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La politique en chantant

Festivals, La Scène, Opéra

Saint-Céré. Théâtre de l’Usine. 5-VIII-2008. Jacques Offenbach (1819-1880) : Le Roi Carotte, opérette en 3 actes sur un livret de Victorien Sardou. Mise en scène et adaptation du livret : Olivier Desbordes. Décors et lumières : Patrice Gouron. Costumes : Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne. Avec : Frédéric Saraille, le Roi Carotte ; Eric Vignau, le Prince Fridolin ; Anne Barbier, la Princesse Cunégonde ; Agnès Bove, Robin Luron ; Cécile Limal, Rosée du Soir  ; Jean-Claude Sarragosse, Pipertrunk ; Christophe Lacassagne, Quiribi ; Nathalie Schaff, la sorcière Coloquinte ; Jean-Pierre Chevalier, Truck. Ensemble de sept musiciens, direction musicale : Corine Durous.

Festival de Saint-Céré 2008

Rien ne va plus à Krokodine, où le prince Fridolin doit se marier pour capter une dot bien nécessaire aux caisses de l’Etat… Autour de lui s’activent une nuée de courtisans, du mystérieux Pipertrunck, grimé par Pascale Fau comme les Lindorf, Coppelius, Dr Miracle et Capitaine Dapertutto des Contes, au trésorier véreux. Ajoutez à cela un usurpateur qui n’est autre qu’une… carotte, un bon lutin et une méchante sorcière de conte qui garde prisonnière une gentille princesse et vous obtiendrez une opérette féérique mais aussi un pamphlet politique sur le pouvoir en place…

Est-ce l’atmosphère détendue d’un festival à taille humaine ? Est-ce l’ambiance estivale ? La beauté de la région ? Un plus grand intimisme du Théâtre de l’Usine par rapport au Sylvia Monfort ? Toujours est-il que le spectacle nous a plus séduit en ces lieux que par le passé… Côté orchestre, les choses sont plus au point. Les approximations entendues à Paris ou Dijon font place à Saint-Céré à beaucoup plus d’assurance. La justesse est de mise, la cohésion évidente. L’urgence théâtrale semble également plus nette en ces lieux et l’on évite les temps morts. Côté chanteurs, la succession des représentations a permis un bon rodage. Oublions la médiocrité de certaines voix féminines pour nous délecter de la drôlerie de l’ouvrage. Et encore il faut souligner qu’Agnès Bove s’est nettement améliorée et que Cécile Limal est toujours aussi délicieuse. Les messieurs quant à eux se partagent entre acteurs chantants (Roi Carotte, Prince Fridolin) – mais avec quelle efficacité comique ! – et véritable chanteurs lyriques très en voix (Pipertrunck, Quiribi). La mise en scène est d’un comique décalé, joue beaucoup sur les mimiques (et pour cela dispose d’interprètes idéaux !) et d’innombrables références à l’actualité politique. Mais il est vrai que l’ouvrage était un brûlot contre Napoléon III et réclame donc ce type de comique. Pour le reste, il est impossible de citer toutes les trouvailles comiques d’, bornons-nous à signaler qu’elles fonctionnent sur le public ! Le décor est fait de deux niveaux et les musiciens sont nichés sous le plateau le plus haut. Le dispositif permet de nombreuses combinaisons grâce à quelques modifications à vue. L’acte de Pompéi – car nos héros voyagent dans le temps à la recherche de l’anneau de Salomon – est ainsi particulièrement réussi ainsi que la scène des barricades à la fin. Les héros soulignent que rien n’a changé entre l’Antiquité et leur époque, la mise en scène souligne qu’en politique, rien n’aurait non plus changé entre le royaume d’opérette de Fridolin XXIV et notre époque, et si l’on en croit Robin Luron : «Il n’est pas possible de gouverner plus mal»…

Crédit photographique : photo © Nelly Blaya

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