Louis Glass (1834-1936) – « Le » post-romantique danois par excellence

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Dossier inédit que « La série des Danois » qui met en lumière des musiciens souvent méconnus du public français. Rédiger par notre spécialiste de la musique nord-européenne, cette série d’articles va de découverte en découverte. Pour accéder au dossier : La série des Danois

«… la musique est le plus intellectuel de tous les modes d’expression artistique et c’est pourquoi elle peut faire l’effet d’une révélation sur un esprit quelque peu ouvert. C’est là que résident son grand mystère et sa véritable profondeur».

n’est pas venu à la musique dite sérieuse par hasard. Son proche entourage familial rend aisément compte de son engagement artistique précoce. Son père Christian Henrik Glass (1821-1893) est professeur de piano, organiste (jusqu’en 1877) et compositeur, ancien choriste au Théâtre royal de Copenhague *1. La famille appartient à la classe moyenne très cultivée de Copenhague. Découvrant les potentialités de leur fils unique, les parents Glass le retire de l’école et lui font donner des cours privés afin qu’il puisse se consacrer et se concentrer davantage sur la musique. «Je fus destiné dès ma naissance à être musicien, et ce furent mes mains que mon père examina en premier lieu. Je dois cependant admettre que ses projets furent bientôt en harmonie totale avec les miens…». Il grandit comme dans un rêve, assez éloigné des réalités concrètes de l’existence (point qui le différencie déjà de l’enfance et de l’adolescence de Carl Nielsen) qu’il trouve assommantes et ennuyeuses et qu’il préfère ignorer ostensiblement.

De ses années d’enfance Louis Glass se souviendra : «Bien que l’on puisse supposer mon enfance et ma jeunesse comme ayant été heureuses, ce ne fut pas vraiment le cas. Mon état d’esprit était en permanence insatisfait. Et j’étais tourmenté par une auto-critique permanente… Pour cette raison, je n’ai jamais été aussi vieux que lorsque j’étais jeune». La mère surveille de près son travail ne lui laissant que peu de répit, ce qui ne l’empêche pas de rêver éveillé ni souvent de composer la nuit. Il commence ses essais d’écriture musicale dès l’âge de six ans. Il s’agit d’un air stimulé par un texte de Hans Christian Andersen intitulé «Danse, danse, ma poupée». «Enfant, j’étais paresseux mais ma mère veillait au grain… Elle était énergique, active et consciencieuse. Toujours lumineuse et souriante, elle s’asseyait au milieu de ses fleurs, qu’elle aimait particulièrement, et cousait ; dans le même temps, je devais m’entraîner comme un bon garçon. Quant à l’école, c’était le point noir… Je fus heureux que mes parents me retirent de l’école, particulièrement en regard de mes études musicales.» Il confie à propos de cette période : «Je vivais dans un monde de rêve… J’étais si préoccupé par mon monde intérieur que la plupart du temps j’entrais en conflit avec le monde réel qui m’entourait». Son père lui offre ses premières leçons de piano et contribue à le guider vers l’enseignement (la composition) du plus célèbre musicien danois de l’époque, Niels Gade (1817-1890), qui avait connu son heure de gloire en devenant un proche de Félix Mendelssohn et en dirigeant en Allemagne, notamment à Leipzig, ville qui exerçait une très forte attirance sur tous les futurs musiciens de toute l’Europe. Glass toute sa vie reconnaîtra le tribut musical le liant au célèbre Gade. La durée de l’enseignement de ce dernier cependant ne fut pas très longue. Et de préciser : «Parmi tous mes maîtres ma plus grande dette –mis à part ce qui revient à mon père – concerne peut être Niels W. Gade. Vraiment, Gade fut sans doute l’un des mes rares professeurs que je tenais si fort dans mon estime à la fois comme être humain et comme artiste…». Il y pensait en ressentant une joie authentique, une affection sans bornes et le sentiment de s’être vraiment enrichi à son contact.

Mais remontons un peu dans le temps. Le jeune Louis (Christian August) Glass voit le jour à Copenhague (dans le quartier de Fredriksberg exactement) le 23 mai 1864, une année avant la naissance de Carl Nielsen au Danemark et de Jean Sibelius en Finlande…. Outre les marques premières dues à son géniteur et à Gade, il reçoit encore des leçons de violoncelle de la part d’un violoncelliste hongrois renommé installé au Danemark, Franz Neruda *2. Ses premières leçons de violoncelle lui sont données auparavant par le pédagogue Friedrich Albert Rüdinger.

Dès l’âge de quinze ans il enseigne le piano ! Déjà, le rôle de la pédagogie musicale semble incontournable à celui qui précise encore : «La musique ne représente pas les formes extérieures de choses, en fait elle exprime la vie intérieure. De plus, la musique est le plus spirituel des arts et pour cette raison elle peut provoquer une révélation pour l’esprit qui la perçoit. C’est en réalité son grand et profond secret. Mais une telle mission exige un médiateur. Le professeur doit jouer d’une manière ou d’une autre son rôle incontournable. Ce que le docteur est au corps, le professeur l’est à l’âme». Doué et entreprenant, très à l’aise en tant qu’interprète, Louis Glass débute vraiment sa carrière à l’âge de 18 ans (1882) en donnant à une semaine d’intervalle deux concerts du samedi dans la salle de concert de Tivoli *3. Il se produit d’abord comme soliste du Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54 de Robert Schumann, une œuvre créée en 1845 par Clara Schumann, mais encore, et cela est assez exceptionnel, comme violoncelliste soliste cette fois dans une œuvre concertante d’un compositeur allemand (également violoncelliste) nommé Georg Goltermann *4. La tradition et les témoignages précisent que son jeu était redevable de son caractère introverti et mélancolique. Ce dernier trait colora quelque peu ses propres compositions qui marquèrent une certaine opposition au modernisme relatif de son contemporain Carl Nielsen. De tels débuts paraissent plus que prometteurs donc, mais, malheureusement, assez rapidement ils sont interrompus par des troubles neurologiques touchant l’un de ses bras. Pathologie suffisamment invalidante pour amoindrir ses capacités techniques et rendre impossible une carrière de soliste virtuose de très haut niveau mais pas au point de gêner vraiment son enseignement. Comme quoi, son tempérament réputé solitaire, détaché, rêveur et presque autosuffisant ne lui barre pas la route d’une carrière de virtuose d’abord puis de pédagogue réputé et apprécié ensuite.

