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Riccardo Muti et Chicago, ça brille fort

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Paris, salle Pleyel. 03-X-2007. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°3 en ut mineur op. 44. Manuel de Falla (1876-1946) : Le Tricorne, suite de ballet n°2. Maurice Ravel (1875-1937) : Rhapsodie espagnole ; Boléro. Chicago Symphony Orchestra, direction : Riccardo Muti.

Les orchestres américains ont le culte du beau son, et l’Orchestre Symphonique de Chicago ne fait pas exception. Prenez par exemple le début du Boléro de Ravel : la flûte joue pianissimo dans un registre médium-grave, ce qui est loin de la mettre en valeur et crée des problèmes d’intonation. Peut-être Ravel l’a-t-il voulu ainsi. Peut-être qu’un orchestre français aurait respecté cette nuance à la lettre. Pas de l’autre coté de l’Atlantique, où la brillance sonore est primordiale, quitte à jouer ce solo de flûte un peu plus fort.

Cette brillance donne une toute autre vision de la Symphonie n°3 de Prokofiev, faite d’extraits de l’Ange de Feu, opéra expressionniste au contenu mystique que le compositeur ne put jamais faire jouer de son vivant. La lecture de ce soir est loin du délire orgiaque ou démoniaque auquel le disque nous avait habitué. ne va jamais mollo sur le crescendo, les forte sonnent jusqu’à saturation, mais sans jamais hurler. On a vraiment l’impression d’un remake : si le contenu émotionnel de l’œuvre d’origine est atténué, le rendu final est exemplaire de professionnalisme. Rarement sur Paris un pupitre de cordes et une section de cuivres aussi homogènes ont été entendus Salle Pleyel. Mais ce vaste film musical en technicolor manquait un peu de folie.

Avec l’évocation ibérique de la seconde partie de soirée, les constats sont les mêmes : du son, toujours du son, encore du son, et du très beau son. Jamais de vulgarité, les cuivres ne « braillent » pas même dans les moments les plus forts, le pupitre de cordes (avec les violoncelles à la gauche du chef, une disposition quelque peu oubliée dans les salles parisiennes) joue comme un seul homme. Un petit regret au niveau des bois, ou cette brillance sonore se fond mal dans nos oreilles hexagonales, car dans Falla et Ravel rien ne vaut le timbre un peu étriqué du basson plutôt que celui plus ample du fagott. L’Espagne archétypale des trois œuvres proposées est loin : et ses troupes nous offrent une lecture digne de Cecil B. DeMille.

On pourra toujours regretter ce manque de grain sonore au profit d’un son brillant, ne boudons pas notre bonheur d’avoir entendu un orchestre exceptionnel. Après tout, le meilleur ensemble français dans de la musique américaine manque singulièrement de souplesse rythmique. Riccardo Muti excelle dans ce répertoire auquel il ne nous avait pas habitué, mais a tout de même donné le meilleur de lui-même dans le bis : une ouverture de La Forza del destino plus nerveuse et enfiévrée que jamais.

Crédit photographique : © Marco Anelli

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Paris, salle Pleyel. 03-X-2007. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°3 en ut mineur op. 44. Manuel de Falla (1876-1946) : Le Tricorne, suite de ballet n°2. Maurice Ravel (1875-1937) : Rhapsodie espagnole ; Boléro. Chicago Symphony Orchestra, direction : Riccardo Muti.

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