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L’excellence aux deux visages : quatuors Pacifica et Amati

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Paris. Cité de la musique. 27-I-2008. Eliott Carter (1908) : Quatuor à cordes n°1 ; Ludwig van Beethoven (1770- 1827) : Quatuor à cordes n°15 en la mineur op. 132. Quatuor Pacifica : Simin Ganatra, violon I ; Sibbi Bernhardsson, violon II ; Masumi Per Rostad, alto ; Brandon Vamos, violoncelle. Joseph Haydn (1732- 1809) : Quatuor à cordes n°40 en Fa Majeur op. 50 n°5 « Le rêve » ; Eliott Carter (1908) : Quatuor à cordes n° 5 ; Ludwig van Beethoven (1770- 1827) : Quatuor à cordes n° 14 op. 131. Quatuor Amati : Sebastian Hamann, violon I ; Katarzyna Nawrotek, violon II ; Nicolas Corti, alto ; Claudius Herrmann, violoncelle.

IIIe Biennale de quatuors à cordes

Dans le panorama proposé par la IIIe Biennale de quatuor à cordes de la Cité de la Musique, les quatuors Pacifica et Amati ont proposé le dernier après-midi du festival, un programme réunissant Eliott Carter, compositeur contemporain à l’honneur cette année, et deux des derniers quatuors de Beethoven. Un plaisir pour palais délicats.

Formé en 1994 sur la côte ouest des Etats-Unis, le est précédé d’une belle réputation outre-atlantique. Vainqueur de nombreux prix (Naumburg, Cleveland Quartet Award…) et ardent défenseur de la musique contemporaine, il s’est introduit pour la première fois au public français, venu en nombre, avec l’imposant quatuor n°1 d’Eliott Carter. Composée en 1951 dans le désert de l’Arizona, l’œuvre inaugure la phase expérimentale du compositeur qui, après le néo-classicisme de ses premières œuvres, est à la recherche d’un langage bien plus personnel. Le s’est révélé fougueux et maître de ses effets dans une pièce difficile, en clair obscur, où l’écriture dichotomique, quasi sexuée, appelle sans cesse la confrontation des timbres.

Avec l’avant-dernier quatuor de Beethoven (1823-25), le a confirmé une passion pour le travail du caractère. Ils s’accordent dans l’impétuosité, avec parfois un peu d’excès, dans l’atmosphère des passages lents pianissimo, poussent l’unité jusque dans le vibrato et quand l’un prend la parole, les autres le soutiennent avec présence et ferveur. A l’instar de son motto emprunté à James Montgomery, « Distincts comme les flots/ mais unis comme la mer », l’âme du quatuor Pacifica est une. L’homogénéité de leur pensée musicale et leur culture d’ensemble est d’autant plus remarquable que l’individualité de chacun semble y être encouragée – on ne pourrait sans regrets s’interdire de noter l’excellence de l’altiste ou la sonorité du violoncelliste –. Et tous quatre se retrouvent avec un enthousiasme sans partage dans la construction musicale et le don de soi.

Constitué en 1981, Grand Prix du Concours d’Evian en 1982, le s’est construit au contact du premier violon du quatuor LaSalle. Il poursuit une brillante carrière internationale et s’est tout récemment illustré dans un enregistrement de Haydn, compositeur qu’il a intégré au programme de ce soir aux côtés des mêmes Carter et Beethoven.

D’emblée, la rondeur du son et la finesse des attaques séduisent dans Haydn. L’unité des émissions épate. Dans le quatuor n°5 de Carter qui prend pour modèle les relations humaines, cette même finesse s’échappe du cadre précédent pour tenir à l’écart une agressivité qui n’empêche pas l’implication physique des musiciens (l’altiste y rompt une corde dès les premières mesures). Dans le quatuor n° 14 de Beethoven (1825-26), leur perfection technique et un travail stylistique en grande intelligence ont laissé entrevoir un potentiel en or. Une émulation intellectuelle d’une grande sensibilité s’est créée entre les musiciens mais une chose semble les avoir éloignés de Beethoven : l’incarnation. Leur son, si pur et stylisé n’a pas rendu compte de l’implication affective des ces pages, s’évadant dans des effets évanescents plus pertinents dans Haydn ou Bach, donné en bis. Toutefois, il est évident que chaque membre s’applique avec une minutie et un engagement intenses à se ciseler en rapport avec l’idéal stylistique qu’ils souhaitent ensemble représenter. Et si parfois le travail du son semble prendre le pas sur d’autres aspects (caractère, phrasé) cet ensemble n’en est pas moins un petit bijou.

Lire les chroniques du concert du Quatuor Arditi et du Quatuor Borodine lors de la Biennale

Crédits photographiques : Quatuor Pacifica © DR

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Paris. Cité de la musique. 27-I-2008. Eliott Carter (1908) : Quatuor à cordes n°1 ; Ludwig van Beethoven (1770- 1827) : Quatuor à cordes n°15 en la mineur op. 132. Quatuor Pacifica : Simin Ganatra, violon I ; Sibbi Bernhardsson, violon II ; Masumi Per Rostad, alto ; Brandon Vamos, violoncelle. Joseph Haydn (1732- 1809) : Quatuor à cordes n°40 en Fa Majeur op. 50 n°5 « Le rêve » ; Eliott Carter (1908) : Quatuor à cordes n° 5 ; Ludwig van Beethoven (1770- 1827) : Quatuor à cordes n° 14 op. 131. Quatuor Amati : Sebastian Hamann, violon I ; Katarzyna Nawrotek, violon II ; Nicolas Corti, alto ; Claudius Herrmann, violoncelle.

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