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Saariaho, l’esthétique du lointain

À emporter, CD, Musique symphonique

Kaija Saariaho (née en 1952) : Notes on light pour violoncelle et orchestre ; Orion pour orchestre ; Mirage pour soprano, violoncelle et orchestre. Karita Mattila, soprano ; Anssi Kartunen, violoncelle. Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach. 1 CD Ondine ODE 1130 2. Code barre : 0 761195 113028. Enregistré en concert salle Pleyel en mars 2008. Notice de présentation en : allemand, anglais, français et finlandais. Durée : 63’06’’

 

Le label Ondine nous propose un programme monographique 100% Saariaho enregistré lors du concert d’ouverture du festival 100% Finlande de mars dernier. En ouverture, l’ et son directeur musical sont rejoints par le grand violoncelliste pour enregistrer, en première mondiale, l’imposant Notes on light. En cinq parties et d’une durée presque égale à la demie heure, cette vaste fresque imaginaire explore la luminosité des teintes instrumentales. Curieusement, cette partition fait indéniablement penser au Dutilleux de Tout un monde lointain pour le raffinement des textures et l’immersion de l’instrument soliste dans la masse orchestrale ; mais, on retrouve toujours la pâte de la Finlandaise : une écriture de «masses sonores denses et mouvantes», comme l’écrit judicieusement la notice de présentation. La performance instrumentale et musicale du soliste en impose tout comme la maîtrise de l’orchestre, conduit avec un grand sens du drame et de la tension par , pour une fois, hautement inspiré. Cette partition raffinée et sensuelle est, sans aucun doute, l’une des premières pièces majeures du répertoire concertant du violoncelle dans ce jeune XXIe siècle.

Orion, pour grand orchestre, dont il s’agit ici du deuxième enregistrement (avec celui de Jukka Pekka Saraste pour Warner) s’impose comme la pièce maîtresse symphonique de son auteure. Cette partition ambitionne de réunir : la «frénésie et la stase». Explosive, éruptive mais toujours avec une grande variété des textures et des climats, Orion fait son effet dramaturgique. On admire encore l’énergie et le sens de la construction déployés par le chef et ses musiciens.

Ce parcours se clôt avec Mirage, musique hybride pour soprano et violoncelle sur des extraits des incantations de la shaman et guérisseuse mexicaine Maria Sabina rédigées sous l’emprise de la transe. Relativement brève (un peu moins d’un quart d’heure), cette musique propose un dialogue du son et du verbe sur fond de paysage orchestral. C’est très bien fait, très rêveur et surtout, Mirage bénéficie de la présence irradiante de au timbre rayonnant.

Cette belle heure de musique est un voyage musical et sensoriel intense qui montre le haut degré d’inspiration atteint par l’une des plus fortes personnalités de la scène musicale contemporaine. Bien enregistré et joué à la perfection, cet album procure un grand moment de bonheur. C’est aussi une belle réussite pour plutôt en perte de vitesse ces derniers temps.

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