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Chants de terre et de ciel à Saint Michel de Cuxa

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Abbaye de Saint Michel de Cuxa 2-VIII-2008. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Offrande musicale BWV 1079 pour flûte, violon, violoncelle et piano. Olivier Messiaen (1908-1992) : Quatuor pour la fin du temps pour violon, violoncelle, clarinette et piano. Olivier Charlier et Mihaela Martin, violons ; Philippe Muller et Arto Noras, violoncelles ; Michel Lethiec, clarinette ; Vincent Lucas, flûte ; Itamar Golan, piano.

Festival Pablo Casals 2008

Placé sous le signe de la spiritualité – avec Jean-Sébastien Bach et à l’affiche – le concert du 2 Août à l’Abbaye Saint Michel de Cuxa s’inscrivait dans les journées commémoratives du millénaire de l’élection abbatiale de l’Abbé Oliba qui fonda l’Abbaye en 1008 ; une conférence donnée, en amont par le père Aymay de Catafau, retraçait l’existence de cette personnalité illustre qui fut, dit-on, l’un des pères de l’art roman.

On nous annonçait au programme l’Offrande musicale BWV 1079 de Jean-Sébastien Bach, une des dernières œuvres du Cantor de Leipzig écrite en 1747 à partir d’un thème que lui avait soumis le roi Frédéric de Prusse, flûtiste, afin qu’il improvise. Bach nota, en les retravaillant sans doute, les dix canons et les deux»ricercare» qu’il avait tirés du thème, abstract de son métier et d’un art parvenu à son zénith, qu’il compléta d’une admirable «Sonate en trio» pour flûte, violon et basse continue.

Sans autre commentaire de la part des interprètes et de manière un peu irrespectueuse envers le vieux Bach – mais aussi vis-à-vis d’un public en attente ! – on ne nous donna à entendre que la «Sonate en trio», une page qui, à elle seule, certes, illustre magistralement l’écriture contrapuntique jubilatoire dont Bach nourrit ses derniers opus.

La présence du grand piano de concert aux côtés des deux dessus et du violoncelle était déjà un handicap sérieux. Même si Inoue Natsuko – élégamment doublée par au violoncelle – assume parfaitement son rôle de «continuiste», le Largo du premier mouvement ne parvient pas à prendre son envol, irrémédiablement aspiré par les basses trop lourdes de l’harmonie. Incompatible également, cette ligne flottante de la flûte – – au côté du jeu sec et trop heurté d’ qui ne sert pas les lignes de l’arabesque baroque. Le contrepoint savant autour du thème célèbre qui jaillit des trois autres mouvements tend à rallier toutes les énergies dans un élan commun n’était la disparité des sonorités et la tension croissante d’un discours très dramatisé qui ne rejoint à aucun moment «la beauté des essences» de cette écriture décantée.

Anticipant les propos d’une conférence qu’il donnera le Lundi 4 Août sur le Quatuor pour la fin du temps, venait sur scène, en deuxième partie, rappeler, avec beaucoup d’émotion chez celui qui a bien connu les protagonistes de cette histoire presque légendaire, le contexte tragique de la création en 1941, dans le Stalag VIII A près de Görlitz en Silésie, de ce quatuor qui allait mobiliser toutes les énergies de quatre interprètes pour que la musique défie l’enfermement, la faim et le froid.

La «Liturgie de cristal» qui débute cette œuvre en huit mouvements instaure d’emblée le climat contemplatif annoncé par la citation de l’Apocalypse notée par Messiaen au début de la partition : «Il n’y aura plus de Temps». Sous la conduite de la clarinette – exceptionnel – se tisse, entre chants d’oiseaux et trame d’accords colorés, une texture immatérielle délicatement entretenue par les quatre instrumentistes investis physiquement et spirituellement dans chaque étape de ce rituel. , seul dans «l’Abîme des oiseaux» creuse les perspectives d’un temps infiniment long matérialisé par de redoutables crescendi qui naissent d’un silence inouï. La fusion des timbres opère idéalement dans l’homophonie extraordinaire de la «Danse de la fureur pour les sept trompettes», le sixième mouvement mené sous l’autorité du pianiste qui saura régler sa sonorité en fonction de chaque dispositif instrumental. C’est à lui que l’on doit ce vitrail de couleurs dans le jubilatoire septième mouvement qui embrasait le chœur de l’Abbaye de ses résonances multiples. L’émotion allait, elle aussi, crescendo, de la «louange pour l’Eternité de Jésus» chantée par le violoncelle d’ à la «Louange pour l’immortalité de Jésus», épure mélodique adressée à Dieu que les sensibilités conjuguées d’ et de Mihaela Martin illuminaient de spiritualité.

Crédit photographique : photos © Romain Baldet

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Abbaye de Saint Michel de Cuxa 2-VIII-2008. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Offrande musicale BWV 1079 pour flûte, violon, violoncelle et piano. Olivier Messiaen (1908-1992) : Quatuor pour la fin du temps pour violon, violoncelle, clarinette et piano. Olivier Charlier et Mihaela Martin, violons ; Philippe Muller et Arto Noras, violoncelles ; Michel Lethiec, clarinette ; Vincent Lucas, flûte ; Itamar Golan, piano.

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