Glass poursuit sa formation musicale au Conservatoire du Bruxelles, institution qui jouissait en ces temps d’un grand prestige (il s’y rend deux ans après ses débuts évoqués à l’instant comme violoncelliste et pianiste à Tivoli). En Belgique, il fait ses débuts au cours de l’année 1884-1885. Pendant un temps il y étudie le piano sous l’autorité du célèbre Josef Wieniawski *5 (1837-1912) mais s’y perfectionne aussi auprès de Juliusz Zarebski (pianiste, élève de Liszt qui n’hésitait pas à malmener les règles figées de l’harmonie)*6 et Josef Servais (violoncelle) *7. De son côté Ferdinand Kufferath lui enseigne le contrepoint7bis. C’est durant ce séjour belge qu’il découvre la musique de César Franck (et plus largement la musique française) qui allait tant l’influencer en tant que compositeur pour le reste de son existence.

Plus tard, il se démènera pour faire jouer des œuvres de Franck au Danemark, le faisant ainsi découvrir non seulement au public danois mais encore à de nombreux compositeurs et musiciens du pays. Il sera le premier à y faire jouer des œuvres pour piano et des partitions de musique de chambre de César Franck.

Son horizon artistique s’élargit sensiblement. Le milieu musical relativement étroit de Copenhague appartient au passé à ses propres yeux. Toutefois, suite à une querelle ou à diverses insatisfactions, qu’importe d’ailleurs, il n’achève pas son cursus au conservatoire tout en restant élève privé de Wieniawski.

De retour à Copenhague, il retrouve son poste de violoncelliste à l’Orchestre symphonique de Tivoli. Il enseigne le piano aussi. Cependant, dès 1889, il quitte sa place de musicien du rang pour parfaire sa formation hors du pays comme cela se faisait régulièrement. Il part donc pour l’étranger grâce à un financement offert par une bourse très convoitée (Det Anckerske Legat/Fondation Ancker). Un autre postulant à cette bourse de voyage se voit refusé, également en décembre 1888 : il s’agit de Carl Nielsen d’une année plus jeune que Louis Glass âgé de 24 ans. Ce dernier visite d’abord Bayreuth (où il assiste aux représentations de Tristan et Isolde et de Parsifal de Wagner avec l’impact fascinant que l’on imagine aisément) puis il gagne successivement Berlin où il rencontre Carl Reinecke *8, Munich, Leipzig, Vienne, Riga et Pärnu (Estonie) et enfin Saint-Pétersbourg. Là, entre autres œuvres de son catalogue il joue sa nouvelle et récente Sonate pour piano en mi majeur pour le fameux Anton Rubinstein, pianiste virtuose, compositeur et directeur du conservatoire *9. La sonate du Danois l’enthousiasme particulièrement. Son grand périple s’achève par la visite de Naples sous le chaud soleil italien. A son retour de Russie il devient un des chefs de la société musicale de chambre Symphonia, association fondée au début de l’année 1889 avec d’autres musiciens comme Carl Nielsen, dont le but est de faire jouer les œuvres de jeunes compositeurs danois. Le concert inaugural de la société se déroule le 28 avril 1889. On y joue sa Sonate en fa majeur, op. 5. Les interprètes sont le sympathique Fini Henriques au violoncelle *10 et le sérieux Louis Glass lui-même au piano. Il participe également à la mise en place d’une autre organisation : Musikselskabet af 14. Marts 1896 (Société musicale du 14 mars 1896) dont le but consiste à proposer de la musique moderne encore largement inconnue. Les organisateurs ambitionnent d’y présenter des symphonies de Bruckner et de Mahler (dans des versions pour piano à quatre mains) mais aussi des musiques de César Franck et de Richard Strauss.

Polyvalent et ubiquitaire, Glass dirige aussi, et de belle manière semble-t-il, à l’occasion (1892-1894) à la société musicale d’amateurs Euphrosyne et enfin à la Société danoise de concert. Sa carrière de chef d’orchestre lui assure une franche renommée nationale. Entre autres œuvres, il dirige La Tour de Babel, l’œuvre chorale de Ludolf Nielsen (sans lien de parenté avec Carl Nielsen), œuvre qui ne faisait alors pas l’unanimité *11.

Comme on le constate par ce qui vient d’être dit, Louis Glass s’engage très activement dans la vie musicale danoise au cours des années 1890. Très rapidement, il est considéré comme l’un des principaux pianistes danois en exercice à Copenhague. Ses collègues et le public manifestent régulièrement leur approbation. La critique dans son ensemble leur emboîte le pas. Plus tard, nous sommes vers le milieu des années 1890, la paralysie invalidante de l’un de ses bras (le droit ayant été par trop sollicité au plan musculaire) l’obligea à abandonner longtemps le piano en tant que concertiste. Cet état désolant dura plusieurs années puis Glass parvint à améliorer les choses avec le temps, à force d’analyse du phénomène et d’auto-rééducation bien conduite.

Dès lors, contraint par ces circonstances, il se consacre avec une énergie renouvelée à la composition et à l’enseignement. A l’âge de 26 ans (1892) il prend le relais de son père, décédé, au conservatoire de piano (Conservatoire Glass réputé, fondé par son père en 1877 à Frederiksberg) et s’en occupe jusqu’en 1932 (68 ans) quelques années seulement avant sa disparition. Il aime toujours enseigner et se taille une belle réputation dans ce registre.

Comme pianiste, on loue son jeu très énergique, voire volcanique, utilisant largement la pédale et le style rubato. Il défend avec brio les œuvres de Beethoven, Schumann, Brahms et Franck notamment. Avant cela il aura été un membre du directoire d’Euphonia, une société de musique de chambre favorisant des œuvres modernes.

