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Cosi fan tutte, l’amour à quinze ans

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Nantes. Théâtre Graslin. 1-VI-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Cosi fan tutte, opera buffa en 2 actes, sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Pierre Constant. Décors : Roberto Platé. Costumes : Emmanuel Peduzzi. Lumières : Jacques Rouveyrollis. Avec : Yun Jung Choi, Fiordiligi ; Ariana Chris, Dorabella ; Claire Booth, Despina ; Frédéric Antoun, Ferrando ; Paul Kong, Guglielmo ; Marcos Fink, Don Alfonso. Chœur d’Angers Nantes Opéra (chef de chœur : Xavier Ribes), Orchestre National des Pays de la Loire, direction musicale : Mark Shanahan.

Nul n’a oublié la trilogie Mozart – Da Ponte montée par Pierre Constant pour l’Atelier lyrique de Tourcoing, il y a treize ans déjà. Cosi revient aujourd’hui à l’affiche d’Angers–Nantes–Opéra, dans les mêmes décors et costumes, mais en bénéficiant d’une réflexion nouvelle, inspirée au metteur en scène par d’autres rencontres avec le joyau mozartien. Si le dispositif opte pour le siècle des Lumières, Pierre Constant insiste sur l’actualité du thème, les désordres de la passion : « Les protagonistes ne savent pas où ils en sont et ressentent l’agitation merveilleuse que l’on éprouve à quinze ans : on peut aimer le monde entier à cet âge-là ». Cette déclaration traduit l’empathie du réalisateur pour les deux sœurs, qui supportent l’épreuve de manière bien différente : douloureuse et fière pour une Fiordiligi soucieuse de sa respectabilité, insouciante et amusée pour une Dorabella de nature plus hédoniste.

Pierre Constant insiste sur le caractère méditerranéen et solaire de l’ouvrage, scéniquement traduit par les éclairages savants de . Cet environnement climatique attise le désir et se révèle propice à l’exaspération des manifestations sentimentales. « On y traite de choses graves avec humour et fantaisie, on rit de ce qui pourrait faire pleurer », ajoute le maître d’œuvre de cette production. Dés lors, rien ne peut se dérouler sans passion : des êtres jeunes, dominés par leur potentiel amoureux plus qu’ils ne le dominent, se corrompent dans un jeu imposé par un étrange philosophe. Il y a en effet une curieuse ambiguïté chez ce Don Alfonso, dont la cordialité dissimule mal une violence pas toujours contenue. Pour le metteur en scène, c’est clair : cet homme a dû beaucoup souffrir.

L’habile dispositif de Robert Platé évoque un hammam lorsque le rideau se lève dès le début de l’ouverture, avant de se transformer en chambre des deux sœurs. Les accessoires sont limités, l’essentiel du spectacle reposant sur une direction d’acteurs très fouillée et très efficace, caractérisant chaque personnage avec un soin minutieux et fourmillant d’heureuses inspirations, comme dans une scène d’orage joyeusement animée ou dans l’utilisation des drapés dans l’expression de la douleur des amoureuses : Fiordiligi prostrée en pénitente et Dorabella transformant la tenture en instrument de pendaison. Les costumes d’Emmanuel Peduzzi sont pour leur part d’un goût parfait.

« J’essaie de trouver en chaque interprète ce qu’il y a de lumineux », affirme Pierre Constant. Nous pouvons affirmer qu’il a pleinement atteint son objectif, en particulier avec les deux sœurs. Chanteuses prometteuses et comédiennes touchantes, et rivalisent en effet de charme dans le port comme dans le timbre. La chanteuse coréenne, récemment encore pensionnaire de l’Atelier lyrique de l’ONP, possède un soprano corsé aux piani envoûtants et une musicalité des plus raffinées, qui lui autorisent un bouleversant Per pieta, après avoir fait preuve dans Come scoglio d’autant de flamme que de contrôle vocal. Tout est là : coloration, aisance de la vocalise, homogénéité des registres. La mezzo canadienne dispose d’un instrument puissant et coloré et n’est pas en reste en termes de maîtrise technique. Leurs duos sont d’une grâce infinie, leurs voix s’harmonisant parfaitement. La belle affiche un matériau plus commun mais confère beaucoup d’abattage à la servante, et fait mouche dans ses travestissements.

Récent Tamino à Tours, chante Ferrando avec un grand raffinement et séduit le public dans une très délicate Aura amorosa. A ses côtés, Paul Kong s’appuie sur un instrument sonore et sain en Guglielmo, et tous deux jouent à merveille les jeunes coqs voulus par le metteur en scène. Le maillon faible de cette distribution est en définitive , comédien convaincant mais vocalement fatigué et trop souvent proche du parlando, disparaissant de surcroît dans les ensembles. offre de la partition une lecture d’esprit classique, équilibrée et attentive aux chanteurs, optant pour des tempi généralement assez vifs. Sous sa baguette, les pupitres de l’Orchestre National des Pays de Loire s’illustrent une nouvelle fois par leur discipline et leur plénitude sonore. Longs rappels et bravi enthousiastes pour cette production qu’il ne fallait pas manquer.

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Nantes. Théâtre Graslin. 1-VI-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Cosi fan tutte, opera buffa en 2 actes, sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Pierre Constant. Décors : Roberto Platé. Costumes : Emmanuel Peduzzi. Lumières : Jacques Rouveyrollis. Avec : Yun Jung Choi, Fiordiligi ; Ariana Chris, Dorabella ; Claire Booth, Despina ; Frédéric Antoun, Ferrando ; Paul Kong, Guglielmo ; Marcos Fink, Don Alfonso. Chœur d’Angers Nantes Opéra (chef de chœur : Xavier Ribes), Orchestre National des Pays de la Loire, direction musicale : Mark Shanahan.

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