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Mozart-Berg : le plus facile à réussir n’est pas forcément celui qu’on croit …

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Paris. Salle Pleyel. 18-III-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sérénade n°10 en si bémol majeur pour instruments à vent, « Gran Partita » K. 361 ; Alban Berg (1885-1935) : Concerto de chambre, pour piano, violon et treize vents. Mitsuko Uchida, piano ; Christian Tetzlaff, violon. Ensemble InterContemporain, direction : Pierre Boulez.

L’ a parfaitement bien porté son nom ce soir, joignant Mozart à Berg, juxtaposant le classicisme intemporel de la fin du XVIIIe siècle à la modernité désormais classique du XXe, et en faisant entendre deux des plus belles œuvres pour instruments à vents du répertoire. En outre entendre diriger la Sérénade « Gran Partita » de Mozart constituait un intérêt tout particulier, sachant qu’il ne s’agit pas là de son répertoire de prédilection, du moins pas celui qui a fait sa renommée, mais que l’œuvre peut lui convenir. On s’attend en effet de la part du chef français à un regard très moderne, un « Mozart vu d’ » en quelque sorte, qui pourrait apporter un éclairage original à Gran Partita.

Malgré tout, il faut avouer que nous n’avons pas été totalement emballés par l’interprétation que nous avons entendu ce soir, assez rigoureuse dans sa mise en place, aux choix de tempo cohérents, mais qui nous a semblé parfois bien aride (la sècheresse de l’acoustique de la salle n’a certainement pas aidée). Etait-ce là l’effet de la loupe moderniste au travers de laquelle voulait nous la montrer ? Peut-être bien, mais cela a été au détriment du charme et de l’émotion qui est une part constitutive de cette musique. En fait ce sont surtout les phrasés, très « premier degré », neutres, manquant foncièrement d’imagination qui nous ont gênés. Certes le style habituel de Boulez va clairement dans le sens d’une faible sollicitation du texte, d’où cette impression de « manque d’imagination » qui en résulte, mais certaines œuvres compensent, comme Bartók ou Stravinski où Boulez excelle, cette neutralité par d’autres aspects où la clarté des plans sonores, la précision rythmique, la maîtrise de la dynamique orchestrale, peut emporter l’adhésion. A l’écoute de ce soir, il nous a clairement semblé que Mozart, et particulièrement dans cette Gran Partita, ne peut se contenter de cette approche, et qu’il faut « habiter » la phrase musicale et non se contenter de la jouer mécaniquement, aussi bien soit-il. Mais il y avait quand même de beaux moments dans cette interprétation, dont les deux derniers mouvements nous ont semblé les plus réussis : Thèmes et variations excellent d’intelligence et le brillant Rondo final au tempo franchement rapide parfaitement assumé.

Avec le Concerto de chambre d’, où la pianiste et le violoniste assuraient les partie solistes, nous retrouvions un Boulez « classique », d’emblée parfaitement à l’aise avec cette musique, qui semblait alors couler de source malgré les difficultés. En comparaison avec la Gran Partita, on pourrait dire que si Boulez avançait –relativement- sur la pointe des pieds dans Mozart, il s’engageait plus franchement et naturellement dans Berg. Et il n’était pas le seul, car a réellement impressionné par l’engagement, l’étendue et la variété de son jeu, alors qu’il avait sans doute la partie la plus difficile à jouer ce soir. Bravo, même si certains pianissimo n’ont sans doute pas été audibles au delà du cinquième rang d’orchestre. Fort belle prestation également de la pianiste japonaise , parfaitement dans le ton, et qui a eu la grande intelligence de jouer dans l’esprit musique de chambre qui va si bien à ce concerto. Cette deuxième partie de ce court concert avait toutes les qualités de la première, sans ses légers défauts (Mozart n’est pas Berg, les problèmes à résoudre sont légèrement différents), faisant de l’exécution de ce Concerto de chambre une assez belle réussite.

Crédit photographique : Mitsuko Uchida © Hyou Vielz

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Paris. Salle Pleyel. 18-III-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sérénade n°10 en si bémol majeur pour instruments à vent, « Gran Partita » K. 361 ; Alban Berg (1885-1935) : Concerto de chambre, pour piano, violon et treize vents. Mitsuko Uchida, piano ; Christian Tetzlaff, violon. Ensemble InterContemporain, direction : Pierre Boulez.

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