Entre le souffle et la tempête

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 16-II-2008. Sofia Gubaidulina (née en 1931)  : « In tempus Praesens », concerto pour violon et orchestre (création française) ; Anton Bruckner (1824-1896) : symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique ». Anne-Sophie Mutter, violon ; Orchestre national de France, direction : Kurt Masur

Délaissant sa résidence du Théâtre des Champs-élysées et les concerts d’abonnement du jeudi soir, l’ se présentait, en ce samedi, salle Pleyel pour une soirée qui avait attiré la foule mondaine des grands soirs alléchée par la présence de la charismatique et médiatique . Mais pour le commentateur, l’attraction du programme résidait dans la première audition française de « In Tempus Praesens », le second concerto pour violon de la compositrice . Fruit d’une commande d’, la pièce fut créée au festival de Lucerne 2007 sous la baguette de Simon Rattle à la tête de son orchestre berlinois. Il faut ici saluer le courage et l’engagement de la violoniste allemande dans la création contemporaine car cette nouvelle partition vient à la suite d’autres dont elle est l’initiatrice : Gesungene Zeit de Wolfgang Rihm, Sur un Même accord de d’Henri Dutilleux, la Partita et Chain II de Witold Lutoslawski et le concerto n°2 de Krzysztof Penderecki.

Ce concerto pour violon est le second essai de son auteur après l’imposant Offertorium (1980) dédié à Gidon Kremer. Considéré à raison, comme un jalon important du violon concertant de la seconde moitié du XXe siècle, il s’est imposé au répertoire des grands violonistes. « In Tempus Praesens » frappe par son instrumentation originale. Au sein d’un effectif plutôt large on repère une vaste section de percussions, des tubas wagnériens qui viennent renforcer les cors et l’absence de violons alors que les altos et les violoncelles sont répartis de part et d’autre du chef. Deux harpes, un clavecin, un piano et un célesta apportent ici une couleur inattendue tout en jouant le rôle d’un « continuo ». D’une grosse demi-heure, la partition frappe par la noirceur fascinante de ses teintes et un profond vécu humain. L’esprit évolue à travers un monde sensoriel à la fois apaisé et tempétueux. L’instrumentation, d’une finesse impressionnante, témoigne du talent et de l’inspiration de son auteur alors que la partie de violon se fond dans l’orchestre. La sonorité chaude et la technique hors pair de la soliste contribuent à notre bonheur auditif et dirige, avec soin, un Orchestre National de France très concerné. En bis, Anne-Sophie Mutter manifestant son amour pour cette partition, nous redonne sa cadence. Il faut noter que l’exécution a été entachée d’un petit incident : le chef et la soliste, décalés dans la partition, ont du interrompre cette création française, pour reprendre quelques mesures plus tôt.

En seconde partie, et ses troupes s’attaquaient à la symphonie romantique de Bruckner. Intégraliste des symphonies, le vieux sage allemand, a déjà programmé la musique du maître de Saint Florian lors de son mandat parisien. Pourtant, ce qui frappe c’est l’inadéquation du National avec l’esprit brucknérien. Certes, l’ONF ne possède pas, à l’inverse des phalanges germaniques, cette musique dans les gènes, mais l’absence de vécu brucknérien et d’automatismes se sont avérés des plus curieux. Ainsi, on pouvait pointer des déséquilibres entre les pupitres alors que la section de cuivres, surtout les cors, peinait à trouver ses marques. A la décharge de l’orchestre, Kurt Masur n’a visiblement pas de vision claire de la partition : dans des tempi (très) amples, il alterne de beaux moments et des tunnels (essentiellement dans un second mouvement et un scherzo qui ne décollent pas). Seul le finale, puissamment charpenté et mené avec détermination, pouvait emporter une certaine adhésion.

Crédit photographique : © DR

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