Etonnamment doué Glass réalise aussi une carrière de violoncelliste de très haut niveau. A son crédit, rappelons qu’il est le premier danois à jouer la musique de chambre de César Franck. La théosophie, cette doctrine fondée sur la croyance en une sagesse divine présente en toute chose du monde et dans l’homme lui-même, influence profondément sa dernière manière (à partir de 1912-1913 environ). Le titre de sa Symphonie n° 5 en do majeur en témoigne par exemple (cf infra). Un certain nombre de compositeurs de l’époque affichent alors leur adhésion revendiquée à ce mouvement. Par exemple le Danois Rued Langgaard *12 mais ailleurs encore Cyril Scott *13 et Alexander Scriabine *14. Il est possible que cette orientation combinée à son caractère renfermé contribue à le positionner dans un certain repli par rapport à la vie musicale des années 1920 et 1930 dans son pays natal. Certains observateurs ont avancé qu’il se cachait derrière ce choix et ainsi masquait (ou trompait) quant à sa personnalité authentique mal comprise (soi-disant égoïste ou réactionnaire). On lui a accordé une intime proximité spirituelle avec le symbolisme littéraire des années 1890 bien davantage qu’une attirance pour les courants modernistes de l’entre-deux guerres.

Glass se montre aussi, on vient de s’en convaincre, actif dans le cadre de l’administration de la vie musicale danoise. Homme actif, doué et respecté Glass possédait un caractère droit, honnête et authentique. Il est aussi taciturne et porté à broyer du noir (et ce depuis son enfance relativement solitaire). Peu diplomate, peu conciliant, il se sent souvent sur la défensive en réaction aux nouveaux courants musicaux représentés notamment par la figure de Carl Nielsen et par les échos musicaux novateurs provenant des autres pays d’Europe.

Notre musicien co-fonde (avec une certaine Hortense Panum *15) en 1896-1898 le Dansk Musikpaedagogisk Forening, organisme que l’on peut qualifier en français d’Union des professeurs de musique danoise. Il en devient le président en 1903.

Vers 1900, il est de ceux qui participent à la fondation de la Société Danoise des Compositeurs. Cette initiative conduit ultérieurement (une année environ, soit 1901) à la mise sur pied de l’organisme suivant dont l’importance sera notable pour la musique nouvelle danoise au cours des trente premières années du 20ème siècle : La Société Danoise de Concert (Dansk Koncertforening). Glass en devient le directeur entre 1915 et 1918 et en dirige l’orchestre pendant ce laps de temps. La Société cultive la tradition classico-romantique scandinave issue de Niels Gade et de J. P. E. Hartmann tout en favorisant des musiques plus récentes ou plus modernes si l’on veut. Dans ce cadre, la musique de Gade véhiculait des caractères que l’on peut considérer comme nationaux même si elle subit certainement l’influence de courants étrangers.

Louis Glass fait beaucoup de musique de chambre en compagnie de Georg Høeberg (futur maître de chapelle au Théâtre royal) durant quelques années *16. Citons une soirée musicale organisée en 1904 à Copenhague selon les idées de l’écrivain musical allemand Paul Marsop *17. Peu auparavant, ce dernier avait développé l’idée (déjà émise par Wagner) d’un concert symphonique joué par un orchestre caché, la salle plongée dans le noir, en interdisant les applaudissements entre les mouvements d’une œuvre. Disposition tout à fait nouvelle pour l’époque. Car avant, les bruits incongrus, les discussions, les diverses manifestations de gens en société réalisaient «un vacarme» cependant accepté. Lors de cette soirée de 1904, les deux musiciens jouèrent cachés derrière un paravent sur lequel se trouvait un dessin allégorique inspiré par l’Antiquité du peintre danois Gudmund Hentze *18, le public dans la pénombre. Ce type d’expérience ne fit pas recette dans la capitale danoise. On suppose que les deux instrumentistes ont dû jouer la Deuxième Sonate pour violon et piano en ut majeur de Glass.

Tout au long de sa carrière, il fréquente, peu ou prou, son collègue, compatriote et contemporain Carl Nielsen. Cette proximité avec l’originalité de ce dernier ne le décourage pas totalement à tenter de trouver sa propre voie créatrice. Son esthétique se situe dans le sillage qualifié de post-romantique mais avec des traits propres et une qualité d’écriture de belle tenue. Pour ces raisons, comme artiste et comme homme, il ne peut que s’opposer à Carl Nielsen tant il est introverti, pondéré et de caractère foncièrement romantique. A partir des années 1890, ses deux premières symphonies gagnent le respect et ses autres partitions reçoivent régulièrement l’approbation d’une large part de la critique et du public et ceci en dépit (ou plutôt parallèlement) des succès croissants de Carl Nielsen dans un autre registre esthétique. Dans le même temps, Rued Langgaard tente désespérément de s’imposer avec une certaine hargne et maladresse. Les autres œuvrent, chacun avec son tempérament, afin se faire connaître et reconnaître. Dans ce contexte, Glass se voit plutôt enclin à ne pas lutter frontalement dans le but de s’imposer dans un monde relativement dur et égoïste. De plus, il ne considère pas avec facilité ni réelle bienveillance les changements musicaux récents. Plus, les nouvelles orientations en viennent à rejeter plus ou moins implicitement la musique sa propre musique. Pour des hommes de la même génération de nombreux choix artistiques rassemblent ou éloignent inexorablement. Mais il convient sans doute de relativiser certaines choses et de préciser que du vivant des deux rivaux, Glass bénéficie d’une belle réputation nationale et soutient correctement la comparaison avec son compatriote, bien que par le biais de moyens artistiques distincts. Il est souvent joué en concert et sa musique proposée parfois à l’étranger (cf. par exemple Symphonie n° 1). Toutefois vers la fin de sa vie le rejet plus marqué de sa musique ou l’indifférence qu’elle entraînait le rendit sans doute plus aigri, plus amer, plus dépressif encore. Il est certain qu’elle captivait moins et était jugée comme démodée face au «modernisme» de Carl Nielsen.

Les talents de Glass s’exercent aussi dans le domaine de la musique de chambre (Sextuor à cordes, 4 quatuors à cordes dont seul le dernier sera publié) ainsi que dans le champ de la musique symphonique (cycle de six symphonies). Ses compositions pour piano méritent une plus grande attention. Ses quatuors à cordes et ses symphonies appartiennent sans doute au meilleur de sa production. De son vivant, sa musique enregistre régulièrement de beaux succès en concert depuis l’exécution de ses deux premières symphonies dans les années 1890 et ce jusque dans les années 1920. Une grande fraction du public et de la critique demeure alors fidèle au romantisme du début du XIXe siècle en même temps qu’ils se montrent très friands d’œuvres composées dans le sillage majoritaire du post-romantisme. Avec les années la reconnaissance progressivement croissante de la musique de Carl Nielsen ménage malgré tout une place fort honorable aux tenants d’autres esthétiques au Danemark.

