Tristan und Isolde à Glyndebourne, pour Jiří Bĕlohlávek et Nina Stemme

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Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde. Mise en scène : Nikolaus Lehnhoff. Avec : Robert Gambill, Tristan ; Nina Stemme, Isolde ; Katarina Karnéus, Brangäne ; Bo Skovhus, Kurwenal ; René Pape, King Marke ; Stephen Gadd, Melot. London Philharmonic Orchestra, direction : Jiří Bĕlohlávek . Réalisation télévisée : Thomas Grimm. 3 DVD Opus Arte. Code barre : 8 09478 00988 7. Filmé au Glyndebourne Opera House, 1er et 6 août 2007. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. Toutes zones. 358’.

 

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Un nouveau DVD de Tristan und Isolde pour le catalogue d’Opus Arte ne pouvait se justifier pleinement que par l’excellence de la production filmée. Il s’agit là d’une captation sur le vif, issue des représentations de Glyndebourne d’août 2007 qui reprenaient la production de du festival de Glyndebourne 2003. On se souvient en effet de cette production qui fit parler d’elle puisqu’elle rompait avec la tradition mozartienne du festival pour marcher sur les terres de Bayreuth en programmant un Wagner particulièrement bien servi. Tandis que le choix de s’imposait, celui de a pu intriguer, avant de se révéler excellent. Plus mesuré que Barenboim par exemple, le chef renouvelle l’interprétation de Tristan und Isolde avec des tempi lents et un volume peu imposant, façonnant par là un Tristan intime, ce à quoi concourent également la direction d’acteurs, l’art de diseuse de et la finesse d’interprétation de . Les choix de permettent au de distiller une infinité de nuances ; sa coordination est parfaite et la montée dramatique saisissante.

est un Tristan honnête qui a certaines des qualités requises pour le rôle (l’étendue, la gestion du rôle sur toute la longueur de l’opéra) mais une technique incertaine. Même si l’on remarque certains moments inspirés et délicats (« O König, das kann ich dir nicht sagen » au II, par exemple), le ténor est éclipsé par le chant rayonnant de sa partenaire. Nina Stemme est impériale en Isolde, héroïne qu’elle rend dure et vindicative, consciente de son destin et par là même plus tragique encore. Cantatrice et actrice, Nina Stemme n’est pas sans rappeler ici Brigit Nilsson. Déjà idéale au disque, Nina Stemme complète son portrait d’Isolde avec ce surcroit de vérité dramatique qu’appelle l’incarnation scénique. On admire la diction, la justesse des intonations, l’éclat du chant. La soprano est bien suivie par , Brangäne légèrement monochrome mais pleine de justesse tant dans son chant que dans son incarnation. Le roi Marke de fait forte impression : il s’agit d’un roi blessé et digne, parfaitement en place et au chant admirablement soigné. Les apparitions de sont efficaces, même si le chant est parfois peu raffiné au I mais excellent au III où il compose un personnage superbe, touchant dans son amitié pour Tristan et complète efficacement la distribution en Melot.

Un seul décor, comme un tourbillon, peut évoquer une cale pour le vaisseau du premier acte mais montre surtout, tout au long de la représentation, un monde clos et un drame sans issue. L’âpreté de l’histoire est renforcée par un climat dur qu’instaurent la direction d’acteurs de et la scénographie. Les costumes sont d’inspiration médiévale mais modernisés par leurs couleurs bleues et grises métalliques. Lumières, décor et costumes sont dans les mêmes tons froids, ce qui renforce la sensation selon laquelle chaque personnage est seul, isolé : Isolde seule avec sa douleur, Brangäne froidement repoussée par sa maîtresse qu’elle souhaite aider, Tristan isolé par les usages qui veulent que celui qui accompagne une jeune femme vers son fiancé ne s’approche pas d’elle et, une fois Isolde et Tristan unis par le philtre, séparés par Brangäne. La réalisation télévisée est habile, l’image de qualité, les plans ingénieux reflètent au mieux la direction d’acteurs. On admire en particulier la grande intelligence de la mise en scène du face à face entre Tristan et Kurwenal dans toute la première moitié de l’acte III. La captation ne montre ni le public ni les applaudissements, ce qui contribue à une plus grande illusion réaliste, à une plus grande dureté du drame. N’étaient les quelques réserves formulées au sujet de l’interprète de Tristan et des coupes plus nombreuses que de raison, on toucherait presque à l’idéal. Enrichi de très intéressants bonus (reportage de Reiner E. Moritz et explications musicologiques de Richard Trimborn), ce DVD est assurément un jalon important dans la discographie de Tristan et Isolde, ne serait-ce que pour Jiří Bĕlohlávek et Nina Stemme, mais aussi pour la vérité théâtrale qu’apportent à leurs personnages l’ensemble des chanteurs.

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