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Ensemble 2e2m, au gré des vents

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Conservatoire National de Région de Paris. 13-III-2008. Philippe Leroux (né en 1959) : Phonie douce pour hautbois, Saxophone et violoncelle ; Franck Bedrossian (né en 1971) : La solitude du coureur de fond pour saxophone ; Manifesto pour ensemble à vent (création) ; Thierry Blondeau (né en 1961) : Lieu V (création) pour ensemble à vent ; Morton Feldman (1926-1987) : Journey to the end of the night. Rayanne Dupuis, mezzo-soprano ; Jean-Marc Liet, Hautbois ; Pierre-Stéphane Meugé, saxophone ; Frédéric Baldassare, violoncelle ; Ensemble 2e2M. Pierre Roullier, direction.

Présent sur tous les fronts, à la Biennale de Musiques en scène à Lyon la semaine dernière (voir notre chronique), à Paris, ce Jeudi 13 Mars avec l’ qui l’accueille en résidence pour la saison 2007-2008, présentait ce soir une nouvelle œuvre, Manifesto, qui, à l’instar de Propaganda, revendique haut et fort l’attachement actuel du compositeur au ciel romain puisqu’il termine un séjour de deux ans à la Villa Medicis. Ecrit pour un octuor à vent, Manifesto débute, comme la plupart des œuvres de Bedrossian, par une décharge explosive, un nœud de matière saturée qu’il aime projeter de manière frontale avant d’en détailler la richesse des composantes au fil d’une écriture très mouvante qui sous-tend l’énergie au sein du groupe instrumental et maintient la fulgurance du flux sonore ; à tel point que les huit minutes trente de cette partition qui happent l’écoute nous semblent étonnement courtes, appelant peut-être des développements à venir…

Avec la solitude du coureur de fond, la deuxième œuvre de Bedrossian au programme de la soirée – qui mettait à l’œuvre la virtuosité de l’excellent saxophoniste – c’est la même quête sauvage, exigeante et radicale qui est menée par le compositeur sur le phénomène sonore par le biais d’un instrument monodique générant en continu des sons multiples jusqu’à la distorsion absolue, cet idéal de saturation que Bedrossian appel de ses vœux et qui fait sens désormais dans le processus de son cheminement créateur.

Confrontée à l’univers sonore de Bedrossian, Lieu V de Thierry Blondeau une œuvre également donnée en création, convie à une écoute plus intimiste incitée par le jeu énigmatique de la flûte et de l’accordéon avant même l’installation des autres instrumentistes. On comprend après coup que cette trajectoire d’un instrument à l’autre sera le propos d’un travail axé sur la mise en espace de deux groupes de vents – surtout des anches – dont on perçoit les interactions réciproques tissant un fin contrepoint de sonorités et de tempi.

Si la présence dans ce programme d’une œuvre de jeunesse de , Journey to the end of the light, peu révélatrice de l’esthétique à venir du compositeur américain, ne s’imposait pas de manière évidente – elle est cependant brillamment défendue par la mezzo-soprano canadienne – la reprise d’une œuvre déjà ancienne (et si joliment nommée) de , Phonie douce, écrite en 1991 force l’admiration par la grande lisibilité de la forme et l’imagination sonore qui préside à l’écriture, maintenant l’audition suspendue à la destinée du matériau sonore. Partant d’un accord soudé par le trio instrumental – hautbois, saxophone et violoncelle – et suivant un processus de transformation continue qui lui est cher, Leroux opère un renouvellement constant des morphologies sonores, ingénieuses autant que virtuoses – les déphasages et remises en phase rythmiques sont fascinantes – laissant parfois respirer le discours, le temps d’une élégante cadence du saxophone, avant de réamorcer le mécanisme d’un même geste volontaire et précis jusqu’au tourbillon de la coda.

Crédit photographique : © DR

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