Pour cerner l’esthétique orchestrale de Glass appuyons nous sur un exemple précis. La Symphonie n° 3 porte un titre : Skovsymfoni (Symphonie de la Forêt), date de 1901 et est assez bien représentative des principales caractéristiques de notre compositeur, à savoir : un parcours et un développement programmatiques, une atmosphère que certains considèrent porteuse d’idées philosophiques et religieuses, une influence le rapprochant de César Franck et plus encore d’Anton Bruckner. Ces dernières influences ne sont pas toujours très marquées ni dominantes car la part personnelle de Glass, à savoir son lyrisme et sa palette orchestrale, colore de manière propre toutes ses partitions. Les trois symphonies suivantes dénotent une évolution esthétique prouvant une certaine écoute et attention portée à la modernité de son temps mais surtout portent la marque d’un langage symphonique plus authentique et original comme le prouve l’analyse de la Symphonie n° 5 dite Svastica (1919).

Il convient de pointer d’autres influences venues principalement de Niels Gade dont l’impact sur la musique danoise fut considérable et prolongé. Gade était un grand et immuable défenseur d’un romantisme nordique modéré de belle qualité, redevable de la manière de Felix Mendelssohn notamment, mais aussi dans doute de Louis Spohr dont la notoriété (aujourd’hui par trop oubliée) s’étendait largement alors sur toute l’Europe.

Donc, Glass représente une continuation du style nordique à la Gade (et à travers lui se tient en filigrane Robert Schumann) et à la Hartmann sans oublier la marque profonde d’un Edvard Grieg, en même temps que des influences tout à fait nouvelles en Scandinavie, venues d’un Russe, Piotr Tchaïkovski, d’un Allemand, Johannes Brahms et d’un Autrichien, Anton Bruckner (par le biais de ses symphonies)… Il ne faudrait pas oublier aussi de rappeler l’influence de ce que l’on appelle habituellement, non sans raison, le style de Leipzig.

A propos de l’influence scandinave sus-citée il convient de rappeler les marques laissées par d’autres prédécesseurs conséquents en activité dans la première moitié du XIXe siècle. Il s’agit par exemple de musiciens de la trempe de Friedrich Ludwig Aemilius Kunzen *19, de Christoph Ernst Friedrich Weyse *20 et de Friedrich Kuhlau *21 dont Gade et Hartmann assurent principalement l’héritage. La modalité et un certain legs musical populaire leur paraissent important. Ce mouvement dépasse les frontières du petit Danemark à tel point qu’en Allemagne plusieurs partitions de Gade (ouvertures et symphonies) sont données avec succès dans diverses villes (on parle parfois de la «sonorité nordique»). Plus tard ces traits s’estompent et deviennent moins spécifiques, plus européens.

Un autre musicien, belge cette-fois, l’influence également, il en a été fait mention supra, il s’agit de César Franck. Les harmonies nouvelles de Franck, son caractère religieux ainsi que son mysticisme le marquent durablement et infiltrent plus ou moins ses partitions.

Beethoven est de ceux qui laissent leur empreinte profonde également. Un autre compositeur étranger, Johannes Brahms exerce aussi une réelle influence sur sa manière au tournant du siècle. Comme pour de nombreux créateurs nordiques la musique slave laisse aussi des traces (on songe parfois à Alexander Scriabine et Alexander Glazounov). Scriabine de son côté avait aussi subit l’influence de la théosophie.

Remarquons encore que les salles de concert danoises font progressivement la part belle – mais non exclusivement – aux œuvres instrumentales de Wagner, Verdi, Saint-Saëns, Fauré, Franck, Bruckner, Brahms, lesquelles plaisent aux plus jeunes générations de l’époque.

Ces influences d’une part et celle de Nielsen de l’autre prouvent la place délicate occupée par Glass entre deux mondes théoriquement conciliables. Certains observateurs ont décelé ici et là des traits évoquant une certaine influence française ayant à l’esprit Francis Poulenc ou Eric Satie, musiques toutefois fort peu diffusées alors dans les pays scandinaves. On a aussi parlé d’une minime dose d’impressionnisme dit danois dans ses dernières partitions. Enfin, Glass fait montre d’un grand raffinement harmonique au niveau de son orchestration.

Lire le catalogue commenté avec une discographie sélective et une bibliographie succincte de Louis Glass

Il nous semble intéressant de donner quelques informations concernant les musiciens qui exercent à la même époque que Glass au Danemark et dont on peut affirmer que tous représentent à leur manière le courant générique qualifié de post-romantique. Citons brièvement en guise de présentation simplifiée les personnalités suivantes.

– Peter Erasmus Lange-Müller (1859-1926) connu plutôt pour ses romances et beaucoup moins pour sa musique de scène «Il était une fois» d’après Drachmann. Sa réussite dans le domaine orchestral est nettement moins évidente encore, avec des partitions comme les deux symphonies [n° 1 en ré mineur, Automne, 1882 ; n° 2 en ré mineur, 1889] et la Suite A l’Alhambra (1876), malgré ces réserves les unes et les autres contiennent un certain nombre de belles pages. Ses défaillances sont à mettre sur le compte d’une formation théorique insuffisante.

– Fini Henriques (1867-1940) a fait une carrière plus qu’honorable de violoniste et de pianiste tout en commettant un certain nombre de partitions de grande qualité notamment dans le domaine du théâtre : par exemple, la musique de scène pour Vølund Smed (Vølund, le forgeron) de Drachmann (1896) ou encore pour le ballet Den lille Havfrue (La petite sirène) (1909). Il laisse une unique Symphonie en do majeur de 1896 laquelle reste en deçà de son niveau créateur moyen, de forme rhapsodique et probablement formellement peu satisfaisante. Mais en dehors d’une récente exécution elle reste totalement oubliée et mériterait sans doute de se voir accorder une deuxième chance auprès du public contemporain.

