainement pas le meilleur des quinze, il offre cependant l’originalité d’une articulation en sept courts mouvements enchaînés et traversés de manière obsessionnelle par la formule rythmique et lapidaire – deux brèves, une longue – qui signe l’ensemble de l’œuvre du compositeur russe. Plus à même de nous faire apprécier la personnalité de chaque pupitre – la merveilleuse altiste Susie Mézaros en particulier – cette œuvre chemine selon un parcours très diversifié, passant de l’écriture fuguée du Scherzo à la virtuosité presque hystérique de l’Étude, jusqu’à la nudité funèbre de l’Élégie ; totalement investis, les Chilingirians sondent les arcanes d’une pensée torturée qui manie le sarcasme et l’ironie autant que la confession intime.

Le Fine Arts Quatuor – que l’on retrouvera tout au long du Festival dans bon nombre d’œuvres du répertoire – assurait la deuxième partie de ce concert avec le Quatuor n°13 en la mineur op. 29 (D 804) dit « Rosamonde » de Schubert, dans une interprétation certainement plus convenue, qui cherche moins l’authenticité stylistique que la maîtrise du son (au demeurant très séduisant) : moins de chaleur communicative que le – l’Allegro ma non troppo n’est ni passionné ni passionnant – mais de très beaux instants comme ce Menuetto (Allegretto) tournoyant sur lui-même, dont les interprètes maîtrisent avec une précision d’horloger le fin mécanisme giratoire.

Crédit photographique : © Chris Frazer Smith

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