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Philippe Bianconi musicien enchanteur

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Lagraulet-du-Gers, Eglise. 18-VII-08. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°8 en ut mineur « Pathétique » op. 13. Robert Schumann (1810-1856) : Kreisleriana op. 16. Maurice Ravel (1875-1937) : Jeux d’eau ; Miroirs : Oiseaux tristes, Alborada del gracioso. Frédéric Chopin (1810-1849)  : Nocturne n°7 en do dièse mineur op. 27 n°1  ; Ballade n°3 en la bémol majeur op. 47  ; Scherzo n°2 op. 3. Philippe Bianconi, piano.

Les Journées Lagraulet 2008

Un pianiste, en récital, porte toute la responsabilité du concert. Il a aussi toute la gratitude du public lorsque tout se passe bien. à Lagraulet a eu un succès immense et mérité. Son récital est d’une construction originale et forte à la fois, affirmant une personnalité artistique d’une rare profondeur.

Le début est classique avec une sonate de Beethoven. La « Pathétique » est bien connue, très aimée, elle est aussi, on l’oublie, très difficile. Très concentré l’aborde avec pondération. Le premier mouvement est dense sans lourdeur, sans pathos excessif. Chaque accord a le poids exact et les petites envolées ont une précision et une délicatesse bien agréables. C’est dans le deuxième mouvement, adagio cantabile, que les qualités de phrasé et de legato du musicien se déploient. Il est rarissime d’entendre un piano chanter ainsi et ceux que disent que Beethoven est un piètre mélodiste baisseront les armes devant une telle interprétation qui rend cet andante lunaire digne du bel canto romantique. La fougue du troisième mouvement montre de quelle maîtrise est capable . Le tempo est parfaitement tenu avec une rare capacité à donner aux silences l’espace dont ils ont besoin. Notons que la très belle acoustique du lieu offre une écoute très précise et permet de beaux effets.

Les Kreisleriana ont été le moment le plus fulgurant du concert. Cette pièce longue et hétérogène est presque un concentré de l’âme schumanienne en ses divisions douloureuses. Philippe Bianconi qui l’a proposé en concert assez tardivement en est aujourd’hui un interprète inspiré, qui offre une interprétation à la fois particulièrement aboutie et extrêmement vivante. Il aborde ces huit pièces comme une sorte de suite de variations tenues par un fil directeur très sure. Un collier de perles baroques des plus monstrueuses au plus sublimes. Les moyens techniques sont phénoménaux, vraiment ! Ils sont mis totalement au service des visions schumaniennes issues de ses lectures d’Hofmann. À la manière d’un peintre ou plutôt d’un sculpteur Bianconi a convoqué les créatures les plus fantasques et les plus fascinantes, les lieus les plus étranges et les plus terrifiants, les courses à l’abyme enfiévrées, mais aussi parfois la beauté pure et la paix. Ce qui était déjà présent dans sa superbe interprétation du concerto de Schumann se confirme. Philippe Bianconi comprend et défend Schumann comme peu le peuvent.

En deuxième partie de programme l’audace de remonter le temps apporte de belles surprises. Depuis son intégrale des œuvres pour piano de Ravel au disque, le fait est acquis, Philippe Bianconi est un ravélien raffiné. Les trois pièces choisies ce soir sont audacieuses et brillantes à la fois. Ce Ravel là, coule de source, surprenant et familier à la fois, comme évident. Mais entendre ensuite Chopin pour finir un tel concert réserve bien des surprises. Certes, les trois œuvres choisies ne sont pas les plus connues mais c’est comme une récompense en fin de programme que ce retour vers ce compositeur identifié à son instrument. Mais en suivant l’écoute des pièces de Ravel, les œuvres de Chopin le font apparaître encor plus audacieux, exigeant et moderne. Oui, certains chromatismes, certains rythmes de la main gauche sont plus étonnants qu’il n’y paraît. Avec Bianconi, Chopin redevient un immense pianiste virtuose et puissant à la virilité affirmée avec des nuances extrêmes mais toujours avec une ligne de chant impeccable. Bien éloigné de l’image souffreteuse et maniérée que certains lui collent encore parfois.

Le public concentré et charmé a fait un triomphe à l’interprète validant ces propositions interprétatives si affirmées. Généreusement, rayonnant, le musicien a offert en bis des pièces de deux autres grands compositeurs pour l’instrument roi. Le premier bis restera comme une image ciselée avec art : les Poissons d’or du deuxième livre des Images de Claude Debussy ont brillé de mille feux. Et pour finir la Consolation en ré bémol majeur (troisième du nom) de Franz Liszt sera chantée avec un lyrisme doux et une extrême fluidité dans un moment de rare inspiration. Pas étonnant que le Japon et les Amériques raffolent de ce grand musicien. En France, il sera possible de le retrouver bientôt au festival de Prades au côté de Felicity Lott. Après des moments si intenses, le repas traditionnel sous les platanes et les guirlandes lumineuses a permis à tous de passer d’autres bien bons moments et l’artiste a été sollicité avec cordialité par son public dans l’air si bon de Lagraulet.

Crédit photographie : DR

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Lagraulet-du-Gers, Eglise. 18-VII-08. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°8 en ut mineur « Pathétique » op. 13. Robert Schumann (1810-1856) : Kreisleriana op. 16. Maurice Ravel (1875-1937) : Jeux d’eau ; Miroirs : Oiseaux tristes, Alborada del gracioso. Frédéric Chopin (1810-1849)  : Nocturne n°7 en do dièse mineur op. 27 n°1  ; Ballade n°3 en la bémol majeur op. 47  ; Scherzo n°2 op. 3. Philippe Bianconi, piano.

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