– August Enna (1859-1939) jouit d’une excellente réputation s’étendant bien au-delà des frontières du Danemark en tant que compositeur d’opéras réussis et de haut standard donnés au Danemark mais aussi à l’étranger. Très récemment encore un enregistrement de Heiße Liebe (Grand Amour, opéra en deux actes de 1901) a reçu de hautes récompenses de la part de la critique spécialisée. La petite fille aux allumettes, opéra en un acte (1897) n’est pas totalement oublié, loin s’en faut et assure une bonne part de la renommée posthume de ce compositeur d’ascendance italienne. Enna a composé deux symphonies vraiment méconnues dont la seconde serait la plus intéressante [n° 1, en do mineur, 1886, jamais jouée en public ; n° 2, en mi majeur, 1905]. On joue ou enregistre encore à l’occasion son ouverture de festival «Hans Christian Andersen» (1905), manière d’apprécier sa maîtrise orchestrale.

– Ludolf Nielsen (1876-1939), sans lien de parenté avec Carl August Nielsen, bénéficie d’un regain d’intérêt grâce à l’enregistrement récent de plusieurs de ses œuvres majeures révélant un créateur tout à fait notable ne méritant nullement l’indifférence qui l’a frappé depuis des décennies. Cet excellent post-romantique inspiré a écrit trois symphonies [ n° 1, en si mineur, 1902, n° 2 en mi majeur, 1909, n° 3, en do majeur, 1913]. Carl Nielsen a qualifié la seconde, assez souvent interprétée, de «Symphonie du bonheur», toutefois la troisième est de toute beauté et captivante de part en part.

– Asger Hamerik (1843-1923) dont l’orthographe originale est Hammerich, vécut une existence peu commune. Tôt dans son parcours, il rencontre Berlioz, se lie d’amitié avec lui et subit son esthétique, durablement. Ensuite, il vit pendant des périodes plus ou moins longues en Allemagne, en France et en Italie. Puis, il quitte l’Europe pour l’Amérique où il s’établit, à Baltimore, entre 1881 et 1896, comme directeur du Conservatoire Peabody. Il revient à Copenhague en 1900 sans véritablement s’intégrer dans la vie musicale de la capitale danoise. L’enregistrement nous permet de découvrir ses huit symphonies, écrites dans un bref intervalle de temps (en dépit de quelques révisions ultérieures).

– Otto Malling (1848-1915) gagne sa réputation en tant qu’organiste, instrument auquel il confie d’importantes partitions. Il a écrit un traité d’instrumentation (1894). Son catalogue ne compte qu’une seule Symphonie en ré mineur (1884), bien écrite et formellement correcte mais sans originalité saillante, sans doute trop redevable de la manière de Niels Gade pour sortir véritablement du lot.

Victor Bendix (1851-1926). Grand virtuose du piano mais aussi très estimable compositeur, auteur de quatre symphonies de style ouvertement post-romantique scandinave [n° 1 en do majeur, op. 16, 1882 ; n° 2, en ré majeur, op. 20, 1888 ; n° 3, en la mineur, op. 25, 1895 ; n° 4, en ré mineur, op. 30, 1906]. Resmusica. com a mis en ligne récemment deux articles concernant cet homme à l’existence pas très rangée …

– Jens Laursøn Emborg (1876-1957) est-il autre chose qu’un strict inconnu pour le grand public ? Non ! Pourtant, il est un compositeur prolixe qui s’est exercé dans tous les styles musicaux. On trouve chez lui des traits néo-baroques avec l’influence de compositeurs germaniques du type de Max Reger. Au sein de son grand catalogue ressort une œuvre orchestrale De tolv Masker, série de douze variations et gigue pour grand orchestre sur un thème original de 1921. Il a composé aussi cinq symphonies : n° 1, 1910, n° 2, 1920, créée à Karlsruhe en 1921, n° 3, 1928, créée à Copenhague en 1921, n° 4, créée à Rostock en 1950, n° 5, 1948, retransmission à la Radio danoise en 1949, dont il n’existe pas de témoignages enregistrés commerciaux.

– Peder Gram (1881-1956), danois ayant étudié la composition et la direction d’orchestre à Leipzig. Il dirige avec talent pendant une longue période la Société de concert danoise (1918-1932). Il est aussi pédagogue et administrateur. Il laisse trois symphonies : n° 1, en la majeur, 1913, création à Berlin en 1914, n° 2, avec soprano soliste, 1925, n° 3, 1954.

– Rudolf Simonsen (1889-1947). Figure incontournable de la vie musicale danoise. Il fréquente les cercles juifs de Copenhague. Il fait son droit et poursuit une formation musicale concrétisée par un diplôme en 1912. Il fait ses débuts comme pianiste à Copenhague en 1913. Il complète sa formation en Italie et à Munich (1920). Professeur de piano à l’Académie royale danoise de piano (1916-1947), chambriste et chef d’orchestre. Quatre symphonies à son actif : n° 1, Zion, 1920, n° 2, Hellas, 1921, n° 3, Roma 1923, n° 4, Denmark, 1925. Aussi un Quintette avec clarinette (1929), deux quatuors à cordes (1923, 1925), des œuvres pour chœur, des chansons… Impressionné et influencé esthétiquement par Carl Nielsen sans le plagier pour autant.

– Hakon Børresen (1876-1954), de père norvégien et de mère danoise, il devient l’élève du célèbre Johan Svendsen dont les capacités formidables vis-à-vis de l’orchestration le marqueront profondément. Après un passage en France et en Allemagne (1902) il devient musicien indépendant. En dehors de travaux administratifs non négligeables, il donne trois symphonies : n° 1, en ré mineur, op. 3, 1900, création par l’Orchestre royal danois en 1901 sous la direction de Svendsen, n° 2, en la majeur, Havet, op. 7, 1904, n° 3, en do majeur, op. 21, 1925-1926.

