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La riche Aïda de grand papa à la Scala !

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aida. Décors et mise en scène : Franco Zeffirelli ; Costumes : Maurizio Millenotti. Avec Marco Spotti, le Roi  ; Ildiko Komlosi, Amneris  ; Violeta Urmana, Aïda ; Roberto Alagna, Radamès Radames  ; Giorgio Giuseppini, Ramfis  ; Carlo Guelfi, Amonasro  ; Antonello Ceron, un messager ; Sae Kyung Rim, une prêtresse  ; Luciana Savignano, Roberto Bolle et Myrna Kamara, danseurs ; Orchestre, chœurs et ballet de la Scala (chef de chœur : Bruno Casoni ; maître de ballet : Elisabetta Terabust)  ; direction : Riccardo Chailly. Réalisation : Patrizia Carmine. 2 DVD Decca 0743209 DX2 ; code barre : 0 44007432099. Enregistré à la Scala de Milan le 7 décembre 2006. Menu en anglais, sous-titres en six langues. PAL-Secam 16/9 toutes zones ; Durée : 2h 38’.

 

Voici un DVD très attendu à plus d’un titre. Il correspond à l’enregistrement de la générale et de la première de la production qui a ouvert la saison 2006-2007 de la Scala de Milan, production que Roberto Alagna quitta à grand fracas au cours de la deuxième représentation. Il est donc impossible de ne pas avoir ceci à l’esprit. Les notes qui accompagnent les deux DVD sont traduites en français, elles donnent une information très importante. Le budget de cette production a été si colossal qu’il aurait pu suffire à la saison entière d’un opéra plus modeste.

S’agissant de DVD nous commencerons donc par l’image. Las, force est de constater que cette Aida est digne des superproductions hollywoodiennes des années 50-60. Certes, tout cela est mis au goût du jour. Mais donc vieillira mal pour devenir un modèle de kitch des années 2000. Statues, perruques, coiffes, objets hétéroclites, lourds costumes chargés d’or, armes et instruments en toc, maquillage africain sur tout le corps, rien ne manque. La mise en scène s’organise autour du luxe le plus ostentatoire. Mettre le plus de choses sur scène semble avoir été la devise de . La scène du triomphe conduit à un certain immobilisme pour ne pas gêner les très nombreux figurants. Tout est tellement chargé que le ciel n’existe pas. Cette scène de plein air est singulièrement à l’étroit car une trinité de statues suspendues occupe le centre et, de part et d’autre, des barres dorées horizontales tapissent le ciel. La scène du Nil n’a rien d’aquatique et encore moins de lunaire. Autre difficulté qui rend l’image ennuyeuse, c’est le rendu bien décevant des éclairages à la télévision. Pourtant d’autres productions live n’avaient pas ce défaut…Et puis surtout ce qui est regrettable, c’est l’indigence de la mise en image. Aucune anticipation sur les entrés et les sorties de personnages, trop rares gros plans dans les moments de chant attendus ; à la fin de l’acte I, on ne verra même pas l’ensemble du tableau quand des entités ailées apparaissent. Par contre les nombreuses statues sont détaillées et un véritable tic de réalisation au rabais nous montre régulièrement des étoffes flottant au vent, ou des détails d’objets divers, dans un flou pseudo hamiltonien. La caméra semble en fait s’ennuyer, c’est vraiment un comble… Et ne parlons pas du dernier tableau, tombeau si noir qu’à aucun moment, on ne verra le visage entier d’Aïda ou de Radamès !

Côté mise en scène, la direction d’acteur est inexistante, chacun semble livré à lui-même. Aida promène d’encombrants et lourds costumes toujours avec le même visage maussade, Amnéris sans aucune retenue royale déambule sans cesse et joue comme dans le cinéma des années 30, Radamès est un gentil héros sans beaucoup d’initiatives, et dans les rares moments où il se montre amoureux sa partenaire semble refroidir ses ardeurs (triste duo nu Nil !). Seul Amonasro est bien campé en grand sauvage assoiffé de vengeance primaire. Les danseurs étoiles évitent le ridicule de justesse et sont en tout cas techniquement très au point.

