Journée en hommage à Maria Malibran, infatigable Cecilia

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Salle Pleyel. 24-III-2008. Œuvres de : Gioacchino Rossini (1792-1868) ; Vincenzo Bellini (1801-1835) ; Gaetano Donizetti (1797-1848) ; Giuseppe Tartini (1692-1770) ; Pauline Viardot (1821-1910) ; Robert Schumann (1810-1856) ; Giovanni Paisiello (1740-1816) ; Franz Liszt (1811-1886) ; Charles de Bériot (1802-1870). Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Frédéric Chopin (1810-1849) ; Niccolò Paganini (1782-1840). Cecilia Bartoli, mezzo-soprano ; Vadim Repin, violon ; Lang Lang, piano. Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich, direction : Ádám Fischer. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

Le soleil aura brillé en vain en cette matinée de lundi de Pâques pour les mélomanes qui avaient choisi de découvrir le personnage de Maria Malibran en compagnie de . La cantatrice avait préparé cette unique journée d’hommage à la diva en ce jour anniversaire de sa naissance (24 mars 1808). La mezzo romaine partage avec son illustre modèle bien des caractéristiques. Si elle n’a pas l’intégralité du registre grave que pouvait posséder Maria Malibran, cette mezzo presque contralto, elle sait à merveille le compenser par une technique irréprochable. Un premier récital nous introduit dans le salon de la famille Malibran où se pressaient Liszt, Paganini, Rossini, de Bériot, Thalberg et bien d’autres, pour des soirées de concerts privés et de joutes amicales. On composait alors pour les sœurs Garcia (Maria Malibran et ) de nombreuses pages moins connues aujourd’hui. C’est à ce répertoire que consacre son premier concert de la journée. Les Bellini en particulier (« Malinconia, ninfa gentile » et « Vaga luna che inargenti ») sont très accomplis, à quand Norma dont Cecilia Bartoli a enregistré « Casta Diva » ? Elle offre également une page d’un Donizetti moins connu, celui, plus léger, de « Me voglio fà’na casa ».

Ressusciter le personnage de la Malibran c’est aussi évoquer celui de (1820-1910), sa jeune sœur, chanteuse elle aussi, mais également compositrice. On découvre sa Havanaise qui met en valeur la prononciation française de Cecilia Bartoli et le « Hai luli ! », bien interprété et émouvant. Le programme du récital se referme avec l’évocation de Charles de Bériot à qui Cecilia Bartoli rend justice à parvenant à conférer de l’intérêt (un exploit !) et une réelle vérité dramatique au Sogno di Tartini. La cantatrice remporte un immense succès dans ce répertoire qui semble fait pour elle tant dans la vocalise belcantiste que dans l’expression de la sensibilité romantique. A ses côtés, pianiste et violoniste stars déçoivent, entre phrasés peu inventifs pour le premier et fausses notes pour le second. En bis, Cecilia Bartoli donne une envoûtante Danza de Rossini et remporte un premier triomphe, croule sous les fleurs et reçoit une première standing ovation.

Après ce récital intimiste, la mezzo donnait un des rôles de Maria Malibran in extenso. Le choix de l’opéra donné pour ce second concert n’est guère original puisqu’il s’agit d’une œuvre du grand répertoire, là où l’on aurait aimé un défi plus personnel comme ceux que Cecilia Bartoli défend : le rôle-titre de La Sonnambula confié à un mezzo au lieu d’un soprano léger, par exemple. Mais nous ne bouderons pas notre plaisir, d’autant que La Cenerentola fut l’un des grands rôles de Maria Malibran mais aussi l’un des rôles qui ont fait la réputation d’une Cecilia Bartoli qui se place dans la filiation artistique de la muse romantique.

La version de concert est issue d’une production de l’Opéra de Zurich, avec, luxe supplémentaire, de nombreux souvenirs des représentations passées. Pas de pupitres : tous les chanteurs, costumés, jouent leur rôle avec beaucoup d’entrain. On en oublierait presque que l’on est en concert. Cette production offrait également au public parisien l’occasion d’entendre d’excellents chanteurs familiers de l’Opéra de Zurich et moins présents à Paris, tels Carlos Chausson, Sen Guo ou . La distribution est à peu près idéale. Les deux demi-sœurs de Cendrillon sont des comédiennes convaincantes bien caractérisées vocalement. Antonio Siragusa en Don Ramiro fait preuve de puissance et d’élégance. Le rôle du sage Alidoro est parfaitement tenu par qui lui prête sa noblesse et sa musicalité. Carlos Chausson est irrésistible en Don Magnifico, un rôle qu’il campe avec beaucoup d’abattage et Bruno Praticò, familier du rôle de Don Magnifico, endosse celui de Dandini. Ce dernier peine tout d’abord et savonne les vocalises avant de trouver toute son autorité vocale et sa verve comique. Cecilia Bartoli est parfaitement à l’aise dans l’un des rôles qui ont fait sa réputation et n’a aucun mal à s’imposer comme l’une des plus belles titulaires du rôle. Trille, vocalise, attachant jeu d’actrice, jusqu’au rondo final tout est parfait. Les forces de l’opéra de Zurich dirigés par Adam Fischer, pour le moins métronomiques, ne donnent pas moins de Cenerentola une lecture efficace. Le public ovationne une seconde fois la cantatrice mais également l’ensemble des artistes de cette représentation anthologique.

La folle journée de Cecilia Bartoli se termine par un concert de gala. Un programme Mozart en première partie où Cecilia Bartoli est un Sesto incandescent (« Parto, parto »), entre l’air « Chi sa, chi sa, qual sia » et un Exsultate, jubilate vibrionnant, attaqué plus comme un air de tempête que comme une pièce religieuse. Des airs encadrés par des ouvertures désespérément classiques, celles des Noces et de la Flûte (comment peut-on encore jouer Mozart à ce tempo ? On regrette le diapason et les instruments anciens de l’orchestre La Scintilla). Un programme plus proprement « Malibran » en deuxième partie avec une Desdémone, celle, moins connue, de Rossini, et sa Sémiramis, où Bartoli se fait l’idéale héroïne romantique et une technicienne hors pair. Pianiste et violoniste plus investis qu’en matinée et Philharmonique de Radio-France correct malgré les quelques regrets formulés ne font que souligner par contraste l’étendue du talent de la cantatrice. L’infatigable Cecilia ne refuse pas les bis réclamés par un public en délire, une scena : « Infelice » de Mendelssohn, pleine de musicalité et d’investissement dramatique, et, pour finir de galvaniser une salle déjà conquise : le « Rataplan » de Maria Malibran et l’aria « Yo que soy contrabandista » de Manuel Garcia, avec guitaristes et joueurs de castagnettes venus en renfort.

Crédit photographique : Cecilia Bartoli, 2 , Cecilia Bartoli, 3 Bruno Praticò (Dandini), Antonio Siragusa (Don Ramiro), Cecilia Bartoli (Angelina), Carlos Chausson (Don Magnifico), Sen Guo (Clorinda), (Tisbe), (Alidoro) : deuxième concert (La Cenerentola). 4 Cecilia Bartoli, , © Frédérique Toulet/Salle Pleyel

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