– Herman Sandby (1881-1965). Il joue du violon et du piano dès l’âge de six ans, puis du violoncelle dont il devient un virtuose, poursuit sa formation à Frankfort am Main. Nombreuses tournées européennes et américaines. Violoncelliste à l’Orchestre de Philadelphie puis au Combs Music College. Ses musiques sont jouées fréquemment de son vivant. Post-romantique à l’orchestration raffinée, il injecte des effets impressionnistes de tonalité nordique certaine. Influences de son ami Frederic Delius ainsi que de Percy Grainger qui fréquenta amicalement Edvard Grieg en Norvège. Il laisse cinq symphonies (dont la plus remarquée, la Symphonie n° 4 de 1955) élaborées entre 1930 et 1954. Il existe d’autres partitions pour orchestre (Concerto pour violon, musique de scène, Sérénade pour orchestre à cordes, une Rhapsodie nordique, 1954, Triple Concerto pour violon, alto, piano et orchestre), et aussi 4 quatuors à cordes, un Quintette à cordes, un Quintette avec piano….

– Rued Langgaard (1893-1952) représente une figure tout à fait à part dans la vie musicale danoise. Précoce, hyperdoué, prolixe, il connaît initialement d’indéniables succès mais pour diverses raisons rencontre de terribles difficultés pour se faire reconnaître de ses pairs et du public. Et pourtant nombre de partitions sont extraordinaires voire tout à fait novatrices même si d’autres demeurent dans le sillage du romantisme scandinave si bien représenté par Niels Gade. Son catalogue accueille pas moins de seize symphonies.

Revenons sur l’opposition à Carl Nielsen. Il serait erroné (et par trop simplificateur) d’opposer d’une part Glass, le rêveur et le réactionnaire et de l’autre Nielsen, le réaliste terre à terre et iconoclaste, comme cela a été faussement proclamé. Ce dernier sait insuffler de grands sentiments et de la réflexion dans sa musique et le premier offre parfois à ses partition une allure débridée même si pas particulièrement dans l’air du temps à partir d’une certaine époque.

Parmi les nombreux élèves de Glass, citons en trois parmi les plus talentueux : Roger Henrichsen (1876-1926), pianiste *22 et Fritz Crome (1879-1948), pianiste et pédagogue *23. Egalement l’excellent Alexander Stoffregen à l’aube d’une très brillante carrière soliste *24.

Il arriva en plusieurs occasions à Glass de prendre la plume et d’indiquer ses positions artistiques. Ainsi s’opposa-t-il en 1929 à ceux qui annonçaient que la musique était incapable de parler d’autre chose que de musique. Il qualifiait cette croyance de «mensonge éhonté» et précisait : «Les formes évoluent en fonction de la vie, et ce ne sont pas les formes qui déterminent la vie, mais bien la vie qui les détermine. La musique est justement un mode d’expression particulièrement caractéristique de la vie, et c’est pourquoi l’art musical est bien plus qu’un ensemble de sons». En réalité, Glass montrait une réelle curiosité envers des musiques étrangères et nouvelles ; pour autant il était loin de toutes les apprécier, bien sûr.

Glass, pianiste, chef d’orchestre et compositeur meurt dans la ville qui l’a vu naître le 22 janvier 1936 à l’âge de 72 ans soit cinq après la disparition de Carl Nielsen.

Sa tentative à forger un idiome personnel, sans préjuger de sa valeur en tant que technicien de la musique, ne l’a pas dispensé de se couler dans le moule du temps dominé au Danemark par un langage post-romantique de qualité mais non totalement génial. Il déclara cependant : «Tout ce que j’ai écrit est un témoignage musical de l’expérience de ma vie». Glass sa vie durant se montra réticent vis-à-vis de tout ce qui provenait de Carl Nielsen, son attitude défensive, au plan humain autant qu’artistique caractérise son parcours pourtant exceptionnel et largement apprécié de son vivant dans son propre pays. Appartenant au courant considéré comme moderniste à la fin du 19e siècle il s’est retrouvé assez rapidement isolé et pour tout dire démodé dans les dernières années de son existence, dépassé par les nouveaux courants esthétiques.

La catalogue de Glass est tombé presque complètement en désuétude après sa disparition et son histoire et son œuvre n’ont pas réussi à intéresser un seul biographe. Dans le même mouvement de rejet disparurent ou furent puissamment déconsidérés, autour des années 1930, la fascination de la nature, le symbolisme, l’impressionnisme, le Jugendstil (variante allemande de l’Art Nouveau), les idées de la Sécession, tout cela au profit d’une admiration croissante pour l’objectivité et un certain radicalisme.

Fort heureusement, le retour d’attention et d’intérêt pour les répertoires oubliés (grâce en grande partie aux enregistrements exploratoires ouverts) offre une nouvelle chance à cette musique non dénuée de qualités, brillamment orchestrée, immédiatement accessible, simplement belle mais sans mièvrerie… d’atteindre en peu de temps un public bien plus large que du vivant de Louis Glass.

Notes biographiques.

(1) Le père de Glass se taille une belle réputation pour ses fantaisies libres pour orgue et piano. Compositeur il laisse des pièces pédagogiques pour piano, des lieder, de la musique de chambre, quelques partitions pour orchestre. Louis Glass confia à propos de son père : «Ses fantaisies improvisées à l’orgue étaient souvent ravissantes, et ses esquisses très amusantes, révélaient un magnifique talent….». Notons encore que très tôt le jeune Louis remplace son père à l’église française et allemande réformée.

(2) Franz Neruda (1843-1915), violoncelliste donc, aussi compositeur. A étudié le violon avec son père Josef Neruda (1807-1878) d’origine morave, avant d’aborder sans aide le violoncelle (1852). Réalise des tournées de concerts avec des membres de sa famille dont une tournée en Scandinavie (1861-1864) conduisant à son installation à Copenhague. Il entre alors à l’Orchestre royal (1864-1876), puis il fonde la Société de musique de chambre avec son quatuor à cordes (1868). Ce n’est que plus tard qu’il met sur pied son propre quatuor à cordes à Copenhague (1879-1889). Professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg (1889-1891). Retour dans la capitale danoise où il dirige les concerts de la Société de musique (1891-1915). Il laisse cinq concertos pour violoncelle, de la musique de chambre, des pièces pour violoncelle et piano, des morceaux pour piano, des mélodies…

(3) Tivoli. Célèbre parc d’attraction situé en plein cœur de Copenhague. Des concerts y sont régulièrement donnés depuis les années 1830 environ. Concerts placés sous le signe du divertissement et de la danse dans la descendance de Hans Christian Lumbye, concerts classiques également d’abord centrés sur le classicisme danois et viennois puis étendus aux divers courants musicaux dits modernes (qu’ils s’agissent des œuvres novatrices de Carl Nielsen, d’autres nordiques ou des nouvelles esthétiques venues notamment d’Europe continentale). Régulièrement les soirées étaient ponctuées comme suit : un programme de musique légère à 19h30, un programme de musique dite sérieuse commençant à 21h et souvent aux alentours de 22h30 un programme de musique que l’on pourrait qualifier d’intermédiaire avec régulièrement la participation d’un soliste. A l’époque des débuts de Glass le célèbre Lumbye père était mort depuis moins d’une dizaine d’années. Ses deux fils assuraient la relève ainsi qu’un autre chef Baldvin Dahl (1834-1891). Y dirigeait encore régulièrement l’hiver le vieux Niels Gade. Le flûtiste et chef d’orchestre Joachim Andersen puis l’excellent chef Frederik Schnedler-Petersen allaient y officier avec talent et succès.