À présent écoutons … Tout d’abord une direction d’orchestre absolument nouvelle, pleine de finesse et de subtilités rend justice à une des partitions de Verdi les plus abouties. est vraiment le triomphateur de la soirée et celui pour lequel cette version est à connaître. Certains détails (tout l’acte III mais surtout le duo Amonasro-Aida !) sont pour la première fois ainsi détaillés. L’orchestre de la Scala a rarement joué avec de telles nuances, même les chœurs sont particulièrement soignés et ne cèdent pas tout au volume vocal.

Reste à parler de la distribution : le Ramfis de est assez terne tant sur le plan vocal que scénique, le Roi de est d’avantage en voix, le messager d’Antonello Ceron est très concerné et en devient émouvant. Les voix des deux divas ont en commun une solidité à toute épreuve avec un large vibrato, non maîtrisé en ce qui concerne l’Amnéris d’Ildiko Komlosi. Les nuances ne sont pas respectées et bien des subtilités de ces grands rôles nous sont escamotées. Certains coups de glottes et accents de poitrine sont même franchement hors de propos.

La voix d’Ildiko Komlosi est très métallique elle poitrine terriblement dès qu’elle le peut, rompant parfois les lignes : « Radamès qui ven…. GA » ! Elle n’a ni la classe vocale d’une Amnéris, ni la perfidie vipérine face à Aïda et dans ces magnifiques interventions de l’acte IV elle est tout juste correcte : c’est vraiment avoir la mémoire courte pour le public de la Scala (qui a cependant entendu plus d’une vraie Amnéris !) que de lui faire un triomphe….

L’Aida de a ses adeptes : ceux qui aiment les Aida solides et monolithiques et n’attachent pas beaucoup d’intérêt aux sons filés et autres délicatesses que ce rôle recèle. Le timbre est riche, le placement de la voix dans le masque avec des sons parfois très nasalisés est l’héritage de son école de chant slave, le phrasé est ample. Alors pourquoi, pourquoi ce manque de travail sur les nuances ? Cette absence de caractère ? Dans l’acte du Nil, toute la séduction des interventions d’Aida est dans l’orchestre et non dans la voix de

Donc que peut apporter dans un tel contexte ? D’abord une voix sombre, cuivrée, faisant le poids face à la recherche de décibels de ses partenaires. C’est déjà beaucoup, et qui coupe l’herbe sous le pied de ceux qui estiment que notre ténor n’a pas la voix du rôle. La dernière phrase de l’acte trois « Sacerdote io resto a te » d’un seul souffle est très impressionnante. Mais ce qu’il gagne en puissance et projection, il le perd en variété de couleurs et surtout en caractérisation dramatique. Mais Radamès est–il un véritable personnage ? Il nuance trop peu, mais tellement plus qu’Aida, que leurs duos sont déséquilibrés et montrent les limites de la cantatrice dans ce rôle. Alagna s’arrange tout de même pour être l’acteur le plus crédible et finalement le chanteur le plus soigné ; à l’opposé de qui est certes un Amonasro imposant scéniquement mais totalement démuni vocalement, avec un organe fatigué et un souffle court.

Cette nouvelle version d’Aida en DVD a comme principal atout une direction d’orchestre neuve qui demeurera une référence. Et le parfum de scandale qui entoure un Radamès qui ne méritait pas d’être hué, bien au contraire, de même qu’une mise en scène prétentieuse, laminée par une mise en image indigente, ainsi qu’un chant féminin sans finesse n’empêcheront vraisemblablement pas ce DVD de connaître une belle carrière, car d’aucuns voudront se faire leur propre opinion….

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aida. Décors et mise en scène : Franco Zeffirelli ; Costumes : Maurizio Millenotti. Avec Marco Spotti, le Roi  ; Ildiko Komlosi, Amneris  ; Violeta Urmana, Aïda ; Roberto Alagna, Radamès Radames  ; Giorgio Giuseppini, Ramfis  ; Carlo Guelfi, Amonasro  ; Antonello Ceron, un messager ; Sae Kyung Rim, une prêtresse  ; Luciana Savignano, Roberto Bolle et Myrna Kamara, danseurs ; Orchestre, chœurs et ballet de la Scala (chef de chœur : Bruno Casoni ; maître de ballet : Elisabetta Terabust)  ; direction : Riccardo Chailly. Réalisation : Patrizia Carmine. 2 DVD Decca 0743209 DX2 ; code barre : 0 44007432099. Enregistré à la Scala de Milan le 7 décembre 2006. Menu en anglais, sous-titres en six langues. PAL-Secam 16/9 toutes zones ; Durée : 2h 38’.

 
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