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Des Béjart historiques par le Ballet du Rhin

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Paris. Palais Royal, Cour d’Orléans, dans le cadre du festival Paris Quartier d’Eté. 16-VII-08. Ballet de l’Opéra national du Rhin : Le marteau sans maître (1973), Sonate à trois (1957), Variations pour une porte et un soupir (1965). Concept et chorégraphies : Maurice Béjart. Musiques : Pierre Boulez, Béla Bartók, Pierre Henry. Direction artistique : Bertrand d’At. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national du Rhin.

Depuis sa mort le 22 novembre 2007, a rejoint le panthéon de la danse. La valeur de ce programme Béjart proposé par le Ballet du Rhin et composé de pièces historiques, n’en est que plus grande.

Dans Le marteau sans maître, créé en 1973 à la Scala de Milan sur une partition de et des poèmes de René Char, projette ses préoccupations métaphysiques et son goût pour l’Asie. Une ballerine aux influences balanchinienne, « Eve solaire » attirant les regards et un corps de ballet masculin mis en valeur avec sobriété. Abstraite et technique, la danse s’appuie sur un vocabulaire classique et sur la lenteur de l’adage pour démultiplier les points de vue. Les danseurs de l’Opéra du Rhin, dont deux jeunes asiatiques, y excellent avec beaucoup de retenue, sans exclure une certaine démesure. Fasciné par l’Extrême-Orient, Béjart utilise dans ce spectacle les marionnettistes cagoulés de noir du bunraku d’Osaka ou les sarongs festifs des mariages indonésiens.

Créé à la fin des années cinquante, Sonate à trois, sur une partition de Bartók, s’inspire de Huis clos, la pièce existentialiste de Jean-Paul Sartre. La haute intensité dramatique de ce sombre trio expressionniste, est parfaitement incarnée par les trois interprètes, deux femmes et un homme dont les personnages se retrouvent à leur mort dans une même pièce. Il s’agit de Garcin, journaliste, Inès, employée des Postes et Estelle, une riche mondaine. Ils ne se connaissent pas, viennent de milieux très différents, ne partagent ni les mêmes convictions ni les mêmes goûts. Les trois protagonistes se débattent sans cesse pour échapper à leurs situations, mais l’Enfer finit par reprendre le dessus.

Pour clôturer ce programme, Bertrand d’At, le directeur du Ballet du Rhin a choisi Variations pour une porte et un soupir, créé en 1965 à La Monnaie de Bruxelles. Le ballet offre un concept original, qui conserve encore aujourd’hui toute sa modernité. Sept danseurs improvisent librement sur les variations de , en fonction du tirage au sort réalisé au début de la pièce. Sur un tableau noir, un schéma propose une série de séquences numérotées de 1 à 7. Quelle est la part réelle d’improvisation chez ces jeunes danseurs néo-classiques biberonnés au Forsythe, Balanchine ou Béjart ? L’envie est sans doute forte d’y projeter ses propres questionnements gestuels ou de se réfugier derrière des pas familiers. C’est la limite du système, dont les injonctions – aussi précises soient-elles (gymnastique, étirement, balancement) ne suffisent pas à dessiner des lignes chorégraphiques. Seule pièce, comme le disait Béjart lui-même, pour laquelle « il n’y a pas de chorégraphe, il n’y a que des danseurs ».

Crédit photographique : © Jean-Luc Tanghe

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Paris. Palais Royal, Cour d’Orléans, dans le cadre du festival Paris Quartier d’Eté. 16-VII-08. Ballet de l’Opéra national du Rhin : Le marteau sans maître (1973), Sonate à trois (1957), Variations pour une porte et un soupir (1965). Concept et chorégraphies : Maurice Béjart. Musiques : Pierre Boulez, Béla Bartók, Pierre Henry. Direction artistique : Bertrand d’At. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national du Rhin.

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