Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Un requiem au goût d’éternité réconfortant.

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Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines. 21-III-2008. Leoš Janáček (1854-1928) Adagio ; Eugen Suchoň (1908-1993) : Berceuse ; Rezső Sugár (1919-1988) : Tremolo ; Piotr Illich Tchaikovsky (1840-1893) : Elégie ; Jean Gilles (1668-1705) : Requiem ; Nadia Lavoyer, soprano ; Rany Bœchat, mezzo ; David Tricou, ténor ; Antonio Guirao, Baryton ; Chœur Echo de Bratislava ; Ondrej Šaray, chef de chœur ; Orchestre de chambre de Toulouse ; Pierre Bleuse, violon solo et direction ; Gilles Colliard : direction.

Deux pays vont obtenir une capitale européenne de la Culture en 2013, la France et la Slovénie. Toulouse est en lice et ce concert montre combien il est possible de créer des rencontres entre les peuples grâce à la musique. Le Requiem de Jean Gilles qui, rappelons le, a été maître de musique à la Cathédrale Saint Etienne de Toulouse, est une œuvre qui appelle à se surpasser tant sa renommée est européenne : il a été joué pour les funérailles du Roi Stanislas de Pologne. Bien des choses encourageaient donc un rapprochement entre Toulouse et la Slovénie. Pour ce concert, l’ a bénéficié du concours du Chœur écho de Bratislava et de jeunes solistes continuant d’approfondir leurs connaissances à Toulouse. Le résultat est une version enthousiaste et délicatement théâtrale de ce chef d’œuvre amenant à l’église le dramatisme de la scène. La première partie du concert a été une préparation magique au recueillement permettant d’apprécier pleinement ce Requiem si prenant. Jouant de toutes les couleurs, de toutes les nuances, de toute la délicatesse de phrasé dont ils sont capables les membres de l’orchestre, dirigés par Pierre Bleuse ont enchaîné une suite de quatre mouvements lents de compositeurs de l’Europe de l’Est. Une interprétation sur instruments modernes avec une implication totale. Dès le premier accord de l’Adagio pour 8 cordes de le public a perçu qu’il se passait quelque chose de rare. Ce premier accord était dosé si parfaitement que sa douceur évoquait des flûtes. Ce fût ensuite un voyage musical et poétique à travers des pays évocateurs des brumes et des rêveries tristes associés habituellement à l’âme slave. L’utilisation des sourdines dans Trémolo de Rezső Sugár a été un autre moment magique. Une telle finesse de phrasé, une telle subtilité dans le jeu de chaque instrumentiste, un si grand engagement de leur premier violon a créé des conditions d’écoute et de concentration du public incroyables. Après une telle mise en condition, la théâtralité du Requiem de Gilles a été bienvenue et immédiatement visible avec l’arrivée du chœur puis de solistes sur l’introduction toujours très impressionnante du tambour, ici développée avec art par Jodël Grasset Saruwatari. Une fois tous en place, le vaste portique a été mis en place avec précision et énergie par tous les interprètes dirigés avec l’ampleur nécessaire par , pourtant souffrant. L’équilibre a été parfait entre un chœur de chambre à 22, l’orchestre de chambre et des chanteurs aux voix jeunes et fraîches pleines de charmes. Dès son invocation sur le mot Requiem une grande responsabilité repose sur le ténor. David Tricou a été la hauteur des exigences avec une voix légère et une diction claire, sans chercher à grossir le son il a laissé se développer sa très belle voix. Ses interventions ont été très agréables tout du long. S’il ne force pas ses moyens il est certainement promis à un bel avenir. Nadia Lavoyer, a chanté sa partie avec grâce et légèreté, son regard éclairant constamment son chant précis, surtout dans les promesses de la résurrection.

Dans ce Requiem, les interventions du baryton sont capitales et le jeune Antonio Guirao avec une voix bien timbrée et une belle assurance a parfaitement assumé son rôle difficile.

On se prend à penser que les interventions de la mezzo sont hélas trop courtes dans cette œuvre, surtout quand la cantatrice a un timbre aussi prenant que celui de Rany Bœchat. Étonnant de lire dans le programme qu’elle chante Pamina quand on entend ce timbre profond et si riche, cette couleur si poignante, surtout à côté de la voix si désincarnée de Nadia Lavoyer.

Le chœur écho de Bratislava, très bien préparé par Ondrej Šaray, a répondu avec aisance aux sollicitations de . Une belle homogénéité dans tous les pupitres, une précision agréable dans les attaques en ont fait un chœur très attachant. Un peu trop de timidité et un petit manque de nuances sont sans doute les marques du respect pour cette belle partition pas encore totalement assimilée malgré un latin francisé exemplaire. Lors du bis a capella et chanté par cœur, le chœur dirigé par son chef a montré un engagement vocal plus généreux.

De bout en bout les interventions instrumentales ont été merveilleuses avec la même perfection que lors de la première partie, mais cette fois sur instruments anciens ! Vraiment dans l’acoustique claire de cette belle église, devenue un auditorium parfait, cette interprétation du Requiem de Gilles nous a permis d’apprécier tous les détails d’une partition colorée, variée et riche en émotions complémentaires. Dans 10 jours, une autre version de ce Requiem permettra aux heureux toulousains de déguster ce chef d’œuvre européen, cette fois dans le lieu de sa création, car l’œuvre a été crée à Toulouse il y a 300 ans. Oui Toulouse a de sacrés atouts musicaux pour être capitale européenne de la culture en 2013 !

Crédit photographique : ©DR

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Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines. 21-III-2008. Leoš Janáček (1854-1928) Adagio ; Eugen Suchoň (1908-1993) : Berceuse ; Rezső Sugár (1919-1988) : Tremolo ; Piotr Illich Tchaikovsky (1840-1893) : Elégie ; Jean Gilles (1668-1705) : Requiem ; Nadia Lavoyer, soprano ; Rany Bœchat, mezzo ; David Tricou, ténor ; Antonio Guirao, Baryton ; Chœur Echo de Bratislava ; Ondrej Šaray, chef de chœur ; Orchestre de chambre de Toulouse ; Pierre Bleuse, violon solo et direction ; Gilles Colliard : direction.

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