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La Bretagne célèbre ses légendes avec Le Roi d’Ys

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Rennes. Opéra. 3-III-2008. Edouard Lalo (1823-1892) : Le Roi d’Ys, opéra en 3 actes sur un livret d’Edouard Blau (version de concert). Avec : Christophe Fel, le Roi d’Ys ; Anne-Marie Seager, Margared ; Blandine Arnould, Rozenn ; Luc Robert, Mylio ; Jean-Luc Chaignaud, Karnac ; Vincent Billier, Saint Corentin ; Jérôme Savelon, Jahel. Chœur de l’Opéra de Rennes (chef de chœur : Gildas Pungier), Orchestre de Bretagne, direction musicale : Grzegorz Nowak

Le temps de la reconnaissance semble enfin venu pour Le Roi d’Ys, et l’on ne saurait s’en plaindre puisqu’il s’agit incontestablement d’un des fleurons du répertoire français. Au cours des douze derniers mois, l’Esplanade de Saint-Etienne et le Capitole de Toulouse en ont proposé de nouvelles productions, et l’Opéra Royal de Wallonie se prépare à reprendre la première. Pour défendre à son tour la légende bretonne, l’Opéra de Rennes a choisi le concert.

Ce choix, qui peut désarçonner ceux qui auraient négligé de mémoriser le synopsis, permet de mettre l’accent sur la partie orchestrale et sa large palette de couleurs. Dès l’ouverture, Grzegorz Nowak prend les choses en main, mettant en valeur chaque détail d’instrumentation (excellent solo de hautbois) avant d’embraser un Orchestre de Bretagne prodigue de séduisantes sonorités. Les contrastes sont soulignés, sans qu’équilibre et clarté en souffrent, et la riche thématique de l’œuvre est mise en évidence. L’ouverture, dans laquelle tout le drame est inscrit, nous assure que la réussite orchestrale sera au rendez-vous.

Les chœurs font ensuite une entrée enthousiaste mais quelque peu désordonnée. Ils trouveront en revanche tout leur équilibre pour l’intervention des voix d’en haut à la fin du deuxième acte, puis pour le chœur des jeunes gens précédant l’aubade, signant en définitive une prestation plus qu’honorable. Leur succède un Jahel très (presque trop) sonore et tout à fait adéquat, chanté par , qui mérite d’être suivi, au même titre que , élève de Malcolm King, qui profère la malédiction de Saint Corentin depuis une loge de premier balcon.

En effet, les chanteurs évoluent sans partition et l’absence de mise en espace n’empêche pas les déplacements et les interactions. En profite la mezzo montréalaise qui démontre dans Margared un véritable tempérament dramatique. En débit d’un vibrato parfois gênant au premier acte et d’une légère fatigue perceptible dans l’aigu en fin de représentation, cette artiste au port altier nous impressionne par son farouche engagement vocal, son timbre prenant et le tranchant de ses aigus. Comme à Toulouse avec Sophie Koch, c’est Margared qui s’empare de la scène et ses imprécations (De tous côtés, j’aperçois… ) constituent le sommet de la soirée, par l’alliage de l’impétuosité avec la sensibilité et l’intelligence musicales.

Face à cette blonde Margared, la brune Blandine Arnould pâlit en Rozenn malgré la fraîcheur du timbre et une musicalité incontestable qui nous vaut de très jolies phrases dans le médium. L’aigu est moins assuré, le timbre reste d’un grain assez commun et l’interprétation paraît plus appliquée qu’inspirée. Il est vrai que nous avions gardé dans l’oreille l’interprétation précieuse d’In va Mula…

Autre produit d’une école canadienne décidément très fertile, campe un Mylio sympathique et juvénile, au style châtié malgré quelques relâchements passagers. Le ténor a visiblement beaucoup écouté Roberto Alagna, au point de lui emprunter nombre d’accents. Sans se hisser à la hauteur du modèle, il affiche des qualités de bravoure qui servent le côté guerrier du personnage et se montre également capable de faire bon usage de la voix de tête dans une aubade habilement conduite. Nous entendrons à nouveau avec intérêt cet artiste ici-même dans le rôle de Macduff.

chante un roi solennel, au timbre profond, mais , pourtant l’élément le plus chevronné de cette distribution, déçoit. Comment un chanteur doté d’un instrument aussi riche a-t-il pu ainsi abandonner toute école ? Son Karnac, indifférent à l’action, est sonore mais sommaire. Rendez-nous le séduisant Pasquariello de 1990 !

La scène finale prouve que la seule traduction orchestrale de la montée des flots possède un pouvoir d’évocation qui dispense de l’image. L’accueil du public confirme la réussite d’un pari a priori périlleux : le Roi d’Ys est un ouvrage suffisamment puissant pour se dispenser de mise en scène comme de surtitrage. L’image naît de la musique.

Crédit photographique : © Andreas Birkigt

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Rennes. Opéra. 3-III-2008. Edouard Lalo (1823-1892) : Le Roi d’Ys, opéra en 3 actes sur un livret d’Edouard Blau (version de concert). Avec : Christophe Fel, le Roi d’Ys ; Anne-Marie Seager, Margared ; Blandine Arnould, Rozenn ; Luc Robert, Mylio ; Jean-Luc Chaignaud, Karnac ; Vincent Billier, Saint Corentin ; Jérôme Savelon, Jahel. Chœur de l’Opéra de Rennes (chef de chœur : Gildas Pungier), Orchestre de Bretagne, direction musicale : Grzegorz Nowak

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