Winston Choi l’Enchanteur

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 7-IV-2008. Poursuite II : Horloges et nuages. Jacques Lenot (né en 1945) : Prélude pour piano n°21, Car l’onde s’est tue ; Etude I ; Marco Stroppa (né en 1959) : Contrasti pour piano et bande magnétique. György Ligeti (1923-2006) : Deux études pour piano : Automne à Varsovie, Touches bloquées ; Daniel Weymouth (né en 1938) : Métronome études pour piano ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Trois mouvements de Petrouchka, transcription pour piano de Stravinsky. Winston Choi, piano.

D’origine chinoise, le jeune pianiste canadien – à peine trente et un ans – a étudié aux Etats-Unis auprès des plus grands comme Menahem Pressler, Léon Fleisher et Ursula Oppens. Il se fait connaître en France en 2002 lors du Concours international d’Orléans où il remporte le prix Blanche Selva. Son interprétation de la musique de Carter – dont il enregistre l’intégrale de l’œuvre pour piano en 2003 – est encensée par la critique. Deux ans plus tard, il se colle à l’écriture exigeante et fascinante du compositeur français pour une intégrale des 24 Préludes et des six premières études (CD INTR 017) et confirme son exceptionnelle capacité à maîtriser l’écriture la plus complexe pour en tirer la substantifique musique : En témoignent le Prélude n°2 et l’Etude I, deux pièces très courtes de Lenot que Choi jouait en ouverture du concert « Poursuite II » de l’IRCAM dont il était l’invité ce Lundi 7 Avril aux Bouffes du Nord.

Initié en 2006-2007 en coréalisation avec « Instant pluriel », le cycle « la poursuite » entend « transformer le concert en un scénario sans interruption » liant l’instrumental et l’électronique tout en poursuivant une pensée musicale par delà les clivages historiques. enchaînait donc avec « Contrasti » de , une partition pour bande magnétique et piano de 1984 enrichie et entièrement remixée dans les studios de l’IRCAM en 1989. Dans cette œuvre d’une étonnante virtuosité, la partie électroacoustique vient prolonger et projeter dans l’espace la trajectoire du pianiste débutant seul l’exploration obstinée de certains phénomènes acoustiques. En revanche l’ordinateur récapitule et pulvérise les figures pianistiques dans une fantasmagorie finale très éblouissante.

C’est dans les deux études de Ligeti, « Automne à Varsovie » et « Touches bloquées » du premier Livre que les couleurs et la magie du toucher – celle qui « enchante » le clavier – de Winston Choi se manifestent pleinement. Comme chez Lenot, la complexité rythmique de l’écriture se fait musique sous les doigts de cet artiste hors norme qui ajoute à son palmarès quelques notes d’humour avec les trois premières pièces de « Metronome Etudes » du compositeur américain données en création française. C’est un essai sur les relations entre les musiciens et la mécanique du métronome invitant à un jeu subtil sur les variations de la perception temporelle.

Ce questionnement sur le temps valait bien un retour sur celui qui définissait la musique comme « un ordre entre l’homme et le temps ». Avec les trois mouvements du ballet « Petrouchka » de Stravinsky transcrits pour le piano par le compositeur en 1922 – Danse russe, Chez Petrouchka et la Semaine grasse – Winston Choi faisait valoir toutes ses qualités d’interprète mettant au service d’une lecture très analytique la souplesse d’un jeu gorgé d’énergie, la richesse de la palette sonore, la finesse d’évocation enfin que les sonorités ductiles du piano semblaient ici mieux encore traduire que celles de l’orchestre. Inouï !

Crédit photographique : Winston Choi © DR

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