(4) Georg Golterman (Hanovre, 1824-Francfort, 1898). Violoncelliste et compositeur allemand. Il serait l’élève en composition de I. Lachner. Effectue plusieurs tournées de concerts (1850-1852), devient directeur musical à Würzbourg, directeur musical assistant puis directeur musical principal au Stadttheater de Francfort ( de 1873 à 1898). A composé des œuvres pour violoncelle (dont huit concertos), des sonates avec piano, divers morceaux (Morceaux caractéristiques, Danses allemandes, Elégie…). Mais encore une symphonie, trois ouvertures et des mélodies.

(5) Josef Wieniawski, pianiste, pédagogue et compositeur polonais (Lublin, 1837-Bruxelles, 1912), frère du célèbre virtuose Henryk Wieniawski (Lublin, 1835-Moscou, 1880). Il étudie le piano puis entre au Conservatoire de Paris en 1847 (à dix ans seulement) où il a pour maîtres Zimmerman, Marmontel et Alkan pour le piano et Le Couppey pour la composition. Réalise des tournées en Russie avec son frère (1851-1853). Reçoit une bourse du tsar lui permettant d’étudier avec Franz Liszt à Weimar (1855-1856). Il enseigne à Moscou (1864-1865), à Varsovie (1875-1876) puis devient professeur de piano au Conservatoire de Bruxelles (1878-1912). Il laisse une symphonie, un concerto pour piano, une fantaisie pour 2 pianos et orchestre, de la musique de chambre et des pièces pour piano.

(6) Juliusz Zarebski (1854-1885). Pianiste et compositeur polonais. Parfait sa formation au Conservatoire de Vienne dont il sort diplômé en 1872. Entre au conservatoire de Saint-Pétersbourg (1873) et se perfectionne avec Liszt à Rome (1874). Plusieurs tournées de concerts en Europe à partir de 1874. Devient professeur au Conservatoire de Bruxelles à partir de 1880 et y reste jusqu’à sa mort survenue cinq années plus tard. On lui connaît un Quintette avec piano en sol mineur (1885), un Trio avec piano de 1872, de nombreuses et belles pièces pour piano et des mélodies.

(7) Josef Servais. Violoncelliste, pédagogue et compositeur belge (1850-1885). Il étudie avec son père au Conservatoire de Bruxelles où il obtient un premier prix de violoncelle (1866). Début en récital avec son père. Cela se passe à Varsovie en 1867. Joue à Weimar avec l’orchestre de la cour (1868-1870). Devient professeur au Conservatoire de Bruxelles à partir de 1872. Au plan de la composition il laisse seulement un quatuor à cordes et un concerto pour violoncelle demeuré inachevé.

(7bis) Ferdinand Kufferath (1818-1896), violoniste, pianiste, chef, enseignant et compositeur allemand. Il fréquente et travaille avec Ferdinand David et Mendelssohn à Leipzig. Après un passage comme chef de chœur à Cologne il s’installe à Bruxelles. Il devient professeur de contrepoint et de fugue au Conservatoire de Bruxelles. A son catalogue se trouvent des symphonies, des concertos pour piano, des pièces pour piano.

(8) Carl Reinecke (1824-1910), pianiste, pédagogue, compositeur et chef d’orchestre allemand. Réalise sa première tournée de concerts au Danemark et en Suède en 1843 avant de s’installer à Leipzig où il est profondément marqué par sa rencontre avec Mendelssohn et Schumann. Après une seconde tournée dans le nord de l’Allemagne il est engagé comme pianiste à la cour de Christian VII à Copenhague durant les années 1846-1848. Il séjourne et travaille ensuite à Paris, Cologne, Barmen et Breslau avant de devenir chef d’orchestre des Concerts du Gewandhaus de Leipzig entre 1860 et 1895. Dans le même temps (à partir de 1860) est professeur de piano et de composition au Conservatoire de cette même ville. Il en devient le directeur à partir de 1897 jusqu’à sa retraite en 1902. Nombreuses tournées à succès en tant que pianiste virtuose. Parmi ses nombreux élèves citons : Grieg, Riemann, Sinding, Cosima Wagner…. Son catalogue comprend 3 symphonies, 9 ouvertures, 4 concertos pour piano, un concerto pour harpe, un autre pour violoncelle, un pour flûte… De la musique de chambre, des œuvres pour le théâtre…

(9) Anton Rubinstein (1829-1894). Pianiste, chef d’orchestre, compositeur et pédagogue russe. Il est le frère de Nicolaï Rubinstein. Issu d’une famille de marchands juifs plus tard convertie au christianisme. Apprend le piano avec Alexandre Villoing, se rend à Paris (il joue devant Chopin et Liszt), tournée de concerts en Europe, retourne en Russie en 1843. Complément d’études à Berlin, plusieurs tournées dans les années suivantes. Nommé pianiste et chef d’orchestre à la cour russe. En 1862 il fonde le Conservatoire impérial de Saint-Pétersbourg dont il assure la direction jusqu’en 1867. Grande renommée européenne comme pianiste virtuose et chef d’orchestre dans toute l’Europe quasiment au niveau de Franz Liszt. Tournée triomphale en Amérique en 1872-1873. Joue avec le violoniste soliste Wieniawski. Il laisse un abondant catalogue comprenant des opéras, de la musique orchestrale avec 7 concertos pour piano, 6 symphonies, 2 concertos pour violoncelle…, de la musique de chambre…

