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Paris. Salle Pleyel. 13 & 14-X-2008. Sergueï Prokofiev (1891-1953)  : Symphonie n° 1 «Classique» en ré majeur op. 25 ; Concerto pour piano n°2 en sol mineur op. 16  ; Symphonie n° 6 en mi bémol mineur op. 111. Symphonie n° 2 en ré mineur op. 40 ; Concerto pour violon n°1 en ré majeur op. 19  ; Symphonie n°7 en do dièse mineur op. 131. Vladimir Feltsman, piano  ; Leonidas Kavakos, violon. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev.

Première moitié du cycle Prokofiev, qui reprendra les 18 et 19 mai 2009 prochains, ces deux concerts nous ont permis d’entendre quatre symphonies et deux concertos. Si la parenté entre les œuvres ne fait pas de doute, les styles peuvent varier assez considérablement d’une œuvre à l’autre, et même s’avérer assez disparates à l’intérieur de certaines. Le premier soir les Symphonies n°1 et n°6 encadraient le Concerto pour piano n°2, alors que le lendemain, le Concerto pour violon n°1 servait de pivot à la soirée complétée par les Symphonies n°2 et n°7. Le chef étant capable de tout, y compris de quelques excès, nous étions curieux de l’entendre diriger ces œuvres, spécialement avec l’Orchestre Symphonique de Londres, connu pour se plier assez facilement à divers styles d’interprétation.

Et bien nous n’avons pas été déçus, même si nous avons trouvé le chef presque «sage» et sobre par rapport à sa réputation, mais ce fut cette foi-ci pour le meilleur. Car il a réussi a donner une vision cohérente à l’ensemble de ce cycle, privilégiant le tragique et le dramatisme de chaque œuvre, au détriment de la virtuosité facile, ce qui s’entendit d’emblée avec une Symphonie «Classique» plus retenue et sombre que de coutume, moins virtuose que ne le font habituellement les chefs occidentaux qui y voient volontiers un pastiche plein d’humour propre à faire briller leur orchestre, là où Gergiev nous fait entendre plus de tension, de fêlures, de mélancolie, à moins que ce ne soit là l’humour «à la russe». De fait le final, par exemple, n’aura pas la précision diabolique entendue ailleurs, le chef n’étant d’ailleurs pas réputé comme le plus précis du monde, mais il gardera toujours le contrôle et jamais le moindre dérapage ne se fera sentir. Dans cette optique c’était parfaitement réalisé, avec un LSO impeccable. On s’en doute, ce style d’interprétation ira comme un gant à la Symphonie n°6 aux trois mouvements très équilibrés, portant le célèbre et beethovénien Opus 111. Prokofiev, inspiré en partie par ce numéro, l’a conçue d’ailleurs comme un hommage au géant, même si l’inspiration beethovénienne est peut-être plus présente dans la Symphonie n°5. L’aspect varié de cette symphonie fut parfaitement restitué par le chef, le LSO mettant à sa disposition toute sa puissance contrôlée, avec un ensemble de cuivres irréprochable et des bois très fruités. Les cordes ont toujours un aspect un peu lisse et neutre comparées aux cordes allemandes ou viennoises par exemple, et une amplitude dynamique un peu en dessous du trio magique Berlin-Vienne-Amsterdam, qui enlève un poil de plénitude à l’exécution, mais ça reste du très haut niveau malgré tout, avec un final Vivace à l’optimisme triomphant «à la russe», c’est à dire finissant mal, parfaitement réussi. Le clou du spectacle du premier soir était toutefois la prestation féline de dans le Concerto pour piano n°2. Il est incontestable que le pianiste a réussi à établir, par sa gestuelle, sa façon de se mouvoir sur scène, de saluer l’audience, une connivence avec le public qui a parfaitement fonctionné, comme par exemple à la fin du court mais impitoyable Scherzo lorsqu’il retira ses mains du clavier comme si elles étaient en feu, demandant un moment de grâce avant d’attaquer la suite, déclenchant les sourires bienveillant du public. Le jeu purement visuel du pianiste ne doit toutefois pas faire oublier une belle prestation pianistique, ni l’accompagnement orchestral tout aussi bon.

Le lendemain, nous retrouvions Gergiev et son LSO égalant leur prestation de la veille. On put admirer la hargne parfaitement restituée du début de la Symphonie n°2. L’aspect un peu patchwork du second mouvement n’était pas masqué par l’interprétation du chef, qui nous fit ainsi passer, entre autre, de Tristan à Pelléas. Une nouvelle fois l’aspect anti-virtuose, non hédoniste, ne jouant pas sur le charme sonore des instruments, de la vision de Gergiev se manifestait avec une direction toute en force et puissance maîtrisée. Cette symphonie reste toutefois, pour nous, bien plus intéressante que la n°7 plus décousue, aux styles bien trop disparates, évoquant même par moment des musiques de films classiques hollywoodiens. Bien plus sobre et cent fois plus inspiré était le Concerto pour violon n°1 joué par qu’on a senti brillant et concerné mais manquant légèrement de puissance. Avec l’accompagnement attentif, sans surprise, de Gergiev, ce concerto fut réussi, même si nous pensons qu’il peut être encore plus vivant.

Ces deux concerts auront donc été un sans faute du chef, apparemment inspiré par la musique de Prokofiev, dont il nous a donné une vision parfaitement cohérente, convaincante, bien servie par un orchestre de haut niveau. Seul regret, les mêmes numéros extraits de Roméo et Juliette ont été donnés en bis les deux soirs. Comme le bis nous est gracieusement offert et qu’il fut de haut niveau on ne se plaindra pas, mais on rappellera aux interprètes qu’il existe aussi d’autres extraits de ce ballet tout aussi passionnants.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Salle Pleyel. 13 & 14-X-2008. Sergueï Prokofiev (1891-1953)  : Symphonie n° 1 «Classique» en ré majeur op. 25 ; Concerto pour piano n°2 en sol mineur op. 16  ; Symphonie n° 6 en mi bémol mineur op. 111. Symphonie n° 2 en ré mineur op. 40 ; Concerto pour violon n°1 en ré majeur op. 19  ; Symphonie n°7 en do dièse mineur op. 131. Vladimir Feltsman, piano  ; Leonidas Kavakos, violon. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev.

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