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Pour Orphée, mieux Mouffetard que jamais

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Paris, Théâtre Mouffetard. 20-XI-2008. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, tragédie opéra en 3 actes (version française) sur un livret de Pierre-Louis Moline d’après Raniero de Calzabigi. Mise en scène : Alexandra Lacroix. Scénographie : Alexandra Lacroix, Amélie Kuhn. Costumes : Aline Ehrsam. Lumières : Romain de Lagarde. Son : Ewa Brykalska. Avec : Jean-Gabriel Saint-Martin, Orphée ; Julie Fuchs, Eurydice ; Amélie Kuhn, L’Amour ; Xavier de Lignerolles, ténor, Romain Beytout barytons, Cécil Gallois contre alto, Virginie Thomas sopranos. Direction musicale : Benjamin Fau

Faire tenir dans le petit théâtre Mouffetard à Paris le plus bel opéra de Gluck tient de la gageure. Remplacez l’orchestre par un piano et le chœur par un quatuor vocal, le tour est joué !

Ne craignez pas cette réduction intimiste, vous vivrez le chant et le merveilleux de l’opéra avec une proximité, une immédiateté dont aucune grande salle ne donne idée. Une telle proximité expose singulièrement la voix et l’art dramatique des chanteurs, comme par un effet de loupe. Le format et la puissance des voix doivent être réduits pour s’adapter à la dimension modeste de la salle, la virtuosité gratuite est proscrite. Comme dans la musique de chambre, il ne reste pour assurer la représentation que l’essentiel : la justesse d’expression, la flamme vécue de l’interprétation.

La distribution, exclusivement composée de jeunes talents, relève le défi et incarne le drame antique de manière émouvante, malicieuse, grave, sans faux-semblants… et dit le texte avec une articulation d’une bienfaisante clarté. Nul besoin de sur-titrage pour comprendre le français chanté ! , sorte de croisement élancé de Chopin et du Petit Prince, compose un Orphée sincère et rêveur, candidat idéal à une quête dans le monde des Ténèbres à la recherche de sa chère Eurydice, toute jeune épouse défunte. Bien que celle-ci ne soit qu’une Ombre dans la Vallée des Bienheureux, elle est autrement plus vivante et passionnée que son époux, et , incarnation (dans tous les sens du terme) emportée et impérieuse rend fou le pauvre Orphée. On comprend qu’il ne puisse résister à son exigence fatale et qu’il la regarde avant qu’ils ne soient revenus dans le monde des vivants. L’Amour d’Amélie Kuhn, cause de cette aventure ténébreuse, est une canaille androgyne à la voix pointue, à l’œil moqueur et à la jambe légère, un bon petit diable façon Ange Bleu de cabaret berlinois. Le chœur est composé de personnalités et de physiques dissemblables pour mieux s’harmoniser vocalement et scéniquement. Et quand ils incarnent les Furies gardant les portes de l’Enfer, sortes de morts-vivant dans leur costume du dimanche, blafards, solennels et sournoisement ricanants, on croirait voir leurs frères desséchés aux orbites creuses du Couvent des Capucins de Palerme.

La mise en scène constamment inventive, tel le cercueil d’Eurydice au premier acte dont l’emplacement libéré deviendra la voie d’entrée d’Orphée dans le monde souterrain, ou les scènes introductive et conclusive de mariage, concourt également à la réussite de cette entreprise. L’intégration d’atmosphères sonores, mariage, mer, parfois proches de la musique concrète, apporte une touche de modernité et de théâtralité – c’est la moindre des choses dans ce lieu – sans prendre le pas sur la musique. Comment qualifier cette aventure ? Est-ce une adaptation de l’opéra suprême de Gluck à un format de théâtre pour toucher de nouveaux publics ? Oui. Est-ce une adaptation actuelle ? Certainement, mais ce n’est pas une tentative d’actualiser ni de rajeunir l’opéra gluckiste. Simplement une restitution, inspirée et vibrante, de son éternelle jeunesse.

Crédit photographique : © Chantal Depagne

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Paris, Théâtre Mouffetard. 20-XI-2008. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, tragédie opéra en 3 actes (version française) sur un livret de Pierre-Louis Moline d’après Raniero de Calzabigi. Mise en scène : Alexandra Lacroix. Scénographie : Alexandra Lacroix, Amélie Kuhn. Costumes : Aline Ehrsam. Lumières : Romain de Lagarde. Son : Ewa Brykalska. Avec : Jean-Gabriel Saint-Martin, Orphée ; Julie Fuchs, Eurydice ; Amélie Kuhn, L’Amour ; Xavier de Lignerolles, ténor, Romain Beytout barytons, Cécil Gallois contre alto, Virginie Thomas sopranos. Direction musicale : Benjamin Fau

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