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La Cenerentola morne et sans relief à Nancy

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Nancy. Opéra National de Lorraine. 25-XI-2008. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola ossia La bontà in trionfo, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti, d’après le conte Cendrillon de Charles Perrault. Mise en scène et décors : Stephan Grögler. Décors et costumes : Véronique Seymat. Lumières : Laurent Castaingt. Avec : Violetta Radomirska, Angelina ; Luciano Botelho, Don Ramiro ; Donato di Stefano, Don Magnifico ; Riccardo Novaro, Dandini ; Nicolas Testé, Alidoro ; Natacha Kowalski, Clorinda ; Blandine Folio Peres, Tisbe. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell) ; Orchestre symphonique et lyrique de Nancy ; Thierry Garin, piano forte ; direction musicale : Paolo Olmi

Après la reprise au printemps dernier d’un Barbiere di Siviglia fort réussi, l’Opéra national de Lorraine poursuit son exploration du Rossini comique avec la Cenerentola, dernier opéra du genre composé par le «Cygne de Pesaro».

L’élément bouffe n’est d’ailleurs qu’un des aspects de cette œuvre en demi-teinte, où apparaissent aussi poésie, sentimentalisme et une certaine nostalgie.

C’est ce qui autorise avec pertinence le metteur en scène Stephan Grögler à situer l’intrigue dans l’univers rêvé de l’enfance pour cette production venue de Angers-Nantes Opéra. Au lever de rideau, nous sommes dans la chambre d’Angelina/Cendrillon, une sorte de grenier peuplé de mannequins, de poupées et de peluches, entouré d’une forêt enchantée. Angelina est absorbée dans la lecture de contes de fée, distraite par ses deux sœurs qui s’amusent et se chamaillent comme des gamines. Quand l’intrigue prend corps, c’est visiblement de l’imagination fertile de cette toute jeune fille qu’elle sort ; les autres protagonistes apparaîtront comme par magie, derrière une porte qui n’ouvre sur nulle part ou sortant d’un carton abandonné au sol. On y croisera même, chemin faisant, le Petit Chaperon Rouge, un Pierrot lunaire, des nains tout droit sortis de Blanche-Neige ou les trois Petits Cochons. L’idée est belle, poétique et joliment concrétisée par les décors de Véronique Seymat et les éclairages variés de . Malheureusement, on se lasse assez vite de ce décor unique, modifié seulement par la descente et remontée des gigantesques lustres du palais du prince, où les changements minimes entre les scènes prennent pourtant de trop longues minutes d’interruption. L’agitation artificielle et quasi constante qui règne en scène finit par agacer ; cent fois vus et archi-convenus, ces personnages qui courent dans tous les sens, qui tombent sans raison les quatre fers en l’air, qui se heurtent et se bousculent, ne parviennent jamais à dérider le public. Tout comme ces paparazzi qui suivent Angelina et le prince Ramiro et déclanchent compulsivement les flashes de leurs appareils photographiques.

La distribution, correcte sans plus, ne parvient pas non plus à faire décoller le spectacle. En émerge toutefois l’intéressant et sympathique Ramiro de , timbre plutôt ingrat – d’éminents ténors rossiniens n’en avaient pas de plus beau – mais technique affirmée, à la vocalisation leste et précise et au suraigu généreux ; sa grande scène du second acte «Sì, ritrovarla io giuro» avec contre-notes surajoutées est une belle réussite. Le Dandini de mérite encore plus d’éloges ; le style est châtié et pleinement idiomatique, l’acteur impliqué et la voix riche, séduisante, bien projetée et agile dans la vocalise. Probablement, le meilleur chanteur de la soirée. L’Angelina de Violetta Radomirska peine plus à s’imposer. Vocalement, les choses semblent bien en place et elle réussit un très correct rondo final «Nacqui all’affanno» avec des vocalises assumées mais cependant, à notre goût, insuffisamment détachées. Le registre grave est plus problématique, soit étouffé, soit artificiellement grossi. L’actrice, enfin, est apparue très réservée et assez peu concernée par ce qui lui arrive. On sera plus indulgent avec le Magnifico de , qui semble posséder les capacités vocales et le tempérament dramatique pour incarner ce rôle de pure basse bouffe mais qui, blessé en première partie du spectacle, n’a pu donner pleinement la mesure de ses moyens. Et l’on n’insistera pas outre mesure sur un Alidoro engorgé et dépassé techniquement, une Clorinda pépiante et une Tisbe grasseyante. Ce qui frappe globalement dans cette distribution, c’est l’absence de cohésion, d’esprit d’équipe, chacun semblant venir faire son numéro, parfois en service minimum, sans se soucier de l’ensemble.

Du côté de la fosse, déploie son énergie coutumière et la netteté de sa battue assure un bon synchronisme des ensembles. L’ répond avec attention et précision. Mais l’équilibre sonore entre fosse et plateau reste problématique durant toute la soirée, le chef semblant plus préoccupé de faire sonner symphoniquement son orchestre – ce qui nous vaut une ouverture et un orage très enlevés – au détriment des chanteurs, dont la majorité, à la projection certes confidentielle, disparaît régulièrement sous ce déferlement orchestral.

Morne et un peu ennuyeuse soirée donc, qui s’écoule dans une relative torpeur du public, sans aspérité qui vienne relancer l’intérêt et qui ne rend pas vraiment hommage à la vivacité et à l’inventivité du discours rossinien. L’Opéra national de Lorraine nous ayant habitués à tellement mieux, en deviendrait-on trop exigeant ?

Crédit photographique : © Opéra National de Lorraine

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Nancy. Opéra National de Lorraine. 25-XI-2008. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola ossia La bontà in trionfo, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti, d’après le conte Cendrillon de Charles Perrault. Mise en scène et décors : Stephan Grögler. Décors et costumes : Véronique Seymat. Lumières : Laurent Castaingt. Avec : Violetta Radomirska, Angelina ; Luciano Botelho, Don Ramiro ; Donato di Stefano, Don Magnifico ; Riccardo Novaro, Dandini ; Nicolas Testé, Alidoro ; Natacha Kowalski, Clorinda ; Blandine Folio Peres, Tisbe. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell) ; Orchestre symphonique et lyrique de Nancy ; Thierry Garin, piano forte ; direction musicale : Paolo Olmi

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