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Il Prigioniero… la liberté … ?

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Paris, Palais Garnier. 17-IV-2008. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Ode to Napoleon op. 41 pour récitant, piano et quatuor à cordes sur un texte de Lord Byron. Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Il Prigioniero, opéra en un prologue et un acte, livret du compositeur. Mise en scène : Lluís Pasqual ; décors : Paco Azorín ; costumes : Isidre Prunés ; lumières : Albert Faura. Avec : Dale Duesing, récitant ; Evgeny Nikitin, il Prigioniero ; Rosalind Plowright, la Madre ; Chris Merritt, il Carciere / il Gran inquisitore ; Johan Weigel & Bartlomiej Misiuda, due Sacerdoti. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Lothar Zagrosek.

Après Parsifal, après Wozzeck, a décidé de plonger un peu plus le public parisien dans les abîmes de l’expressionnisme dépressif avec ce Prigioniero de Dallapiccola. Le compositeur, quand il écrivit son opéra entre 1944 et 1948, se remettait à peine de la gifle qu’il reçut du fascisme. Contrairement à d’autres dictatures européennes, le fascisme mussolinien a encouragé les arts. De grands noms ont soutenu ce régime (on a tendance à l’ignorer) : Ungaretti, Pirandello, Pizzetti, Malaparte, … des créateurs moins « grand-guignolesques » que Pietro Mascagni ou Gabriele D’Annunzio, qui eux ont toujours été clairement associés à Mussolini. , originaire de Styrie, une « terre irrédente » actuellement en Croatie, était convaincu du bien-fondé de ce régime. Mais les premières lois anti-juives de 1938, l’entrée en guerre aux cotés des nazis et la découverte de camps de concentration pendant l’épisode de la République de Salo ont décillé les yeux de bien des italiens. De ce mouvement de prise de conscience sont nés Kaputt et La pelle de Malaparte (ce dernier roman lui ayant valu une mise à l’Index du Vatican), La guerra, Il dolore, Derniers jours – 1919, Gridasti : soffoco et Il povero nella città de Ungaretti, et ce Prigioniero de Dallapiccola.

Autre texte de dénonciation de l’absurdité de la dictature et de la guerre, l’Ode to Napoleon de Lord Byron, mis en musique en 1942 par d’. Une ode qui n’a strictement rien de laudateur, au contraire. adapte l’œuvre (qui rappelons-le, n’est pas prévue pour la scène) comme un cabaret berlinois, dont le héros travesti en Marlène Dietrich (excellent ), suivi pas à pas par un projecteur, reprend progressivement son habit de prisonnier avant de finir un sac de toile de jute sur la tête. Un « précipité » de quelques minutes permet de faire un enchaînement direct sur Il Prigioniero.

La structure de Paco Azorín qui fait office de décor est une cage cylindrique qui tourne sur elle-même faite de barreaux, de portes et d’escaliers métalliques, moderne Tour de Babel dans laquelle on ne peut ni entrer, ni sortir. Les acteurs y évoluent à l’intérieur, dessus ou autour, marchant souvent sur des tapis roulants, cette marche immobile étant un symbole des inutiles efforts de tout un chacun vers la liberté. La prison de ce Prigioniero, avec ses matons qui humilient des prisonniers tenus en laisse ou suspendus par les pieds sur fond d’un terrifiant chœur liturgique rappelle plus Abou Ghraïb en Irak que les geôles de Philippe II d’Espagne, lieu d’origine de l’action. La structure finit par s’ouvrir, la lumière se fait, sur une liberté illusoire : celle d’une salle d’opération, ou le prisonnier finit allongé et bâillonné pendant que le Grand Inquisiteur (médecin militaire et médecin des âmes) lui fait une injection létale.

L’orchestre et le chœur sont les triomphateurs de la soirée. Menés de main de maître par , ce dernier n’a jamais oublié qu’il fut l’assistant de Bruno Maderna. La partition est âpre et dramatique à souhaits. Le chœur, situé dans l’impressionnant finale au dernier balcon (le poulailler) tient le public en tenaille. Coté scène, on ne peut qu’être déçu : ni ni ne possèdent les moyens vocaux exigeants de leurs rôles. En revanche excelle, à l’aise du grave à l’aigu (la tessiture des principaux personnages est très étendue), et campe un prisonnier scéniquement crédible et touchant. Seulement sept représentations, pas de reprises pour 2008/09… Espérons que Nicolas Joël reprenne cette excellente production.

Crédit photographique : (le prisonnier) & (le Grand Inquisiteur) © Eric Mahoudeau

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Paris, Palais Garnier. 17-IV-2008. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Ode to Napoleon op. 41 pour récitant, piano et quatuor à cordes sur un texte de Lord Byron. Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Il Prigioniero, opéra en un prologue et un acte, livret du compositeur. Mise en scène : Lluís Pasqual ; décors : Paco Azorín ; costumes : Isidre Prunés ; lumières : Albert Faura. Avec : Dale Duesing, récitant ; Evgeny Nikitin, il Prigioniero ; Rosalind Plowright, la Madre ; Chris Merritt, il Carciere / il Gran inquisitore ; Johan Weigel & Bartlomiej Misiuda, due Sacerdoti. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Lothar Zagrosek.

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