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Wilhelm Furtwängler : une sommité brucknérienne

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°4 « Romantique » ; n°5 ; n°6 (trois derniers mouvements) ; n°7 ; n°8 ; n°9. Orchestre Philharmonique de Vienne, Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Wilhelm Furtwängler. 5 CD Music & Arts CD-1209. Code barre : 017685120923. Enregistré entre octobre 1942 et octobre 1951. AAD. Notices unilingues (anglais) excellentes (John Ardoin). Durée : 65’55, 68’50, 79’50, 79’09, 79’11.

 

Le label américain Music & Arts vient de réaliser ce qu’aucun autre éditeur, à notre connaissance, n’avait osé entreprendre : publier en un seul coffret une interprétation – parfois la seule – de chacune des Symphonies de Bruckner que nous a léguées. Précisons d’emblée que l’illustre chef allemand n’a jamais dirigé les trois premières Symphonies du maître de Linz (ni bien évidemment les deux Symphonies « de jeunesse »), et que par ailleurs l’unique enregistrement de la Symphonie n°6 nous est parvenu malheureusement amputé de son premier mouvement.

Il est vraiment curieux que Furtwängler, qui appréciait Bruckner au moins autant que Beethoven, Brahms ou Wagner, n’ait réalisé qu’un seul enregistrement commercial de sa musique, capté en studio le 7 avril 1942 par Telefunken, et encore cette unique gravure en six faces 78 tours ne concerne que le seul Adagio de la Symphonie n°7. Sans doute le chef estimait-il que la présence sur le marché discographique des années 30, des Symphonies n°4 et n°5 enregistrées intégralement par Karl Böhm pour EMI–Electrola, et des Symphonies n°4, 5 et 7 par Eugen Jochum pour Telefunken, était bien suffisante, ou surtout, très probablement, était-il convaincu qu’indépendamment de la technique contraignante des 78 tours de l’époque, la musique de Bruckner, plus que tout autre, devait être la création spontanée de l’instant plutôt que planifiée ou préméditée ; pour Furtwängler, il s’agissait d’un rite solennel qui, par nature, devait être accompli en intime communion avec le public, plutôt que dans l’exiguïté abstraite du studio. Il aura donc fallu attendre le début des années 60 pour que DGG (Symphonie n°9) puis EMI–Electrola (Symphonies n°7 et n°8) publient enfin les bandes radio brucknériennes de Furtwängler, et la réponse du public fut telle qu’elle encouragea les éditeurs à révéler les autres Symphonies (n°4, 5 et 6) par après.

La réalisation Music & Arts est partagée entre deux orchestres : la Philharmonie de Vienne pour les Symphonies n°4 « Romantique » (22 octobre 1951) et n°8 (17 octobre 1944) ; la Philharmonie de Berlin pour les Symphonies n°5 (28 octobre 1942) ; n°6 (trois derniers mouvements, 13-16 novembre 1943) ; n°7 (23 avril 1951) et n°9 (7 octobre 1944). Mais c’est surtout l’époque de ces enregistrements qui est primordiale : la sensibilité à fleur de peau et le subjectivisme de Furtwängler l’amène à des interprétations en temps de guerre nettement plus intenses, tourmentées, et tragiques (Symphonie n°5 cataclysmique) que celles des années 50, moins violentes et plus recueillies. La comparaison de la version actuelle de l’admirable et fiévreuse Symphonie n°8 avec celle « officielle » d’EMI–Electrola est à ce sujet particulièrement édifiante. Le cas de la Symphonie n°9 est plus simple, puisqu’elle ne nous est parvenue que dans cette unique – dans tous les sens du terme – captation du 7 octobre 1944 : une référence magistrale.

C’est donc une véritable aubaine de pouvoir disposer de tous ces documents rassemblés en un seul coffret, et cela d’autant plus que les transferts sont d’une exceptionnelle clarté, grâce au subtil talent de l’excellent Aaron Z. Snyder : il suffit d’écouter la Symphonie n°6 qui à l’origine était entachée d’un grésillement intempestif, totalement éliminé ici sans dommage aucun pour le signal musical, pour avoir conscience d’être en présence d’une réussite artistique et technique définitive.

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°4 « Romantique » ; n°5 ; n°6 (trois derniers mouvements) ; n°7 ; n°8 ; n°9. Orchestre Philharmonique de Vienne, Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Wilhelm Furtwängler. 5 CD Music & Arts CD-1209. Code barre : 017685120923. Enregistré entre octobre 1942 et octobre 1951. AAD. Notices unilingues (anglais) excellentes (John Ardoin). Durée : 65’55, 68’50, 79’50, 79’09, 79’11.

 
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