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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 08-XI-2008. Arnold Schoenberg (1874-1951) : 3 Klavierstücke op.11 ; Alban Berg (1885-1935) : 3 Orchesterstücke op.6 ; Edgar Varèse (1883-1965) : Octandre ; Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour piano et orchestre n°1. Pierre-Laurent Aimard, piano ; Orchestre Symphonique de Bamberg, direction : Jonathan Nott.

Jonathan_NottDes spécialistes de la musique du siècle dernier se réunissaient au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles pour un concert en mouvement. Mouvements de scène et de sons : d’un pianiste isolé, façonnant les couleurs dans Schoenberg, maître verrier d’une musique audacieuse qui découvre l’atonalité (1909). est esseulé devant le squelette d’un orchestre qui patiente en coulisse ; l’étonnante vision d’un cimetière de pupitres et d’un pianiste impliqué physiquement par son travail d’artisan. Et la ruée des musiciens du Bamberger, un orchestre qui s’installe et pénètre , le dévoile complexe, gigantesque, intelligemment chaotique. Une pause, un entracte, pendant lequel un ballet continue : le ballet des preneurs de sons qui envisagent Varèse et son octuor, et celui d’Aimard et du chef, , qui préparent le Bartók : un changement de piano, des percussions qui avancent, entourent l’instrument soliste, apprêtent un dialogue. Tout ce petit monde se démène : une chaise, un micro, le pupitre, encore une chaise, le piano, l’estrade, une chaise encore, et c’est prêt. Deuxième partie : Varèse, des vents, une contrebasse ; la seule œuvre (à part Density 21,5) qui n’utilise pas les percussions chez le compositeur franco-américain. Les instruments se superposent sous la direction experte du chef, les timbres se mêlent et tentent de trouver une couleur commune, depuis l’incantation du hautbois jusqu’aux grincements fugués du troisième mouvement. Pièce courte (Octandre, 1923) et déménagement, à nouveau : l’orchestre reprend sa place, et, moins nombreux, les musiciens lancent le difficile Concerto n°1 de Bartók (1926). Et souci de rigueur, le pianiste suit la partition, comme les autres percussionnistes. Et c’est bien un piano percussif, rythmique et presque brutal qui scande de brefs motifs, brisés, discontinus, qui forment une œuvre sans concession, puissante, organique. Les timbres s’opposent, l’intensité varie soudainement, le jeu du pianiste est spectaculaire autant que ses « tournes » de pages, à l’arrachée, ou presque et heureusement…

Il faut reconnaître l’excellence des musiciens autant que celle du programme. La maîtrise d’un Schoenberg qui, peut-être encore influencé par le dernier Brahms (basses, effets de syncopes) dans les deux premières pièces, s’obscurcit talentueusement dans la troisième, athématique et techniquement redoutable.

Les 3 Orchesterstücke op.6 d’ (1913-14), dédiés au maître Schoenberg, ne dissimulent jamais la grande difficulté d’exécution d’un tissu orchestral dense et fascinant. Et c’est dans ces instants que la maestria d’un chef se devine, que la cohésion d’un ensemble, d’une musique à l’apparence hétéroclite (une Marsch qui, selon Boulez, est la pièce la plus démesurée de la littérature musicale dans cette période) suscite autant l’admiration d’un public que les visages radieux des musiciens, le devoir accompli. Ça, c’est fait. Et très bien fait !

Quatre pièces si différentes (par leurs langages, leurs formations, leurs durées,…), composées dans le même quart de siècle, et présentées chronologiquement, avec le même souci du détail de ces écritures précises. Le Bamberger Symphoniker rayonne d’habileté dans ces œuvres fortes et difficiles ; le chef, , dont le travail est la clé de telle réussite ; et le pianiste, , qui déclame la virtuosité avec panache.

Crédit photographique : Jonathan Nott © Priska Ketterer

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 08-XI-2008. Arnold Schoenberg (1874-1951) : 3 Klavierstücke op.11 ; Alban Berg (1885-1935) : 3 Orchesterstücke op.6 ; Edgar Varèse (1883-1965) : Octandre ; Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour piano et orchestre n°1. Pierre-Laurent Aimard, piano ; Orchestre Symphonique de Bamberg, direction : Jonathan Nott.

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