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La Traviata dans l’intimité de 7000 spectateurs !

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Zurich. Hallenstadion. 22-XI-2007. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène, Ken Caswell. Décors, Bernard Arnould. Chorégraphie, Craig Revel Horwood. Costumes, Aziz Bekkaoui. Lumières, Marc Heinz. Sonorisation, Stan Tall. Avec Noëmi Nadelmann, Violetta ; Joseph Calleja, Alfredo Germont ; Roberto Servile, Giorgio Germont ; Alexandra Rivas, Flora Bervoix ; Stefano Rinaldi-Miliani, Docteur Grenvil ; Giorgio Trucco, Gastone ; Giuseppe Pizzicato, Baron Douphol ; Ernesto Morilli, Marquis d’Obigny ; Katharina Peetz, Annina. Companions Opera Ballet Chœur du Singkreis der Engadiner Kantorei Zürich, Zürcher Kammerorchester, direction, Ralph Weikert.

Monter l’intimisme de La Traviata devant 7 000 spectateurs agglutinés dans les vertigineux gadins d’un stade réservé aux matches de hockey sur glace n’est pas chose commune. Un environnement qui pressent sinon l’arnaque, du moins la foire à la culture. Se pose alors la question de savoir comment des artistes de renom peuvent-ils apparemment se laisser piéger dans de telles aventures ?

Dès qu’on pénètre dans l’enceinte sportive, l’ambiance d’avant spectacle avec musique pop et publicités projetées sur écran géant semble confirmer que l’amateur d’art lyrique sera submergé par le dégoût de la vulgarisation de l’opéra. Le regard attiré par le plateau occupant toute la surface du terrain de sport, la musique d’ambiance (?) laisse bientôt place à la voix d’un présentateur résumant l’action des deux premiers actes. Mais quand l’orchestre entame l’ouverture alors que des couples soulèvent en vagues successives le voile bleu qui recouvrait les quelques accessoires de scène, la magie opère. Violetta entre invitant une foule d’invités à envahir l’espace scénique. Elle est radieuse, élégante dans sa robe blanche, les invités sont beaux, dans leurs redingotes strictes alors que les dames aux toilettes chatoyantes s’empressent derrière leurs cavaliers. L’esprit de la fête est sans équivoque.

Il faut se rendre à l’évidence ! Cette Traviata s’avère, malgré son gigantisme, mieux réussie que nombre de productions de théâtres lyriques bien établis. Bien sûr, la recherche de la caractérisation des personnages n’est pas l’apanage de la mise en scène de . L’éloignement des spectateurs ne le permet pas. Toutefois, avec un art consommé du grand spectacle, le metteur en scène offre trois heures de lumières, de costumes, de ballets parfaitement harmonisés. Même si parfois, l’intrigue intimiste souffre de l’étendue du plateau, l’attention du spectateur est admirablement captée grâce à un subtil jeu de scène où des ballets de figurants effacent dans la discrétion les entrées et les sorties de scène.

Musicalement le Zürcher Kammerorchester joue la discrétion orchestrale, la faute probable au chef qui n’a pas su insuffler tout l’esprit de l’intrigue verdienne au sein de l’orchestre. Pas plus qu’il n’a su préparer un chœur du Singkreis der Engadiner Kantorei Zürich à l’élocution totalement incompréhensible et aux fréquents décalages.

La fastueuse mise en scène à grand spectacle ne serait qu’épisodique sans la prestation remarquable des trois principaux personnages du drame verdien. Ainsi, la Violetta de , grande comédienne et belle cantatrice, est souvent bouleversante. Si son « Addio nel passato » a souffert de quelques hésitations dues à l’inconfort d’être couché à même le sol, son « Amami Alfredo » était d’une grande beauté, et son « Dite alla giovine » empreint d’une très grande émotion. Les très beaux aigus de (Giorgio Germont) n’empêchent pas une certaine raideur vocale. Quand bien même elle convient à la dureté du personnage, on aurait aimé pourtant plus d’humanité vocale. Particulièrement dans son « Di Provenza », comme toujours incompréhensiblement tronqué de la cabalette qui le suit. Mais, c’est avec le jeune ténor maltais que l’émotion touche à son comble. Quel phrasé, quelle intelligence musicale, quelles couleurs ! Du haut de ses 29 ans, fait preuve d’une maturité vocale exceptionnelle. Capable de doser son instrument d’un forte vaillant à un pianissimo sublime, sa lecture musicale du texte verdien est bouleversante. Son « Dei miei bollenti spiriti » est chanté avec des diamants dans la voix. Si son action théâtrale peut paraître limitée, elle est largement compensée par l’expressionnisme de sa voix. Avec , l’art lyrique possède un joyau qu’il est difficile de détacher de la figure emblématique de Beniamino Gigli.

Malgré la prestation exceptionnelle des principaux protagonistes, ou plutôt à cause de celle-ci, on regrettera le décalage entre l’image vue et la perception du son au travers des haut-parleurs (par ailleurs très bien réglés dans une salle vouée aux échos) rendant parfois difficile l’individualisation de qui chante. Est-ce techniquement réalisable ?

Crédit photographique : (Violetta) & Joseph Calleja (Alfredo) © Paul Bergen

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Zurich. Hallenstadion. 22-XI-2007. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène, Ken Caswell. Décors, Bernard Arnould. Chorégraphie, Craig Revel Horwood. Costumes, Aziz Bekkaoui. Lumières, Marc Heinz. Sonorisation, Stan Tall. Avec Noëmi Nadelmann, Violetta ; Joseph Calleja, Alfredo Germont ; Roberto Servile, Giorgio Germont ; Alexandra Rivas, Flora Bervoix ; Stefano Rinaldi-Miliani, Docteur Grenvil ; Giorgio Trucco, Gastone ; Giuseppe Pizzicato, Baron Douphol ; Ernesto Morilli, Marquis d’Obigny ; Katharina Peetz, Annina. Companions Opera Ballet Chœur du Singkreis der Engadiner Kantorei Zürich, Zürcher Kammerorchester, direction, Ralph Weikert.

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