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Dijon. Ancienne chapelle du lycée Carnot, 28-III-2008. Première partie : « airs de cour et d’opéra dans le goût françois. » Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Deux extraits d’Atys, tragédie (1676)  ; Marin Marais (1656-1728) : pièce en trio, petite passacaille ; Robert de Visée (v1650-1725) : prélude et allemande pour le théorbe ; Michel Lambert (1610-1696) : airs à une voix et ritournelles, avec une sarabande de François Dufault (XVIIe siècle) pour harpe seule. Seconde partie : « Musique italienne chez Monsieur de Malatesta. » Francesco Cavalli (1602-1676) : sonata a tre con passacalio ; Paolo Lorenzani (1640-1713) : air tiré de Nicandro e Fileno ; : airs tirés de Xerse ; Luigi Rossi (v 1598-1653) : passacaille pour harpe seule ; Giacomo Carissimi (1605-1674) : air Vanitas vanitatum ; Angelo Michele Bartolotti (v. 1615-v. 1681) : preludio per la tiorba. Jean-Paul Fouchécourt, ténor ; Ensemble baroque en Bourgogne. Jean Tubéry, flûte à bec et cornet ; Frédéric Martin, violon baroque ; Jean Gaudy, violoncelle baroque ; Angélique Mauillon, harpe à trois rangs ; Marc Wolff, théorbe.

Un concert pour le Mercure Galant

« Si j’étais plus heureux, je mourrais de plaisir », ce vers d’un air de cour de pourrait servir d’exergue à cette soirée musicale « Baroque en Bourgogne ». Une rare complicité unit les sept artistes, qui ont tout à fait compris ce que doit être un concert au sens originel : une réunion d’amoureux fervents de la musique, qui par son truchement devisent de la vie avec amitié, qui discourent avec éclat et passion ou bien avec une tendresse un tant soit peu ironique. Un parfait respect de l’autre règne au sein de cette assemblée ; nul n’écrase son voisin de sa prétention, et chacun est indispensable à la cohésion du groupe. Cette élégance, qui sert souvent à cacher des feux violents et qui évoque d’une manière anodine et feutrée le pouvoir presque mortel des « appâts », caractérise tout à fait le répertoire français choisi pour la première partie de ce concert.

Nous entrons de plain pied dans la sensibilité musicale du règne de Louis XIV par la grâce du chant de , par la clarté de sa diction, et aussi par ses clins d’œil et sa malice. Il nous rappelle que la musique française de cette époque n’est pas seulement la servante éclatante et pleine d’ostentation du pouvoir, mais qu’elle sait exprimer aussi avec délicatesse les charmes, les courroux, les plaisirs et les outrages. En fait c’est peut-être une certaine mélancolie, celle dont on sourit amèrement, qu’ont voulu exprimer les instrumentistes dans leurs accompagnements et dans les excellents soli du théorbe et de la harpe. La simplicité et la justesse de l’interprétation de l’ensemble communique cette sensation à chacun des spectateurs : « Je ne chante pas pour charmer ma douleur, mais pour l’entretenir », dit le chanteur dans un air de .

Les lectures faites par , tirées de lettres et d’articles de la presse de l’époque, nous accompagnent dans ce voyage dans le temps et établissent un lien avec la seconde partie. Monsieur de Malateste, dijonnais du Grand Siècle, aimait la musique transalpine au point de se faire appeler Malatesta, et d’organiser chaque semaine des soirées de musique italienne. Nous avons ainsi pu goûter un répertoire différent ; celui-ci, servi par une harmonie souvent plus complexe, par une écriture plus contrastée, nous offre une peinture plus tourmentée des sentiments : c’est donc bien cela le « goût italien » à l’époque. Nous avons aussi découvert avec plaisir le raffinement de pièces instrumentales de maîtres peu connus comme Rossi ou Bartolotti, et nous avons été intéressés par l’air en latin de Carissimi, à la fois virtuose et très révélateur des leçons morales de ce temps de Contre-réforme.

Deux bis ont été nécessaires pour calmer l’enthousiasme d’un public conquis : il s’agit à nouveau d’airs de cour de Michel Lambert, découverts dans le fonds ancien de la bibliothèque du Conservatoire de Dijon. Souvenirs, souvenirs… effectue ainsi un brillant retour sur les lieux de sa jeunesse, puisqu’il fut élève dans les murs de ce lycée et de ce conservatoire.

Crédit photographique © Jean-Paul Fochécourt

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Dijon. Ancienne chapelle du lycée Carnot, 28-III-2008. Première partie : « airs de cour et d’opéra dans le goût françois. » Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Deux extraits d’Atys, tragédie (1676)  ; Marin Marais (1656-1728) : pièce en trio, petite passacaille ; Robert de Visée (v1650-1725) : prélude et allemande pour le théorbe ; Michel Lambert (1610-1696) : airs à une voix et ritournelles, avec une sarabande de François Dufault (XVIIe siècle) pour harpe seule. Seconde partie : « Musique italienne chez Monsieur de Malatesta. » Francesco Cavalli (1602-1676) : sonata a tre con passacalio ; Paolo Lorenzani (1640-1713) : air tiré de Nicandro e Fileno ; : airs tirés de Xerse ; Luigi Rossi (v 1598-1653) : passacaille pour harpe seule ; Giacomo Carissimi (1605-1674) : air Vanitas vanitatum ; Angelo Michele Bartolotti (v. 1615-v. 1681) : preludio per la tiorba. Jean-Paul Fouchécourt, ténor ; Ensemble baroque en Bourgogne. Jean Tubéry, flûte à bec et cornet ; Frédéric Martin, violon baroque ; Jean Gaudy, violoncelle baroque ; Angélique Mauillon, harpe à trois rangs ; Marc Wolff, théorbe.

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