Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Entre puissance implacable et émotion poignante

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Paris. Salle Cortot. 08-III-2008. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour violoncelle et piano en ut majeur Op. 119. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur Op. 40 ; Moderato pour violoncelle et piano. Mstislav Rostropovitch (1927-2007) : Humoresque pour violoncelle et piano Op. 5. Alfred Schnittke (1934-1998) : Sonate pour violoncelle et piano n°2 ; Epilogue du ballet « Peer Gynt » pour violoncelle et piano, chœur et bande magnétique. Alexander Ivashkin : violoncelle ; Irina Schnittke : piano.

In Memoriam Rostropovitch

Ce concert « In Memoriam Rostropovitch », organisé par l’Association Internationale , a permis d’entendre des œuvres de compositeurs russes, dédiées, créées et bien sur jouées et même enregistrées par au cours de sa prolifique carrière. On sait en effet à quel point le violoncelliste russe a été un inspirateur sinon même un instigateur dans la création d’œuvres majeures de la littérature pour violoncelle du XXe siècle et particulièrement auprès de ses amis compositeurs russes chers à son cœur. On ne s’étonnera donc pas de retrouver au programme du soir Prokofiev, Chostakovitch et Schnittke, accompagnés par un bref Humoresque composé par Rostro lui-même (en une nuit après une soirée bien arrosée à la vodka, nous dit la légende).

avait la lourde tâche de porter sous son archet le poids de l’hommage à son illustre collègue, dont il fut l’ami, et avec qui il partagea le privilège de voir composer pour lui. A ses côtés, , veuve du compositeur, mais aussi créatrice de nombreuse œuvres de son mari, et déjà partenaire de Rostropovitch dans le passé. Ainsi la légitimité de cette soirée hommage était assurée, compositeurs, œuvres, interprètes, tous, avaient eu une relation forte avec celui qui a été après –chronologiquement- Pablo Casals, le plus célèbre et le plus influant violoncelliste du siècle écoulé.

Si le programme était parfaitement choisi et les interprètes plus que légitimes, sans parler des conditions sonores toujours idéales de la Salle Cortot, le seul petit défaut a été l’harmonie musicale entre les deux protagonistes du soir, qui ne sauta pas aux oreilles au début mais alla de mieux en mieux au fur et à mesure que le concert progressait. Dans la sonate de Prokofiev, on pouvait même ressentir un jeu diamétralement opposé, comme si les deux instrumentistes jouaient deux œuvres différentes. A un violoncelle volontiers romantique, plus chantant que percussif, pas aussi puissant et virtuose que pouvait l’être celui de Rostropovitch, répondait, avec une précision implacable et une puissance dévastatrice un piano conquérant. On se souvient que certaines interprétations de ces œuvres par Slava montraient un violoncelle dominant, clairement au premier plan, portant l’expressivité à lui tout seul, simplement « accompagné » par un piano plus discret. Rééquilibrage complet ce soir, avec un piano brillant, impressionnant, décidé à jouer pleinement son rôle. Et aussi à nous rappeler avec quelle facilité cet instrument, à percussion ne l’oublions pas, peut se transformer en formidable machine de guerre broyant sans pitié les malheureux instruments à cordes osant s’en approcher. C’est un peu ce qui s’est passé dans la sonate de Prokofiev et à un degré déjà moindre dans celle de Chostakovitch, plus réussie, qui culmina dans un très beau et poignant Largo ou l’aspect percussif du piano s’effaçait naturellement devant la mélodie, et où le mariage piano violoncelle fonctionnait parfaitement. Mais on sentait bien qu’à la première occasion la pianiste allait de nouveau faire parler le feu, admirablement d’ailleurs. Et malgré toutes ses qualités, ne pouvait y répondre.

C’est dans les deux Schnittke, après l’entracte, que nous allions trouver un équilibre bien plus satisfaisant entre les deux musiciens. Cette fois, plus d’instrument dominant mais un équilibre parfait, permettant à ces deux œuvres, à l’écriture nettement moins percussive, de capturer l’attention et laisser l’émotion passer. Enfin nous sentions un violoncelliste libéré, jouant à plein, avec toute la subtilité et les nuances nécessaires, sachant exprimer aussi bien les atmosphères variées, de l’ombre à la lumière, de l’angoisse à l’apaisement, contenues dans cette musique. Dans le « Peer Gynt » on a apprécié, en plus, la très belle et intelligente utilisation de la bande magnétique, créant un simple et continu tapis sonore à base d’enregistrement choral, sur lequel piano et violoncelle ont pu développer, tout en douceur, une musique poignante. Finalement ces Schnittke ont été, à nos oreilles, le sommet émotionnel de cette soirée russe hommage au grand violoncelliste disparu, où l’impressionnante première partie était trop dominée par le formidable piano d’.

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Paris. Salle Cortot. 08-III-2008. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour violoncelle et piano en ut majeur Op. 119. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur Op. 40 ; Moderato pour violoncelle et piano. Mstislav Rostropovitch (1927-2007) : Humoresque pour violoncelle et piano Op. 5. Alfred Schnittke (1934-1998) : Sonate pour violoncelle et piano n°2 ; Epilogue du ballet « Peer Gynt » pour violoncelle et piano, chœur et bande magnétique. Alexander Ivashkin : violoncelle ; Irina Schnittke : piano.

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