Xavier Phillips au service de Tchaïkovski

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel. 12-XI-08. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette ; Variations sur un thème rococo pour violoncelle et orchestre op.33 ; Francesca da Rimini op.32. Xavier Philips, violoncelle. Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

a donné ce mercredi soir une interprétation sobre et virtuose des Variations sur un thème rococo de Tchaïkovski. Cette pièce illustre le rôle prestigieux des solistes à la fin du XIXe siècle : le violoncelle solo domine un orchestre sans percussions. a fait honneur à cette tradition, dans les variations comme dans la cadence conclusive. Il a été à son aise dans le rôle de premier plan exigé par Wilhelm Fitzenhagen, le violoncelliste dédicataire. Il a brillé avec des trilles, des gammes véloces, des triples cordes et des changements de registres ou de modes de jeu parfaitement maîtrisés. Il a su éviter l’écueil d’une démonstration gratuite, en faisant preuve de bon goût et de pondération dans cette virtuosité éclatante et parfois tape-à-l’œil. La référence à la musique du XVIIIe siècle et au style « rococo » s’est exprimée sur un ton humoristique. a su se faire discret accompagnateur, ménageant la première place à son soliste. Après cette démonstration de virtuosité extérieure, le violoncelliste a interprété une pièce plus intériorisée, l’expressive Sarabande en sol majeur de Jean-Sébastien Bach. Ce bis lui a permis de donner libre cours à sa sensibilité, mais là encore avec une grande sobriété dans les effets.

Le concert a débuté par l’ouverture Roméo et Juliette. Plus dramatique que subtile, cette ouverture révèle la veine opératique et le don pour la musique à programme de Tchaïkovski. Eschenbach a su faire ressortir les contrastes de l’œuvre, entre la célèbre mélodie d’amour, très berliozienne avec son cor anglais, et les moments plus grandioses voire grandiloquents. Le chef a joué avec le timbre triomphant des cuivres, qui ont donné une ampleur sonore au mouvement. Il a permis à ses percussionnistes de briller, notamment au timbalier dans l’éclatante cadence finale fortissimo.

Eschenbach a également usé d’effets de contrastes dans la fantaisie symphonique Francesca da Rimini. Son interprétation a gommé les quelques longueurs que Tchaïkovski lui-même reprochait à son œuvre. Le chef a ménagé des plages lyriques de repos, qui ont permis de faire ressortir les tensions, les climax et les points culminants. Le solo de clarinette a fait vibrer avec une intensité émouvante la voix de Francesca, l’héroïne de Dante : le beau phrasé de ce cantabile, ample et touchant, s’est déroulé sur un fond de cordes pizzicati en sourdine. Après les échos de ce thème confié aux flûtes et aux hautbois, Eschenbach a relancé son orchestre qui a culminé sur un sombre ouragan final.

Crédit photographique : Xavier Phillips © Karim Ramzi

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