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Tradition, quand tu nous tiens

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Aix-en-Provence, théâtre de l’Archevêché. 11-VII-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1971) : Così fan tutte ossia la scuola degli amanti K588, opera buffa en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Abbas Kiarostami ; décors et costumes : Chloé Obolensky ; lumières : Jean Kalman. Avec : Sofia Soloviy, Fiordiligi ; Janja Vuletic, Dorabella ; Judith van Wanroij, Despina ; Finnur Bjarnason, Ferrando ; Edwin Crossley-Mercer, Guglielmo ; William Shimell, Don Alfonso. Chœur du Festival d’Aix-en-Provence (chef de chœur : Nicolas Krüger), Camerata Salzburg, direction et continuo : Christophe Rousset.

Così fan tutte

Peut-être attendait-on trop de la première mise en scène lyrique d’, cinéaste iranien auteur du Goût de la cerise (Palme d’or à Cannes en 1997) ? À chaque fois qu’une personnalité de la caméra s’attaque à une œuvre lyrique, celle-ci est-elle à ce point saisie par la musique qu’elle livre un travail extrêmement soigné et scrupuleusement respectueux ?  (Véronique) et (The fly) cette saison, Josée Dayan et Jeanne Moreau les années passées ont donné des lectures très sages et presque artisanales. Seule réelle originalité : des images projetées en fond de scène, tournées en bord de mer, au sud d’Aix-en-Provence, entre Cassis et La Ciotat, comme autant de panoramas vus depuis la maison Fiordiligi et Dorabella. Les décors de Chloé Obolensky confirment cette Méditerranée occidentale où pourrait se passer l’action. Ce Così fan tutte aixois millésime 2008 ne fait pas exception : de la belle ouvrage, des acteurs bien dirigés et un spectacle inscrit dans une tradition toute mozartienne de légèreté et de bon goût.

La tradition, en revanche, n’en a visiblement que faire. Dès l’ouverture, la battue est prise à toute berzingue, trompettes et timbales donnent des coups de boutoir, les vents précipitent les traits, sans soucis de la mélodie… Où donc est ce « beau son » dont la est capable ? En attendant de résoudre ce mystère, nous ne pouvons que constater qu’à chaque indication « allegro » de la partition, le traduit par « presto », précipitant les vocalises de ses chanteurs qui n’ont pas d’autres choix parfois que de « savonner ». Dans les passages lents, moins empressés, laisse enfin chanter ses troupes, et délivre ainsi des moments magiques, dont un magnifique trio « Soave sia il vento ».

Il est pourtant aidé par une distribution jeune et bien en voix. n’a pas toutes les notes graves de Fiordiligi, mais quelle chanteuse les a réellement eues ? Sa voix de soprano à mi-chemin entre le lyrique et le dramatique, large sans vibrato excessif, se fond presque avec celle de sa sœur de scène, , mezzo d’agilità aux parfait aigus filés. rejoint la horde des Despina minaudantes. Très à l’aise, elle compense tout à fait une voix un peu aigre par une grande assurance scénique. Du coté des hommes, la déception vient du Don Alfonso de , à la voix usée. Une fois encore le couple de délurés de Così se situe vocalement en dessous des quatre amants. En revanche et triomphent en Ferrando et Guglielmo, le premier livrant un « Un’aura amorosa » toute en demi-teinte, le second un « Rivolgete a lui lo sguardo » qui balance entre gouaille et nostalgie.

Une production digne d’un grand festival, qui gagnerait à être dirigée par un vrai mozartien.

Crédit photographique : (Fiordiligi) & (Ferrando) en fond, (Dorabella) & (Guglielmo) au premier plan © Elisabeth Carecchio

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Aix-en-Provence, théâtre de l’Archevêché. 11-VII-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1971) : Così fan tutte ossia la scuola degli amanti K588, opera buffa en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Abbas Kiarostami ; décors et costumes : Chloé Obolensky ; lumières : Jean Kalman. Avec : Sofia Soloviy, Fiordiligi ; Janja Vuletic, Dorabella ; Judith van Wanroij, Despina ; Finnur Bjarnason, Ferrando ; Edwin Crossley-Mercer, Guglielmo ; William Shimell, Don Alfonso. Chœur du Festival d’Aix-en-Provence (chef de chœur : Nicolas Krüger), Camerata Salzburg, direction et continuo : Christophe Rousset.

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