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Sharon Bezaly, une jeune flûtiste dans la cour des grands

À emporter, CD, Musique symphonique

Joaquin Rodrigo (1911 – 1999) Concierto Pastoral for flûte and orchestra (1978) ; François Borne (1840 – 1920) Fantaisie brillante sur des airs de Carmen (arrangement pour flûte et Orchestre de Giancarlo Chiaramell)  ; Jacques Ibert (1890 – 1962) Concerto pour flûte et orchestre (1934). Sharon Bezaly, Flûte. Orchestre Symphonique d’Etat de São Paulo (OSESP). Direction  : John Neschling. 1CD Disques BIS. Enregistré à Sao Paulo en juillet 2005. Notice trilingue Français-Anglais-Allemand. Durée 56’50’’. Code barre : 7318599915593.

 

« Un pont sur les Pyrénées », tel est le thème choisi par la jeune flûtiste israélienne pour relier dans le même disque trois œuvres ayant la musique « espagnole » en commun : Le Concerto Pastoral de Joaquin Rodrigo, La Fantaisie sur Carmen de François Borne et le Concerto pour flûte et orchestre de . Choix audacieux à plus d’un titre car ces œuvres rassemblent les plus hautes difficultés techniques de l’instrument. Là où la virtuosité ne suffit plus, l’homogénéité du timbre de l’instrument dans tous ses registres fait la différence. Sharon, qualifiée de «Don de Dieu à la flûte» par le Times, y parvient avec une aisance toute particulière.

Le premier compositeur, Joaquin Rodrigo, puise dans son héritage espagnol pour donner à sa musique un charme tout à fait particulier. Son œuvre gravée sur le CD est le Concerto pastoral (ou Concierto Pastoral) pour flûte et orchestre, écrite en 1978, soit près de 40 ans après son célèbre Concerto d’Aranjuez, et composée pour le flûtiste irlandais James Galway. L’œuvre, saturée de difficultés techniques redoutables, figure certainement parmi les partitions les plus exigeantes de tout le répertoire de la flûte à tel point que les flûtistes y regardent à deux fois avant de l’inscrire à leur répertoire ! Le compositeur assigne également un rôle important à tous les bois de l’orchestre. Le hautbois, le cor, la trompette ou le cor anglais sont très sollicités pour assurer certains épisodes lyriques.

On possède malheureusement peu d’indications sur le flûtiste François Borne, mis à part ses dates de naissance et de décès : 1840-1920. Dans sa version pour flûte et piano, sa Fantaisie brillante sur Carmen est très appréciée des flûtistes, car elle propose plusieurs variations très fraîches mais surtout dynamiques et endiablées sur les thèmes très populaires. Dans son orchestration pour flûte et orchestre réalisée par Giancarlo Chiaramello, la Fantaisie mérite bien l’adjectif de « brillant » car Sharon laisse sa flûte révéler toute l’étendue de sa palette expressive, elle sait parfaitement donner un caractère différent à chaque épisode, et c’est justement bien là l’enjeu fondamental de la partition. Après l’énoncé des différents thèmes introductifs vient la célèbre Habanera suivie des deux variations qui révèlent le spectre étendu des émotions voulues par le compositeur. Après la Chanson de Bohème et le Final, un Presto à l’ambitus particulièrement large clôture ce morceau de bravoure. Bien que l’arrangement de Chiaramello surprenne parfois – les flûtistes étant habitués à la réduction flûte et piano -, l’ensemble est très frais et agréable à écouter.

Quant à , on lui reconnaît également des affinités particulières avec l’Espagne, que le célèbre Entrac’te pour flûte et guitare illustre parfaitement. Composé en 1934 pour Marcel Moyse (un des précurseurs de l’école française de la flûte, et auteur d’un grand nombre de recueils et d’études aujourd’hui encore incontournables), le Concerto pour flûte et orchestre n’a jamais quitté le box-office des morceaux les plus populaires du Répertoire avec l’instrument en tant que soliste. Bien qu’amorçant déjà une rupture avec la tonalité traditionnelle et romantique, les différents thèmes développés sont à la fois extrêmement mélodiques. Il est évident que le chef déploie beaucoup d’énergie pour « faire sonner » au mieux son orchestre, cette partition ne supportant pas la monotonie. Le Finale Allegro scherzando (qui s’ouvre sur trois coups syncopés) possède une atmosphère ibérique certaine. Une superbe cadence, introduite au cœur du mouvement, aux envolées impressionnantes de virtuosité, est à l’origine de l’inscription régulière de ce mouvement dans presque tous les concours flûtistiques.

En ce qui nous concerne, nous sommes déjà acquis à la cause de la soliste. joue dans la cour des grands, elle fait partie des flûtistes qui écriront l’histoire de la flûte des prochaines années.

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