Concerts, La Scène, Musique symphonique

Une intégrale Sibelius pas intégralement sibélienne

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Paris. Salle Pleyel. 05-XI-2007. Jean Sibelius (1865- 1957) : Le Retour de Lemminkäinen, poème symphonique Op. 22 n°4 ; Symphonie n°2 en ré majeur Op. 43  ; Esa-Pekka Salonen (né en 1958) : Wing on Wing. Anu Komsi, Cyndia Sieden, soprano. Los Angeles Philharmonic Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen.

Orchestre Philharmonique de Los Angeles

Applaudissons d’abord ce double événement pour notre France musicale que constitue la venue du Philharmonique de Los Angeles pour ces concerts Sibelius, car c’est enfin l’occasion d’entendre un orchestre dont certains nous disent qu’il est devenu le meilleur d’Outre-Atlantique, et gageons que bien peu d’intégrales des symphonies du maître finlandais ont déjà été programmées sous nos contrées. Deux raisons donc de ne pas manquer ces soirées. De plus par un chef finlandais, fonçons ! Quoi de plus naturel et idiomatique … mais au premier abord seulement, car les récentes interviews accordées par Salonen nous rappellent, s’il en était encore besoin, qu’il faut se méfier des idées toutes faites. Ainsi donc, au début de sa carrière, il raconte « être même passé par une phase où je le haïssais » et avoue l’avoir en quelque sorte rayé de sa carte du monde musical. Ce n’est que plus tard que l’intérêt pour la musique de son célèbre compatriote lui est apparu plus vivement, sans qu’il se soit immédiatement précipité pour la jouer, « ayant pris mon temps pour revenir vers lui » ajoute t-il. C’est donc aujourd’hui le résultat de ce long travail de maturation qu’il nous est donné d’entendre salle Pleyel, en quatre concerts.

Après avoir assisté au concert de la veille où l’interprétation de la puissante (du moins en principe) Symphonie n°5 nous a plongé dans un abîme de perplexité tant nous n’avons à aucun moment reconnu notre Sibelius tant aimé, nous espérions qu’avec la Symphonie n°2, plus facile en apparence (mais comme chacun sait, la « facilité » chez Sibelius est toute relative !), le tir serait corrigé. Et il le fut, mais pas totalement pour nous convaincre que était devenu un interprète majeur de cette musique. Reconnaissons quand même que les 7 minutes du poème symphonique Le Retour de Lemminkäinen qui ouvrait le concert avaient bien de l’allure, de la vigueur, et illustrait parfaitement l’histoire du héros conté par le poème. La direction d’orchestre y semblait plus libérée que la veille, enfin vivante, enchaînait les phrases avec logique sans effet puzzle et permettait à la musique de trouver une incontestable évidence.

Contrairement à Lemminkäinen la symphonie n’a pas de programme sous-jacent pour aider l’interprète à trouver le ton, il faut donc chercher le fameux « derrière les notes » pour s’en sortir et transmettre l’émotion musicale. Et c’est là un des reproches que l’on peut formuler à l’égard de la version de ce soir : elle était un peu trop objective, peu porteuse d’émotion directe, intellectualisée. Propre, très propre, impeccablement en place (orchestre irréprochable), mais quand même un peu froide. Car la musique de Sibelius n’est pas une pure forme, même abstraite. Salonen déclare d’ailleurs que Sibelius envisage la forme « comme un tout organique où la musique croît et progresse à la façon d’un arbre qui pousse à partir de son code ADN ». L’image est joliment trouvée et fort pertinente. Mais ce n’est pas le sentiment qu’on a eu à l’écoute, où les phrases se suivaient plus qu’elles ne s’enchaînaient, où les alternances de tempo (vif-lent, lent-vif) parfois trop contrastées rompaient ainsi la continuité du discours. Salonen semblait par ailleurs plus à l’aise avec les parties rythmées de l’orchestration qu’il mettait bien en lumière (à notre goût parfois plus que nécessaire) qu’avec la fusion des mélodies (au sens sibélien du terme). Heureusement la direction était bien plus vivante, dynamique et contrastée que la veille (enfin Salonen passait du pianissimo au fortissimo sans hésiter), sans pourtant jamais nous soulever de notre siège (il y avait de quoi dans cette symphonie) mais au moins ne nous laissant pas effondré comme à l’issue de cette étrange cinquième. Notons que les deux soirs, le succès public était immédiat, comme si nous venions d’entendre l’interprétation du siècle … (quoique le siècle n’ayant que 7 ans …).

On ne prétendra pas que Wing on Wing composé en 2003-2004 par Salonen lui-même marquera l’histoire de la musique, c’est une œuvre de circonstance écrite pour célébrer la construction du Walt Disney Concert Hall, désormais salle de résidence de l’orchestre à LA. On entend d’ici les commentaires des tenants de l’orthodoxie moderniste – dont on semble bien revenu d’ailleurs – pour lesquels une œuvre n’a aucun intérêt si elle n’apporte pas quelque chose de nouveau. Et bien il n’y avait rien de nouveau dans ce Wing on Wing, mais c’était fort plaisant, et même amusant, et pour autant qu’on puisse en juger, parfaitement exécuté. On laissera la postérité donner sa place à cette œuvre.

Un mot quand même sur le LA Phiharmonic pour remarquer la très grande homogénéité de cet orchestre sans faiblesse. Tous les pupitres sont de haut niveau, sans qu’aucun ne soit particulièrement mémorable (à comparer avec la Radio-Bavaroise et ses cuivres à tomber dans Bruckner, où la Staatskapelle et sa sonorité magique dans Strauss). Cet orchestre fait penser, dans le bon sens, au LSO par son potentiel à tout faire avec succès. De là à en faire le meilleur d’Amérique …

Crédit photographique : Kasskara -DG

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Paris. Salle Pleyel. 05-XI-2007. Jean Sibelius (1865- 1957) : Le Retour de Lemminkäinen, poème symphonique Op. 22 n°4 ; Symphonie n°2 en ré majeur Op. 43  ; Esa-Pekka Salonen (né en 1958) : Wing on Wing. Anu Komsi, Cyndia Sieden, soprano. Los Angeles Philharmonic Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen.

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