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Contemporaine et Côte d’Azur : tout va bien

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Monaco, Salle Garnier. 22-XI-2008. Iannis Xenakis (1922-2001) : Pithoprakta ; Luciano Berio (1925-2003) : Points on the curve to find ; Fausto Romitelli (1964-2003) : EnTrance ; Gérard Grisey (1946-1998) : Le temps et l’écume. Marie-Josèphe Jude, piano ; Françoise Kubler, soprano ; Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, direction : Jean Deroyer. Technique CIRM : Julien Aléonard, ingénieur du son ; Alexis Baskind, réalisateur informatique musicale.

Festival Manca 2008

Imaginez une salle de 500 places remplie pour un concert de musique contemporaine. Imaginez dans ce public des étudiants en jeans et baskets assis à coté de dames en fourrures et messieurs en smokings. Imaginez un orchestre rompu au grand répertoire s’aventurer dans des partitions récentes en gardant le même enthousiasme. Si cela vous semble trop ambitieux, descendez sur la Côte d’Azur : la mixité sociale autour de la musique d’aujourd’hui devant un parterre étoffé et des musiciens convaincus, c’est possible, et ce n’est pas le Festival Manca, produit par le CIRM de Nice, qui risquera un jour de prouver l’inverse.

Pithoprakta sur le Rocher, il fallait oser. Mission accomplie, bien que le public dans son ensemble soit resté insensible aux grappes sonores en mouvement perpétuel de l’architecte/compositeur. Après cet échauffement, place à la pure virtuosité orchestrale de Points on the curve to find de , dans laquelle le piano soliste se trouve intégré presque malgré lui à l’orchestre. Lointain hommage à la technique sérielle, l’œuvre est basée sur une figure musicale simple, un trille, transformé et démultiplié par tous les instrumentistes. Chaque variation entraîne un nouvel élément musical lui même varié à l’infini. L’, rompu à un répertoire plus traditionnel, fait ressortir le lyrisme évident de cette partition hautement virtuose, défendue de main de maître par et .

Après ces deux compositeurs « classiques » du XXe siècle, place à deux créateurs qui ont traversé les années 1970-2000 tels des météorites, fauchés trop tôt par la mort. , dans EnTrance, est un forgeron du son, comme il aimait à se décrire ainsi. Ni l’ensemble instrumental ni l’électronique ne doivent dominer : les sons acoustiques ou synthétiques dans cette œuvre sont faits pour s’enchaîner et se lier. Mission accomplie par l’équipe du CIRM, Julien Aléonard et . , l’orchestre et le chef leur offraient il est vrai un matériau sonore à travailler de qualité. Conclusion en apothéose avec Le temps et l’écume de , véritable mise en acoustique des expériences sonores électroniques, un son fondamental enfle, se charge en harmoniques, puis se désagrège. C’est peut-être cette désagrégation qui au lieu d’être apaisée semblait s’essouffler d’elle-même dans l’interprétation de ce soir. Parti-pris de  ? Limites humaines d’un orchestre mis à l’épreuve dans un programme exigeant ? Dans tous les cas la prise de risque mérite d’être saluée.

Faire jouer de la musique d’aujourd’hui par un orchestre habitué à Ravel, Brahms ou Beethoven, c’est possible, et profitable à tous. Imaginons que tous les directeurs d’orchestre intègrent Xenakis, Berio, Romitelli et Grisey entre deux pavés du répertoire…

Crédit photographique : Manca 2008 © CIRM

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