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Zaïde? avis aux amateurs de catastrophes

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Aix-en-Provence, théâtre de l’Archevêché. 05-07-08. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Zaïde K.344, singspiel en deux actes sur un livret de Johannes Andreas Schachtner. Mise en scène : Peter Sellars ; scénographie : Georges Tsypin ; costumes : Gabriel Berry ; lumières : James F. Ingalls. Avec : Ekaterina Lekhina, Zaide ; Sean Panikkar, Gomatz ; Alfred Walker, Allazim ; Russell Thomas, Sultan Soliman ; Morris Robinson, Osmin ; Chœur Ibn Zaydoun (chef de chœur : Moneim Adwan) ; Camerata Salzburg, direction : Louis Langrée.

Par son inachèvement même, Zaïde (K. 344) pose problème, d’autant plus que la genèse de son livret, inspiré à par le Zaïre de Voltaire nous est mal connue. Pourquoi ce renoncement ? L’argument déplut-il finalement à l’empereur Joseph II ? Le compositeur lui-même jugea-t-il l’ouvrage mal adapté à la frivolité viennoise ? Toujours est-il que la création posthume de Zaïde devait relever, en son temps (1866), de l’adaptation plus que de la création. Autres singularités de cette partition : son imprécision générique (ni buffa ni seria), ses passages parlés, son faux exotisme… pour ne rien dire des invraisemblances de la trame narrative. L’histoire mérite à peine, d’ailleurs, d’être rappelée : esclave chrétienne du sultan Soliman, Zaïde tombe amoureuse d’un autre esclave, Gomatz, s’enfuit avec lui grâce à la complicité d’Allazim, est reprise avec lui, condamnée à mort avec lui, défendue avec lui par Allazim (dont Soliman, stupéfait, se rappelle opportunément qu’il lui doit la vie !), etc. Pas vraiment gagné, pour parler court ! Mais enfin, jouable ! Du moins le public pouvait-il le croire en gagnant les gradins du bel espace de l’Archevêché.

est un homme généreux, dit-on. Personne ne doutera de sa sincérité. Cela dit, le public a aussi des droits, à commencer par celui de ne pas être pris systématiquement pour un troupeau d’imbéciles à qui il faudrait sempiternellement rabâcher la même leçon de morale. Honnêtement, avant même l’ouverture des guichets, restait-il, ce soir-là, un seul spectateur non acquis à la cause de l’abolition de l’esclavage ? Un seul adepte du servage ? Alors, dans ces conditions, pourquoi cette usine infernale que le cerveau malade d’un Edgar Pœ n’eût pas imaginée ? Pourquoi tous ces garde-chiourmes, buffles, dogues et mâtins fous aux prunelles assassines et à la peau noire se précipitant sur de malheureux captifs évidemment privés de papiers ? Pourquoi ces ébranlements de tout l’espace par des claquements de portes métalliques à faire bondir les sourds ? Ces lumières de projecteurs d’avions lacérant les pupilles des spectateurs non prévenus ? Il y a là un petit côté comtesse de Ségur des plus agaçants : les miséreux n’excitent pas notre compassion parce qu’ils sont gentils, mais parce qu’ils sont miséreux. Pour user du beau «parlage» de la canaille : «Relou, Peter» ! Ajoutez à toutes ces gaîtés une chanteuse (Ekaterina Lekhina) qui, chargée du rôle-titre, le chante trop bas probablement parce qu’on l’a hissée à dix mètres du sol, juste sous les cintres, un partenaire () qui sanglote dos au public lors même que son beau timbre laissait tout espérer, un chœur auquel il ne manquait rien que de chanter alors qu’on était toute ouïe… Peut-être, d’ailleurs, l’essentiel est-il là : dans l’inconcevable faiblesse musicale d’une performance pourtant dirigée par un chef magnifique () dont la vigueur délicate et la communicative énergie auraient dû assurer un triomphe. Pour les mélomanes, Zaïde, c’est avant tout le souvenir de quelques airs splendides, d’une théâtralité tourmentée, d’une fluidité musicale rare, même chez Mozart. Rien n’en surnage ici. Nous laisserons aux cyniques le parti d’en rire, aux amateurs de désastres le loisir de s’en féliciter. Et peut-être à certains naufrageurs le soin de relire Voltaire.

Crédit photographique : Ekaterina Lekhina (Zaïde) & Morris Robinson (Osmin) © Elisabeth Carecchio

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Aix-en-Provence, théâtre de l’Archevêché. 05-07-08. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Zaïde K.344, singspiel en deux actes sur un livret de Johannes Andreas Schachtner. Mise en scène : Peter Sellars ; scénographie : Georges Tsypin ; costumes : Gabriel Berry ; lumières : James F. Ingalls. Avec : Ekaterina Lekhina, Zaide ; Sean Panikkar, Gomatz ; Alfred Walker, Allazim ; Russell Thomas, Sultan Soliman ; Morris Robinson, Osmin ; Chœur Ibn Zaydoun (chef de chœur : Moneim Adwan) ; Camerata Salzburg, direction : Louis Langrée.

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