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Création de Trame IX à l’Opéra de Nice

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Nice, Opéra, 21-XI-2008. Martin Matalon (né en 1958) : Trame IX, pour hautbois et orchestre (création mondiale) ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°7 en Ut majeur, « Leningrad ». François Meyer, hautbois. Orchestre philharmonique de Nice, direction, Marco Guidarini.

De ses mains, il polit avec autant de finesse que de précision la pâte hétérogène qu’il a entre sous les doigts. De fils divers et épars il tisse une seule toile à la fois complexe et profondément unie. Comme contemplant ces bobines l’une après l’autre, il les laisse d’abord se dérouler puis s’enrouler autour de ses mains en une trame soyeuse faite de cachemire et de tissu damassé. D’une main sûre, il modèle chacun des éléments au service des autres dans un tout d’une rare unité sans pour autant faire de cette union une fusion, mais une remarquable communion dans laquelle chacun sans jamais être désintégré dans la masse, se donne aux autres pour ensemble devenir un autre, à la fois eux, à la fois autre, unique parce qu’unis. Telle est la double trame, transversale et horizontale que a su tisser ce vendredi soir entre les musiciens de son orchestre et le hautbois solo, François Meyer, entre les musiciens eux-mêmes, entre la scène et la salle, entre le début et la fin.

Création incontestablement réussie pour le compositeur argentin, , qui livrait ce soir la neuvième de ses Trames. Passionné par la composition, Matalon nous a désormais habitué au récit de ses explorations personnelles aux confins les plus extrêmes et les plus intimes des arcanes compositionnelles. Neuvième chapitre de « son journal intime », le traitement de la ligne musicale et de ses métamorphoses ! Le fond de la quête reste le même, celui qui préoccupe quiconque écrit pour soliste et orchestre, cette tension inévitable entre la nécessaire mise en exergue du soliste et sa relation à l’orchestre et la valorisation de l’orchestre lui-même. Unité ou rupture, conflit ou harmonie, dialogue ou confrontation ? Cette Trame IX nous a offert de résoudre cette tension par un équilibre subtil, une complicité discrète, faite d’écoute réciproque et d’épanouissement personnel. L’orchestre, comme un tapis feutré, laissait le hautbois tisser la trame même du motif à broder entre les fils que chaque instrumentiste tirait de concert avec lui. Subrepticement, s’écoulant l’un de l’autre, ils portaient la ligne musicale à travers toute l’étendue du champ sémantique dont un orchestre peut être capable. Une écriture où chaque note, chaque instrument, tient une place minutieusement attribuée, pour construire un discours d’une rhétorique n’ayant rien à envier aux plus grands orateurs classiques. Mais l’unité se trouve peut-être encore, au-delà de la rhétorique elle-même, dans la conception même de l’instrument, non plus individu mais personne, c’est-à-dire par nature en relation à l’autre, lui donnant ce qui lui faut pour qu’il puisse donner ce qu’on en attend et recevant de l’autre ce qui lui est nécessaire pour à son tour donner le meilleur de lui-même. D’où une unité transversale de tout l’orchestre, si uni dans cette relation intime qu’il n’est plus au soliste qu’à donner à l’orchestre cette trame qu’il reçoit en même temps de lui. Et dès lors, unité horizontale d’une partition qui se déroule en se construisant, s’enroulant et se déroulant autour de cette trame dans un mouvement où il est difficile de départager la fin du début, tant il faut l’un pour l’autre et l’autre pour l’un. Après cette création réussie, qui a maintenu en haleine tout le public niçois, il n’est plus qu’à attendre 2010, pour entendre l’opéra auquel Matalon s’est déjà attelé.

Il était dès lors difficile à la symphonie n° 7 de Chostakovitch, de rivaliser. Certes ce n’est pas, et de loin, la plus réussie des œuvres du compositeur russe, mais l’ennui qu’éprouva Rachmaninov en la découvrant, se trouvait peut-être davantage mis en relief ce soir là. Mais peut-être aussi, pour aller outre une certaine monotonie, faut-il se projeter quelques décennies en arrière dans le contexte dramatique du siège de Leningrad, tant il est vrai que les œuvres de circonstance doivent intégrer le conjoncturel à la partition.

Crédit photographique : © P. Dietzi

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Nice, Opéra, 21-XI-2008. Martin Matalon (né en 1958) : Trame IX, pour hautbois et orchestre (création mondiale) ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°7 en Ut majeur, « Leningrad ». François Meyer, hautbois. Orchestre philharmonique de Nice, direction, Marco Guidarini.

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