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Semyon Bychkov sonne les cloches à Rachmaninov

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : The Bells op. 35 ; Symphonic dances op. 45. Tatiana Pavloskaya, soprano  ; Evgny Akimov, ténor ; Vladimir Vaneev, baryton ; Lege Artis Chamber Choir (direction : Christian Letschert-Larsson et Boris Abalyan) ; Orchestre symphonique de la WDR de Cologne, direction : Semyon Bychkov 1 CD Profil PH07028. Code barre : 8148870285. Enregistré en septembre 2006. DSD. Notice bilingue : allemand, anglais. Durée : 73’04.

 

Le label Profil (émanation de Hänssler) présente ici un CD entièrement consacré à Rachmaninov, sous la baguette de  : Les Cloches et Les Danses symphoniques. Certes, ces œuvres ne sont pas nouvelles dans le répertoire discographique, mais l’enregistrement présenté ici mérite quelques instants d’attention : d’un point de vue technique, la prise de son implique une lisibilité des textes musicaux indéniable, lisibilité soulignée par une interprétation précise, soignée, et « inspirée », pour reprendre un mot cher à Jankélévitch.

Les Cloches, c’est une cantate pour soprano, ténor, baryton, chœur et orchestre opus 35, composée entre janvier et avril 1913. Le texte du poète symboliste russe Constantin Balmont (1867-1942) est adapté du poème « The Bells » D’Edgar Alan Pœ, conseillé au compositeur par une lettre anonyme ! D’ailleurs, le compositeur va suivre le texte dans le choix de son instrumentation et de l’organisation de son œuvre en quatre mouvements : grelots argentés de l’enfance, cloches en or du mariage, tocsin en bronze de l’âge adulte, glas sinistre de la mort. Cependant, ici, il termine l’œuvre à sa manière, en laissant clairement briller une lueur d’espoir. Précisons que, comme le mentionne Rachmaninov : « Les cloches accompagnaient chaque Russe de son enfance jusqu’à la tombe et aucun compositeur ne pouvait échapper à leur influence… Cet amour des cloches est inhérent à chaque Russe.  » L’imaginaire populaire rejoint ici ses préoccupations métaphysiques : il est en effet très tourmenté par la peur de la mort. Rachmaninov dédicace sa cantate à son ami W. Mengelberg et son orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. La création a lieu à Saint Petersbourg le 30 novembre 1913, sous la direction du compositeur lui-même. Notons qu’il reçoit, avec cette œuvre, le Prix Glinka ; soit un montant de cinq cents roubles.

souligne bien les différences de caractères au sein des quatre mouvements, faisant alterner les passages légers, joyeux avec d’autres lyriques voire inquiétants ou encore tragiques. Cordes, vents et percussions sont tour à tour employés de manière à retenir l’attention de l’auditeur et à le plonger dans une pluralité de sentiments : gaîté, nostalgie, inquiétude, béatitude… De plus, le Lege Artis Chamber Choir, sous la direction de Christian Letschert-Larsson et Boris Abalyan, aide à l’expressivité, faisant montre d’une qualité vocale et d’une sensibilité indéniables, que ce soit en bouches fermées, sur lignes mélodiques recto-tono ou dans des passages plus lyriques. Les trois solistes, Tatiana Pavloskaya, la soprano, Evgny Akimov, le ténor et , le baryton sont également excellents dans leur rôle respectif. Pas d’effet intempestif ; l’auditeur est captivé, accroché à la note qui vibre sans excès… L’alchimie des voix et de l’orchestre fonctionne à merveille.

Seul l’orchestre se retrouve dans les pièces suivantes : Les Danses Symphoniques (opus 45) composées entre la fin septembre et la fin octobre 1940. Elles sont créées à Philadelphie, le 3 janvier 1941 sous la direction d’Eugène Ormandy, à qui elles sont dédiées. Dernière œuvre de Rachmaninov, elles comportent trois mouvements intitulés initialement Jour, Crépuscules et Minuit. À l’époque, le compositeur pense écrire des Danses fantastiques. Il se ravise et opte pour des Danses Symphoniques sans sous-titre particulier à ses mouvements.

Là encore, Semyon Bychkov et le WDR Sinfonieorchester Köln mettent bien en valeur l’instrumentation originale (avec en particulier un saxophone contralto, une clarinette basse, une partie complète de percussions avec xylophone, campanelli et cloches ou encore un piano, etc. ) et l’orchestration recherchée du compositeur. Ils font virevolter certains motifs légers, enchaînent les nombreux thèmes et citations (dont le dies irae dans le dernier mouvement) avec des couleurs chaque fois renouvelées, où se mêlent sensualité et passion. Du grand art !

En résumé, un disque à mettre entre toutes les oreilles…

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : The Bells op. 35 ; Symphonic dances op. 45. Tatiana Pavloskaya, soprano  ; Evgny Akimov, ténor ; Vladimir Vaneev, baryton ; Lege Artis Chamber Choir (direction : Christian Letschert-Larsson et Boris Abalyan) ; Orchestre symphonique de la WDR de Cologne, direction : Semyon Bychkov 1 CD Profil PH07028. Code barre : 8148870285. Enregistré en septembre 2006. DSD. Notice bilingue : allemand, anglais. Durée : 73’04.

 
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