Un sommeil envoûtant

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cathédrale Saint-Louis des Invalides. 10-XII-2008. Tricentenaire de la mort de Jules Hardouin Mansart (1646-1708). Jean Baptiste Lully (1632 – 1687) : Extraits des ballets, comédies-ballet et tragédies en musique : La Grotte de Versailles, églogue en musique ; Ballet royal de Flore ; Le Triomphe de l’Amour ; Atys ; Isis ; Amadis ; Le Bourgeois gentilhomme. Jean-Philippe Rameau (vers 1683-1764) : Extraits des tragédies en musique, ballets et opéra : Hyppolyte et Aricie ; Les Indes galantes ; Zaïs ; Naïs, opéra pour la Paix Françoise Masset, soprano. Bernard Deletré, baryton basse. Le Chœur du Marais. La Simphonie du Marais, hautbois, flûte et direction : Hugo Reyne.

Simphonie du Marais

Ce concert se voulait l’occasion de célébrer le tricentenaire non pas d’un musicien, mais…d’un architecte ! Pas n’importe lequel cela dit, mais de celui qui nous a offert les Invalides, et des éléments essentiels au Château de Versailles, puisqu’il s’agissait de Jules Hardouin Mansart, architecte du Roi Soleil.

C’est la troisième fois qu’ et sa Simphonie du Marais avait à affronter l’acoustique difficile de l’immense nef de la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Mais Lully et Rameau furent en leur temps suffisamment audacieux, pour que rien ne soit impossible à des interprètes ayant à cœur de faire de ce concert un instant de partage et d’émerveillement. Et que ce soit dans les extraits des œuvres de Lully ou de Rameau, l’ensemble des interprètes a su faire vibrer l’enchantement de ces architectures musicales. L’engagement du Chœur du Marais fut une des nombreuses belles surprises de cette soirée. Jamais l’éloignement au public, n’aura fait perdre à ce dernier, toutes les nuances que ce chœur a su suggérer, dépeindre avec conviction ou délicatesse, de l’évocation de la peine d’amour, à l’effroi de la tombe, aux tremblements/tremolos des «peuples des climats glacés» chez Lully où la morsure du froid se fait vive, ou aux cris divers et variés des sauvages chez Rameau rendant luxuriant le chant.

Les musiciens surent également jouer de ces nuances, soutenus par la direction très précise et tendue d’. Alors que ce dernier est d’abord connu pour être le chantre de Lully, on ne peut pas ne pas avoir remarqué la force tellurique qu’il a su donner à l’ouverture de Zaïs, offrant à cet extrait, toute la palette du Chaos, du choc des éléments, dont il a fait ressortir les couleurs avec une réelle maîtrise et une grande virtuosité. et Bernard Deletré accompagnent souvent les projets de avec un réel amour pour son répertoire. Ils ont donc une belle complicité entre eux et avec les musiciens. Leur timbre, leur phrasé est au service de la musique et du texte. , donne à Diane (dans l’extrait du Triomphe de l’amour) ou à Phèdre (dans l’extrait d’Hippolite et Aricie) l’émotion de la pastorale mélancolique ou le déchirement de la douleur dans le récit «Quelle plainte en ces lieux m’appelle ? / Hippolyte n’est plus», Soutenu par la compassion du chœur, elle nous révèle dans ce lieu grandiose toute l’intimité des mots de la tragédie.

Bernard Deletré a su passer du comique au tragique avec un art consommé de la scène. Sa belle voix de baryton-basse lui permet d’évoquer l’effroi de la tombe dans Amadis, la clarté de l’incantation émerveillée dans «Clair Flambeau du monde» ou la comédie dans «l’air des Sauvages» extraits des Indes Galantes. Moment magique entre tous de ce beau concert, le sommeil d’Atys, où , dans un magnifique dialogue instrumental, nous envouta, donnant à la nuit et au sommeil, l’infini silence du songe baroque.

Crédit photographique : DR

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