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Artistes du village de Sebatu

La Scène, Spectacles divers

[Dijon] Auditorium, 9-III-2008. Troupe des artistes du village de Sebatu à Bali : Bali années 20, le temps des anciens, Baris, avec un danseur soliste ; la période de création Wayan Lotring, Gambagan, pour instruments, et Legong Kraton avec quatre jeunes danseuses ; la période du Kebyar, Semara Giri, pour instruments, Kebyar Duduk avec un danseur soliste, Oleg Tambulilingan, avec un couple de danseurs et Taruna Jaya avec une danseuse soliste. Conseiller artistique : Jacques Brunet ; chargée de production : Chantal Larguier ; coordination à Bali : Nyoman Jaya.

Bali années 20 : invitation au voyage

Sur la scène tapissée de noir sont disposés les instruments dorés du gamelan balinais ; des bannières colorées en soie flottent au dessus d’eux. Les vingt-sept musiciens entrent : des hommes d’un certain âge qui sont vêtus d’une veste verte et d’un long pagne bariolé, et coiffés d’un turban rouge. Pieds nus, ils vont prendre possession de leurs instruments avec humilité et s’accroupissent derrière eux sans les enjamber, car les instruments sont sacrés.

A notre gauche au fond, deux grands gongs suspendus, les kempuls, les rois des instruments ; devant eux un tout petit gong encadré par deux joueurs de flûte de bois et un joueur de cymbalettes ; en biais sur le côté, une famille de gongs à mamelons frappés avec des battes de bois et derrière eux de gros métallophones joués avec des marteaux pointus. A notre droite, deux rangées de métallophones interpréteront les parties les plus complexes ; un des joueurs fait office de chef d’orchestre pour l’ensemble. Enfin deux tambours de bois accompagnent le groupe au fond et au centre.

Le gamelan est donc avant tout un ensemble de percussions métalliques. Les instruments y sont groupés par taille et légèrement désaccordés les uns par rapport aux autres, ce qui provoque une résonance particulière. Les plus volumineux sont employés pour assurer une sorte de basse permanente en valeurs longues et les plus petits interprètent des strates plus virtuoses. Les musiciens apprennent par tradition orale et leurs gestes sont travaillés jusqu’à devenir automatiques, ce qui permet une grande agilité.

Leur répertoire est déroutant pour des occidentaux et il peut nous paraître monotone : les échelles mélodiques employées sont plus restreintes que les nôtres, qu’elles soient tétra ou pentatoniques, et cela déroute nos oreilles accoutumées à des modulations sophistiquées. En fait la diversité mélodique est une micro diversité qui se développe insensiblement : ce procédé semble avoir été une source d’inspiration pour l’école « répétitive » américaine dont font partie Phil Adams et Steve Reich.

Le développement des morceaux met en relief d’autres méthodes : l’opposition de timbres entre gongs à mamelons suggère des dialogues ; des différences de masse et l’exploitation permanente de strates sonores animent le discours musical ; celui-ci est clairement composé de séquences d’intensité variable dont la fin est annoncée par un accelerando.

Les pièces présentées lors de ce spectacle sont des œuvres du répertoire de cour profanes, dont l’origine est liée au sacré ; elles sont soit purement instrumentales, soit destinées à accompagner la danse. Avec un souci louable de la chronologie, les musiciens et danseurs du village de Sebatu nous ont présenté d’abord une danse ancienne issue d’une danse rituelle guerrière, puis une chorégraphie élaborée autour de 1915 par le célèbre chorégraphe balinais Wayan Lotring, le legong kraton, puis enfin une partie du répertoire « Kebyar », ce mot signifiant « aux sons éclatants » : répertoire plus récent, beaucoup plus virtuose et apparemment décrit comme plein d’imprévus…

Les costumes des danseurs sont bariolés et des couvre-chefs compliqués coiffent chacun d’entre eux. Le groupe comprend huit jeunes gens, quatre filles, trois garçons et une adolescente qui a exécuté la dernière danse avec beaucoup d’impétuosité. Leur style se caractérise par certaines postures : jambes demi pliées, pieds nus en équerre, postérieur tendu, taille arquée, mobilité très grande des bras, des mains et des doigts ; dans les morceaux plus récents, la tête devient elle aussi plus mobile : elle se déplace latéralement par saccades, les yeux roulant dans les orbites. Dans le répertoire Kebyar, les mouvements sur la scène s’amplifient, le jeu des pieds tient une place plus importante et les ruptures entre attitudes souples et saccadées sont plus fréquentes.

Les musiciens et les danseurs bénéficient depuis longtemps déjà des avantages de la mondialisation : ces postures orientales ont inspiré nombre de nos chorégraphes ; mais dans ce spectacle authentique le dépaysement est garanti pour le spectateur profane, qui mériterait peut-être une présentation sur scène des œuvres et des instruments. Mais ces sons étranges, ces couleurs rutilantes, ces attitudes des danseurs ne séduisent pas uniquement ceux que l’Orient fascine déjà.

Crédit photographique : © Guy Delahaye

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