Marek Janowski fait vivre Strauss et Bruckner

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel. 08-X-08. Olivier Messiaen (1908-1992) : Un sourire. Richard Strauss (1864-1949) : Concerto pour hautbois et petit orchestre en ré majeur. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 3 en ré mineur dite « Wagner-Symphonie » A 94 version de 1889. Alexandre Gattet, hautbois. Orchestre de Paris, direction : Marek Janowski.

Le rapprochement des œuvres de Messiaen et de Strauss dirigées en première partie répondait à un choix motivé de . Toutes deux composées en fin de vie par leurs auteurs, elles rendent hommage à Mozart, avec un effectif orchestral restreint : sans trombone, tuba ni contrebasse chez Messiaen et avec une formation «Mannheim» chez Strauss.

Un sourire a été composé en 1989 par Messiaen à la demande de , pour le bicentenaire Mozart. Ce mercredi soir, Janowski a dirigé l’œuvre avec une grande précision et a su en rendre la sérénité, régulièrement troublée par de brillants soli de percussions (avec les couleurs exotiques du xylophone et du xylorimba). Peut-être cette interprétation aurait-elle pu s’enrichir davantage de couleurs musicales si chères à Messiaen qui se disait «synesthète»…

Le Concerto pour hautbois et petit orchestre de Strauss appartient à sa période «rose», qui a succédé à la violence dionysiaque de Salomé et d’Elektra. Le concerto cultive un apollinisme distancé et Janowski a su en faire ressortir la fraîcheur juvénile et les subtiles irisations. Les demi-teintes et la mélancolie à peine voilée, si caractéristiques des dernières œuvres de Strauss, ont été rendues avec beaucoup de délicatesse. L’interprétation du hautboïste accentuait l’aspect frais et mozartien. Nous avons particulièrement apprécié la beauté du son et des phrasés dans le nostalgique chant cantabile du deuxième mouvement. , qui jouait son premier concerto en soliste avec ses collègues de l’, a choisi d’interpréter en bis une Métamorphose d’après Ovide op. 49 de Britten. Cette pièce expressive, virtuose et délicate, concluait sur une pirouette la première partie du concert.

L’interprétation de la Symphonie n° 3 de Bruckner en deuxième partie fut particulièrement réussie. La formation d’organiste du compositeur se ressent dans la superposition et l’agencement de plans sonores superposés. Le chef allemand a su faire vivre avec ampleur cette trame polyphonique épaisse. Le deuxième mouvement, sombre et puissant, marqué par l’hommage à Wagner, s’est développé avec une ampleur majestueuse. Janowski a aussi su concilier avec goût l’énergie sombre et les moments enlevés du troisième mouvement. La grâce presque schubertienne s’est traduite dans la légèreté des cordes et des bois ainsi que dans les touches d’humour mélancolique de l’harmonie. Les passages enjoués de ce Ländler (danse populaire) alternaient avec une pâte orchestrale sombre, si typique de Bruckner. Janowski a été très applaudi à l’issue du quatrième mouvement éclatant, qui laissait la part belle aux sonorités des cuivres, notamment dans le solennel choral confié aux cors et aux trombones.

Crédit photographique : Marek Janowski © Felix Brœde

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