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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 29-V-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : Les Offrandes oubliées, méditation symphonique ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano n°20 en ré mineur K. 466  ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 5 en ut mineur, Op. 67. Lars Vogt, piano ; Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Myung-Whun Chung.

En cette année du centenaire d’, il n’est pas étonnant qu’un de se plus fidèles interprètes, en l’occurrence le chef , ait inscrit une de ses œuvres au programme de ce soir. En revanche, il est plus rare d’entendre la dans ce répertoire. Cela constituait sans aucun doute la curiosité du concert, d’autant plus qu’il s’agissait d’une œuvre d’un Messiaen de vingt deux ans, qui plus est première œuvre orchestrale de son auteur, associée à deux énormes chefs-d’œuvre de Mozart et Beethoven, rude concurrence.

Mais quand un orchestre est bon il doit savoir tout faire, ce que la Staatskapelle nous a prouvé une nouvelle fois en réussissant plutôt bien son Messiaen. A un le premier mouvement, « Presque lent, douloureux, profondément triste », un poil monotone il faut bien l’avouer, succédait un « Vif, féroce, désespéré, haletant » très réussi, où l’orchestre impressionnait de précision et de cohésion dans un tempo très vif. Retour au tempo lent pour le final « Lent, avec une grande pitié et un grand amour » très retenu, aux superbes couleurs orchestrales, se terminant dans un pianissimo remarquablement tenu et un long silence respecté par la salle entière.

Le Concerto pour piano n°20 de Mozart suivait avec une réussite croissante dans les trois mouvements. Le premier mouvement Allegro à l’introduction orchestrale très dramatique, presque beethovénienne, décevait légèrement en raison d’une retenue expressive qui en limitait l’ampleur, l’attirant vers un dialogue chambriste (toute proportion gardée) plutôt que vers le dramatisme symphonique. L’équilibre piano orchestre était bon, la couleur et les phrasés du piano de intéressants, mais l’ensemble de ce mouvement était comme vu au travers d’un prisme rétrécissant. Point besoin de prisme pour équilibrer la magnifique Romance au premier thème tout emprunt de tendresse, tellement génial de simplicité qu’il émeut immanquablement l’auditeur, ce qu’ont assez bien réussi les interprètes ce soir. La difficulté de ce mouvement est toutefois d’évoluer subtilement vers les épisodes plus dramatiques, de nouveau à l’accompagnement orchestral plus vigoureux, qui comme dans le premier mouvement, mais à un degré moindre, nous laissait légèrement sur notre faim. Il fallait attendre le final Allegro assai pour sentir une libération conjointe du piano et de l’orchestre qui ainsi dialoguaient avec une plénitude qu’on aurait aimé entendre dès le début. Cela a permis de conclure l’exécution, néanmoins tout à fait honorable, de ce grand concerto sur son apothéose.

Tout le monde connaît sans doute par cœur la célébrissime Symphonie n° 5 de Beethoven, encore que, comme le disait Herbert von Karajan, « il y a toujours au moins une personne dans la salle pour qui c’est la première fois ». Il est quand même aujourd’hui bien difficile de surprendre l’auditoire avec ce monstre de densité musicale et de puissance expressive, pourtant exécuté avec un orchestre proche de celui de Mozart et Haydn. Si on fait abstraction des interprétations philologiques qui poursuivent leur propres buts, on peut classer les interprétations de cette œuvre en deux clans : celles qui mettent en avant la profondeur du discours, donnant à chaque phrase un sens dramatique, voire métaphysique (l’inaccessible modèle, surtout dans le second mouvement, étant Furtwängler), et celles qui la prenne comme musique pure qu’il s’agit simplement de jouer du mieux possible (école Toscanini ou Koussevitzky). C’est clairement dans la deuxième catégorie que s’est rangé le chef, lançant l’Allegro con brio initial sur un tempo uniformément rapide, réduisant toute tentative de respiration, précipitant le mouvement vers sa fin sans mettre en exergue les différents épisodes qui le composent. Ainsi joué, et avec la qualité de cet orchestre de Dresde, ce mouvement impressionne forcément même si on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’est fini avant d’avoir révélé tous ses trésors. Comme toujours le plus difficile à réussir dans cette symphonie est l’Andante con moto, mouvement à variations dont il faut trouver tempo de base, phrasés et équilibres dynamiques pour le réaliser pleinement. Chung a choisi un bon tempo, retenu comme il fallait, pas trop « con moto » au début pour éviter intelligemment les problèmes dans les passages plus rapides, mais n’a pas entièrement su animer et lier les différentes variations pour convaincre totalement. Le diptyque final sera, fort logiquement, dans le prolongement du premier mouvement, terriblement rapide, brillant, virtuose (quel orchestre !), et de ce fait, un poil gratuit. Néanmoins, qui entendait ça pour la première fois a pu percevoir à quel point cette musique était géniale, ce qui est l’essentiel. Comme on pouvait s’y attendre, la prestation de la Staatskapelle enthousiasma le public qui fut récompensé par rien moins que l’Ouverture du Freischütz de Carl Maria von Weber.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 29-V-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : Les Offrandes oubliées, méditation symphonique ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano n°20 en ré mineur K. 466  ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 5 en ut mineur, Op. 67. Lars Vogt, piano ; Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Myung-Whun Chung.

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