(10) Fini (Valdemar) Henriques (Copenhague, 1867-Copenhague 1940). Violoniste et compositeur danois. Etudie son instrument avec le grand Joseph Joachim à Berlin et la composition avec Johan Svendsen. Violoniste à l’Orchestre de la cour(1892-1896). Fonde un quatuor à cordes, dirige aussi des orchestres. A son crédit des œuvres romantiques très riches en mélodies. I laisse 2 symphonies, un quatuor à cordes, une sonate pour violon et piano, une Berceuse danoise…

(11) Ludolf Nielsen (1876-1939). Altiste, chef d’orchestre et compositeur danois. Elève de J. P. E. Hartmann et O. Malling (composition), V. Tofte (violon) au Conservatoire de Copenhague. Altiste à Tivoli. Joue au sein du Quatuor Bjørvig. Dirige la société de musique Euphrosyne (1914-1920). On lui connaît 3 opéras, 3 symphonies, 3 quatuors à cordes, des œuvres chorales, des mélodies, des pièces pour piano… toutes dans un style romantique tardif.

(12) Rued Langgaard. Langgaard a composé une œuvre considérable tout au long de ces nombreuses années où il a vécu dans un certain isolement, en tout cas à distance de l’activité de la vie musicale et artistique de Copenhague. Son esthétique paraît embrasser un large panel expressif et stylistique. Il est en partie l’héritier du romantisme danois tel qu’illustré non sans qualité par son idole Niels Gade. Il assume aussi en grande partie le legs germanique incluant le classicisme viennois, le romantisme allemand ainsi que les traits essentiels du post-romantisme de son époque. Par ailleurs dans un certain nombre de partitions il s’avère extraordinairement inspiré et singulier. Ces contradictions infiltrent son catalogue et lui confère sa richesse et sa variété. Heureusement ces dernières années sa renommée revient à sa juste valeur et l’enregistrement permet de nous faire une idée précise de son exceptionnel talent..

(13) Cyril Scott (1879-1970). Compositeur anglais. Ses compositions sont partiellement influencées par sa passion des religions orientales et de la théosophie. Son catalogue mérite redécouverte.

(14) Alexander Scriabine (1872-1915). Pianiste et compositeur russe. Son œuvre et l’histoire de sa vie justifient la lecture des textes qui s’y rapportent et surtout l’écoute de son catalogue riche de partitions remarquables. Son influence stylistique objective ou non, en Russie et ailleurs fut exceptionnelle.

(15) Hortense Panum. Musicologue danoise (1856-1933). Etudie l’histoire de la musique à Berlin sous l’autorité de Wilhelm Tappert (1886-1887). De retour au pays elle travaille sur des sujets historiques comme les instruments anciens.

(16) Georg Høeberg (1872-1950). Compositeur, chef d’orchestre et violoniste danois. Etudes au Conservatoire de Copenhague puis à Berlin. Enseigne au Conservatoire de Copenhague (1900-1914). Chef d’orchestre à l’Opéra royal de Copenhague (1914-1930). Carrière de chef invité en Scandinavie et en Allemagne (1915-1949). Il compose un opéra, un ballet, des partitions pour violon et orchestre, une symphonie, des pièces chorales et des mélodies.

(17) Paul Marsop (1856-1925). Bibliothécaire et musicographe allemand. Elève du célèbre Hans von Bülow, il partage son temps entre Munich et l’Italie.

(18) Gudmund Hentze. Peintre danois (1875-1948). Fait ses études à l’Académie des Arts de Copenhague (1893-1894). Nombreux voyages d’études en Europe entre 1889 et 1929. Nombreuses expositions à Copenhague, Munich, Paris (1925)…

(19) Friedrich Ludwig Aemilius Kunzen (1761-1817). Compositeur danois. Egalement claveciniste, pianiste, organisateur de concerts. Etudie le droit et la musique. Vit à Copenhague (1784-1789) puis en Allemagne et en Tchécoslovaquie. Ensuite nommé Kapellmeister royal et directeur de la société d’oratorio Det Harmoniske Selskab. On commence à redécouvrir sa musique en particulier son opéra Holger Danske, des œuvres chorales, des mélodies…

(20) Christoph Ernst Friedrich Weyse (1774-1842). Pianiste, organiste et compositeur danois. Il a travaillé avec J. A. P. Schulz. Nommé compositeur de la cour en 1819. Participe à l’élaboration d’une école nationale d’opéra danois. Sa réputation repose surtout sur ses mélodies (romances). Il laisse donc plusieurs opéras.

(21) Friedrich Kuhlau. Ce pianiste et compositeur danois d’origine allemande (1786-1832). Il étudie d’abord le piano, devient précepteur privé, travaille la composition à Hambourg. Il va à Copenhague en 1810 pour échapper à la conscription dans l’armée de Napoléon. Nommé musicien de cour en 1813. Il admire Beethoven (qu’il a d’ailleurs rencontré). Il a composé beaucoup de musique de très haute qualité que l’enregistrement a largement défendue ces dernières années.

(22) Roger Henrichsen (1876-1926). Pianiste danois. Elève donc de Luis Glass. Professeur de piano au Conservatoire Horneman à partir de 1906, membre de Samfundet à partir de 1917. Critique musical. Il laisse une symphonie, de la musique de chambre, des pièces pour piano, de la musique chorale et des chansons.

(23) Fritz Crome (1879-1948) Pianiste et pédagogue danois. Après des études au Conservatoire de musique de Copenhague avec Louis Glass il se perfectionne auprès de Hans Pfitzner et de M. Moszkowski. Il enseigne au Conservatoire Stern de Berlin puis à partir de 1917 enseigne le piano au Conservatoire de Copenhague. Egalement écrivain et critique sur des sujets musicaux. Dans son catalogue on relève de la musique de chambre, des œuvres pour piano, des pièces chorales, des chansons…

(24) Alexander Stoffregen (1883-1966). Pianiste virtuose danois. Elève de Louis Glass. Il est, entre autres réalisations, le créateur de la Chaconne pour piano de Carl Nielsen en 1917 ainsi que, la même année, Thème et variations du même compositeur.

Lire le catalogue commenté avec une discographie sélective et une bibliographie succincte de Louis Glass

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