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Elle, Lui, Dusapin, Monteverdi et les autres

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Aix-en-Provence, théâtre du Jeu de Paume. 08-VII-2008. Pascal Dusapin (né en 1955) : Passion, opéra en dix scènes sur un livret du compositeur et de Rita de Letteriis. Création mondiale. Mise en scène et scénographie : Giuseppe Frigeni ; costumes : Amélie Hillmann-Haas ; lumières : Dominique Bruguière ; dispositif électroacoustique : Thierry Coduys. Avec : Barbara Hannigan, Lei ; Georg Nigl, Lui ; Kiyoko Okada, Claire Gouton, Magali Paliès, Eric Raffard, Patrice Balter, Tomas Hajok (Musicatreize, direction : Roland Hayrabédian), Gli altri. Ueli Wiget, clavecin. Ensemble Modern, direction : Franck Ollu.

Passion

La musique comme expression des passions et états d’âme. Partant de ce postulat, renoue avec cet idéal du premier baroque de Monteverdi avec son nouvel opus lyrique. Lui et Lei (Elle) sont deux figures allégoriques d’Orphée et d’Eurydice, à moins que ce ne soit Tancrède et Clorinde ou Ulysse et Pénélope… Point d’action au sens premier du terme, ce qui en a dérouté plus d’un : Passion est plus une allégorie qu’un drame. Elle et Lui se rencontrent, s’éloignent, se détruisent, se retrouvent, … sous les yeux, avec la complicité ou contre Les autres (Gli altri), tour à tour chœur, témoins et acteurs de cette action sans action. C’est toutefois Elle qui décide de la fin, et non Lui, contrairement au mythe d’Orphée.

Pour son sixième opéra, très proche dans sa dramaturgie de Doktor Faustus, opte pour une musique très dense et concentrée. L’orchestration, encore plus qu’avant, est d’un raffinement extrême. A une classique formation de chambre Dusapin ajoute un clavecin, référence baroque incontournable, et un oud, rappel du versant très méditerranéen de cette passion qui peut être brûlante jusqu’à l’oubli de soi-même. Par-dessus viennent se greffer quelques effets électroacoustiques, à la fois discrets et indispensables, jamais collés sur la partition mais très intelligemment intégrés, comme une continuité du chant et de l’orchestre. Monteverdi a beau être évoqué, il n’est jamais cité.

La mise en scène – on devrait plutôt parler de mise en espace devant l’absence d’action – de Giuseppe Frigeni reste dans le symbole. Peu d’effets, tout est dans le geste, l’intention. Une rigole emplie d’eau coupe la scène en deux dans le sens de la largeur, comme une frontière immatérielle entre deux mondes. La scène est délimitée par de vastes pans de mur recouverts d’une végétation blanche et stylisée. Un coquillage, simple élément scénique (ou bien symbole de la féminité ?) meuble la coté gauche. A droite, un diapason géant muni d’un disque coulissant entre ses branches représente tout à la fois la musique, élément fondamental du mythe d’Orphée, le soleil et un œil observateur d’une puissance supérieure qui au final fait et défait les passions. Point de vue interprètes, on frôle la perfection. et (souvent sollicité en voix de fausset) forment un couple d’amants déchirés on ne peut plus crédible. Pour les six Gli altri, l’idée de faire appel à un groupe constitué (l’excellent ensemble ) plutôt qu’à six solistes permet d’avoir une cohérence de jeu comme de sonorité. Dans la fosse l’ est le vecteur idéal pour rendre justice à l’orchestration si fine de Pascal Dusapin, surtout sous la direction ferme et attentive de .

Coproduit par Luxembourg, Rouen et Brême (en plus d’Aix-en-Provence), cette production risque fort de ne pas passer par Paris avant un certain temps…

Crédit photographique : (Lui) & (Lei) © Elisabeth Carecchio

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Aix-en-Provence, théâtre du Jeu de Paume. 08-VII-2008. Pascal Dusapin (né en 1955) : Passion, opéra en dix scènes sur un livret du compositeur et de Rita de Letteriis. Création mondiale. Mise en scène et scénographie : Giuseppe Frigeni ; costumes : Amélie Hillmann-Haas ; lumières : Dominique Bruguière ; dispositif électroacoustique : Thierry Coduys. Avec : Barbara Hannigan, Lei ; Georg Nigl, Lui ; Kiyoko Okada, Claire Gouton, Magali Paliès, Eric Raffard, Patrice Balter, Tomas Hajok (Musicatreize, direction : Roland Hayrabédian), Gli altri. Ueli Wiget, clavecin. Ensemble Modern, direction : Franck Ollu.

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