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Tolomeo Re d’Egitto, un rendez-vous raté, hélas…

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Tolomeo Re d’Egitto, HWV 25. Opéra en trois actes sur un livret de Francesco Haym d’après Carlo Sigismondo Capace. Ann Hallenberg, contralto : Tolomeo ; Karina Gauvin, soprano : Seleuce ; Pietro Spagnoli, baryton : Araspe ; Anna Bonitatibus, soprano : Elisa ; Romina Basso, contralto : Alessandro. Il Complesso Barocco ; Direction musicale : Alan Curtis. 3 CD Archiv Production ; Code Barre : 0 28947 77106 7 ; Enregistrement de septembre 2006 ; Commentaires et livret en trois langues ; Durées : 56’11’’ ; 45’25’’ ; 46’47’’.

 

L’actualité du disque est parfois riche en étonnements. Après la découverte d’un opéra rare dans une version de référence merveilleusement enregistrée du Caro Sassone, voilà une autre rareté qui ouvre beaucoup de questions et laisse des regrets.

Tolomeo Re d’Egitto suit de quelques mois Riccardo Primo créé pour le couronnement de Charles III. Le King’s Théâtre dans lequel Haendel avait donné nombre de ses chefs-d’œuvre depuis 9 ans était à l’agonie par manque de finances. Pourtant l’affiche était toujours aussi prestigieuse avec le trio lyrique le plus électrisant du moment : Senesino, la Faustina et la Cuzzoni. Cet opéra est en quelque sorte un opéra de crise. Et à ce titre il est très important. Les moyens sont resserrés à l’orchestre et autour des trois vedettes un nombre minimum de faire valoir est présent. Les airs ne sont pas tous des Dacapo, les moments de virtuosité sont plus rares et surtout aucun instrument obligé ne dialogue avec les chanteurs. Cette sorte de concision est tout à fait particulière. L’intrigue met en scène une sombre histoire de famille mais ce ne sont pas les Ptolémée et Cléopâtre du temps de Giulio Cesare in Egitto. L’histoire est bien antérieure et il s’agit de Ptolémée IX, détrôné par sa mère Cléopâtre III au profit de son frère Alexandre, qui finira par retrouver son trône. Mais tout au long de l’opéra c’est plutôt la perte de son épouse, Seleuce, qui le fait souffrir. Nombreux sont les chassés-croisés amoureux, la mort rôde avec une scène de poison. Mais tout se termine dans l’allégresse. L’histoire particulièrement complexe donne lieu à de beaux airs, pourtant dramatiquement il ne s’agit pas d’un chef-d’œuvre. La résurrection de cette partition est bien venue car on sait que le King’s Théâtre allait fermer malgré ce magnifique essai haendélien vers plus de concision pour mobiliser les financeurs. L’interprétation qui nous est proposée ici réuni de merveilleux chanteurs. La voix somptueuse et fruitée d’ donne beaucoup de délicatesse à ce roi déchu qui souffre de son amour perdu, refuse de se venger de son frère et finit par pardonner. Cette magnifique artiste trouve là un superbe rôle en développant le coté sensible et blessé du personnage. avec son soprano lumineux et sa voix mélodieuse trouve des accents touchants pour un personnage très tendre. trouve des accents violents et a beaucoup de mordant ce qui fait merveille dans un rôle de cruelle.

également contralto, ce qui équilibre ses échanges avec son frère Tolomeo, a beaucoup de noblesse de ton et son timbre est riche. Ce frère qui retrouve sa loyauté est au final plutôt sympathique.

est un méchant de grande classe et particulièrement bien chantant. Reste le problème d’Allan Curtis dont la direction raide et sans souplesse nuit à l’écoute de cet enregistrement à force de l’entendre marteler le rythme, surtout les rythmes pointés ! Quel manque d’imagination ! Et ce qui aggrave les choses à l’écoute prolongée c’est une prise de son qui privilégie à outrance le clavecin. On se croit revenu aux temps héroïques de la redécouverte de Haendel et du clavecin. En ces temps pour « faire baroque » le clavecin était au premier plan et tous les rythmes sautillants. Mais aujourd’hui nombre de chefs abordent la musique tout à fait autrement. Pourquoi cette absence de recherche au niveau du phrasé ? Pourquoi ce continuo paresseux et pauvre en couleurs ? Pourquoi ce micro à l’intérieur du clavecin, très quelconque au demeurant ?

Voilà une version d’un opéra rare, dont on attendait beaucoup, gâchée par un chef sec et obnubilé par le rythme, ainsi qu’une prise de son particulièrement antinaturelle car il n’est pas possible d’entendre si fort un clavecin au théâtre au milieu d’un orchestre. Quel dommage pour les magnifiques chanteurs réunis ! Et pour les auditeurs qui se réjouissaient de découvrir un opéra de Haendel rare !!

Hélas pauvre Ptolémée, il vaut mieux conseiller de t’éviter en attendant mieux …

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Tolomeo Re d’Egitto, HWV 25. Opéra en trois actes sur un livret de Francesco Haym d’après Carlo Sigismondo Capace. Ann Hallenberg, contralto : Tolomeo ; Karina Gauvin, soprano : Seleuce ; Pietro Spagnoli, baryton : Araspe ; Anna Bonitatibus, soprano : Elisa ; Romina Basso, contralto : Alessandro. Il Complesso Barocco ; Direction musicale : Alan Curtis. 3 CD Archiv Production ; Code Barre : 0 28947 77106 7 ; Enregistrement de septembre 2006 ; Commentaires et livret en trois langues ; Durées : 56’11’’ ; 45’25’’ ; 46’47’’.

 
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