Mon amour de Christian Rizzo : rave party

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre de la Ville. 11-III-08. Christian Rizzo : mon amour. Chorégraphie, scénographie, costumes : Christian Rizzo. Lumières : Caty Olive. Musique originale : Didier Ambact, Bruno Chevillon, Gerome Nox. Chansons : Morrissey, Mark Lewis Tompkins, Marianne Faithfull. Textes : William Carlos Williams, Patti Smith. Avec Christine Bombal, Philippe Chosson, Pep Garrigues, Kerem Gelebek, Wouter Krokaert, I-Fang Lin, Tamar Shelef et Mark Tompkins, chant, Didier Ambact, batterie, Bruno Chevillon, contrebasse, basse électrique, Gerome Nox, électronique.

La planète de , chorégraphe surdouée et protéiforme, est une planète sombre et brumeuse, où les plantes poussent en pots et les êtres humains se cachent derrière des voiles colorés. Des silhouettes encapuchonnées, enchevêtrées, qui ont à voir avec le travail d’un Daniel Firman (plasticien) ou d’un (metteur en scène) par leur capacité à susciter à la fois familiarité et étrangeté chez le spectateur. Comédiens plus que danseurs, physiques ingrats dissimulés par des parkas informes, ils agissent comme une tribu urbaine et autiste dont les codes nous échappent. S’articulant autour des duos, l’écriture chorégraphique est fortement marquée par des poses, des arrêts, qui témoignent du goût avéré de pour l’immobilité et la lenteur. Ondoyant de la techno au jazz, en passant par le rock, la musique conçue par le trio Ambact/Chevillon/Nox est, elle aussi, « planante », de la plainte du violoncelle aux accents de la batterie.

A l’étrangeté des corps et de la musique répond celle de la scénographie. Dans une lumière sépulcrale réalisée au moyen d’un vaste rectangle blanc rétro-éclairé, de lisses sphères noires traversent lentement la scène de temps à autre, en toute autonomie. On est du côté obscur de la force, une force tellurique où l’humain est impuissant. Ajoutant à l’incongruité de la scène, la voix d’outre-tombe du chorégraphe lit en anglais des extraits d’» Asphodèle », texte d’un précurseur de la beat generation, qu’il ponctue de chansons puisées dans le répertoire pop-rock anglo-saxon. Au fur et à mesure que la scène se vide de ses accessoires et se remplit de sphères, on assiste à la vision très « bob wilsonnienne » d’un Tompkins seul sur une chaise, parlant, criant puis vociférant dans une brume de plus en plus épaisse et tenace où l’on distingue parfois un amas de corps.

Avec cette pièce, Christian Rizzo signe un objet sophistiqué et ultra-contemporain, à l’énergie ouatée et retenue, aux formes floues et minimalistes et offre tout un univers à partager.

Crédit photographique : DR

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